Les Rougon-Macquart #2 : La Curée

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Bien le bonjour bande de gens, j’espère que vous allez bien ! J’ai réussi à continuer mon manuscrit avec le peu de temps libre que me laisse mon stage, et ô miracle des miracles, j’avance, j’ai même réussi à terminer le carnet n°3, j’entame donc un nouveau carnet 😛 Objectif des vacances : terminer le premier tome hypothétique de mon roman, ou du moins la version manuscrite, pour ensuite tout reprendre sur ordinateur 🙂 Et sinon, mon patron me dit que mon côté relationnel dans mon boulot à la bibliothèque laisse à désirer, comme quoi je suis souvent limite… Qu’à cela ne tienne, mais j’aurais bien aimé qu’il n’attende pas le dernier mois pour m’en parler ><

Nouvelle chronique littéraire damoiselles et damoiseaux, je continue ma lancée sur la série des Rougon-Macquart d’Emile Zola, écrite à la fin du XIXème siècle et visant à étudier les effets de l’hérédité et des maux de cette fin de siècle sur fond de Second Empire. Ce deuxième volume, La Curée, est paru en 1871, et se concentre sur une branche de la famille Rougon qui évolue dans la débauche et le luxe parisiens sous le règne de Louis-Napoléon Bonaparte. Zola s’inspire tout particulièrement pour ce tome d’une frénésie de spéculation bancaire qui a lieu en 1873, spéculation provoquée dans le roman par les grands travaux qui ont transformé Paris dans les années 1860 sous l’impulsion du préfet Haussmann (en gros, on lui doit quasiment le Paris d’aujourd’hui). Je vous laisse ici le lien pour ma chronique du premier tome, La Fortune des Rougon 🙂 Pour ceux qui ne savent pas, comme moi avant de lire le livre, la « curée » est un terme de chasse, et désigne une cérémonie qui suit la mise à mort d’un animal, dans le but de rendre hommage au gibier et de récompenser les chiens avec tout ou partie dudit gibier. La question à se poser au long du roman est donc : qui est la proie ?

Résumé : A la fin d’une chasse, pendant la curée, les chiens dévorent les entrailles de la bête tuée. Pour le jeune Zola qui déteste son époque, c’est le coeur de Paris, entaillé par les larges avenues de Napoléon III, que des spéculateurs véreux s’arrachent. Ce deuxième volume des Rougon-Macquart, histoire naturelle et sociale d’une famille sous le Second Empire, est l’un des plus violents. Zola ne pardonne pas ces fortunes rapides qui inondent les allées du Bois d’attelages élégants, de toilettes de Worms et de bijoux éclatants. Aristide Saccard a réussi. Mais tout s’est dénaturé autour de lui : son épouse, Renée, la femme qui se conduit en homme, si belle et désoeuvrée, son fils, Maxime, l’amant efféminé de sa belle-mère. On accusa Zola d’obscénité. Il répliqua
« Une société n’est forte que lorsqu’elle met la vérité sous la grande lumière du soleil. »

Mon avis : 

Alors déjà, j’aime beaucoup la couverture et je suis contente d’avoir cette édition, parce qu’il s’agit d’un détail du tableau de James Tissot, Le Bal, réalisé en 1878, et que j’adore ce tableau ^^ La robe de la femme me fascine à chaque fois par sa couleur et sa profusion de tissu. Et pourtant, la jeune femme a presque l’air de s’ennuyer, en ça on peut dire qu’elle pourrait sans problème être Renée au bras de son époux bien plus vieux qu’elle. Bref, cette couverture c’est Renée, mais elle me fait aussi beaucoup penser à Emma Bovary, le célèbre personnage de Flaubert, et d’ailleurs Renée lui est souvent comparée : la femme bourgeoise qui s’ennuie, que le monde ne satisfait pas, qui croit trouver le sublime dans l’amour d’un amant, mais qui est en fait en train de creuser sa propre tombe.

Zola me fascine toujours autant, il réussit à me donner envie de lire et à me passionner alors que d’habitude je n’irais jamais lire ce genre de scénario, justement parce que d’habitude ils sont barbants. Mais pas ici ! L’histoire se déroule comme un long et lent cheminement machiavélique et inéluctable, une véritable fatalité digne d’une tragédie grecque… Et d’ailleurs ce n’est pas tout à fait innocent comme comparaison, Renée ressemble aussi beaucoup au personnage de Phèdre : pour ceux qui ne connaissent pas la pièce (et je vous encourage vivement à lire Phèdre de Racine, c’est un pur bonheur à lire), Phèdre est la femme de Thésée, mais elle est amoureuse de son beau-fils Hippolyte, et cet amour conduit à sa destruction. Mais il ne s’agit pas uniquement d’un amour destructeur, et c’est là que je veux en venir quand je demande qui est la proie de cette curée : est-ce Renée, dont le mari Aristide cherche à s’accaparer tout l’héritage ? Ou bien est-ce Paris, qui se fait lentement dépecer financièrement par les spéculations d’Aristide et ses compères sur les nouveaux travaux et les expropriations ? La bonne société de Paris toute entière mène une chasse, ou tout le monde doit se faire chasseur pour ne pas devenir une proie.

Avec Aristide, on découvre tout l’aspect sournois de la spéculation. Depuis le tome précédent, il a indubitablement fait un sacré bout de chemin, profitant de la moindre occasion. Décrite par Zola, son évolution procède d’une froide logique, et on ne peut faire autrement que de le détester, mais c’est en même temps un régal à observer ^^ Avec Renée, on découvre le monde des bals, de la fête étourdissante qui ne lui suffit plus : le roman s’ouvre avec Renée qui s’avoue qu’elle désire, elle veut ressentir l’amour. On a plusieurs très belles scènes qui décrivent les robes qu’elle porte, un cotillon ou une pièce organisée en plusieurs tableaux humains : et je me suis régalée avec la description des tenues, des effets, des tissus ! Une autre très belle description est celle de la serre, celle qui abrite les amours incestueuses et contre-natures à double titre de Renée et Maxime ; je dis contre-nature pour expliquer le point de vue de l’auteur, aujourd’hui avec le mouvement LGBT cela rendrait un autre son de cloche.

En effet, Zola veut montrer que Paris dénature les gens et exacerbe les vices : Aristide est encore plus vicieux qu’auparavant, Renée se masculinise et Maxime s’effémine dans le sens où il est entièrement soumis et n’a aucune volonté ; je ne suis pas sûre qu’il faille parler de transsexualité ou de sexisme, mais je préfère prendre des gants au cas où mes lecteurs à moi seraient soupe au lait. Bref ! Zola dénonce, et sa plume est plus tranchante qu’une lame. J’ai pu continuer mon arbre généalogique, mais il faut dire qu’il y a moins de nouveaux personnages que dans le premier tome : d’une part car on se concentre sur une seule branche de la famille Rougon, et d’autre part parce que le récit tourne autour de l’histoire entre Renée et Maxime. Je ne peux pas dire que je préfère un personnage par rapport à un autre ici, ce qui me passionne c’est surtout l’évolution des choses 😛 

Pour conclure, un deuxième tome aussi riche que le premier tant pour la belle plume que pour le machiavélisme de l’histoire, alors lisez du Zola les enfants 😉

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  1. J’avais découvert La Curée avant La Fortune. Du coup, découvrir la première jeunesse d’Aristide en sachant de quoi il est capable, ça avait un certain charme aussi. Bonne suite de lecture !!

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