Archives de Tag: gothique

Reckless #3 : Le Fil d’or

Par défaut

Bien le bonjour bande de gens, j’espère que vous allez bien ! Quoi de neuf de votre côté ? J’ai craqué, je me suis achetée une console d’occasion, juste pour Animal Crossing New Leaf. Et je suis déjà accro à ce jeu, en à peine une semaine j’ai déjà chassé comme une folle furieuse pour avoir 50% des poissons et des insectes du jeu XD

Nouvelle chronique littéraire les enfants, et on va de nouveau parler de cette auteure que je vénère, révère et adore, Cornelia Funke ! Pour ceux qui ne sauraient pas et qui débarquent, Cornelia Funke est une auteure allemande qui a notamment écrit la trilogie Coeur d’Encre, qui a été saluée par la critique, et que j’ai tellement adoré que j’en ai fait le titre de mon blog :3 J’ai lu d’autres romans de cette dame, et à chaque fois c’est l’extase, elle écrit bien, elle écrit de belles choses et elle a une imagination sublime ❤ Elle est également l’auteur de la série Reckless que j’adore au moins autant que Coeur d’Encre, c’est vous dire ! Il y a actuellement 3 tomes, le quatrième se fait désirer mais d’après son compte twitter, elle y travaille encore, donc tout va bien ! Après vous avoir présenté les deux premiers tomes, Reckless et Le Retour de Jacob, voici Le fil d’or, sorti en 2016 🙂 Lire la suite

Publicités

Un peu de poésie ensorceleuse : La Ronde sous la Cloche

Par défaut

Bien le bonjour bande de petits satanistes en herbe, vénérons ensemble le gothique car voilà venir samedi, et je nous ai trouvé une p’tite poésie pas piquée des hannetons ! Je reprends un poète dont je vous ai déjà parlé, Aloysius Bertrand. J’aime beaucoup son style, et je vous conseille de lire son unique recueil si vous en avez l’occasion, c’est une lecture particulière et une source inépuisable de projets de dessins pour moi ^^ On dirait une succession de rêves et de visions fantasmagoriques, racontés avec une sublime plume !

Louis Jacques Napoléon Bertrand, dit Aloysius Bertrand, est un poète, dramaturge et journaliste français, né en 1807 et mort en 1841. Il ne put trouver sa place dans le groupe des romantiques parisiens (Deschamps, Hugo,..) malgré son talent, car il avait trop honte de sa pauvreté, et il était trop fier. Il faut dire qu’il avait la charge de sa mère et de sa soeur, et celles-ci se montraient exigeantes voire tyranniques avec lui. Bertrand échoue plusieurs fois à faire publier son recueil de son vivant ; tombé dans la misère et atteint de la tuberculose, il finira par mourir à l’hôpital. Gaspard de la nuit finit par être publié en 1842, mais se vend pour à peine une vingtaine d’exemplaires. La reconnaissance n’arrive qu’au XXème siècle, mais Baudelaire déjà l’admire et s’en inspire beaucoup : Aloysius Bertrand est considéré comme l’inventeur du poème en prose, que Baudelaire reprend après lui (cliquez ici pour en voir un très bel exemple). Je vous avais déjà présenté Un Rêve, et le poème qui nous intéresse ici est La Ronde sous la Cloche :

Douze magiciens dansaient une ronde sous la grosse cloche de Saint-Jean. Ils évoquèrent l’orage l’un après l’autre,  et du fond de mon lit je comptai avec épouvante douze  voix qui traversèrent processionnellement les ténèbres.
Aussitôt la lune courut se cacher derrière les nuées, et une pluie mêlée d’éclairs et de tourbillons fouetta ma fenêtre, tandis que les girouettes criaient comme des grues en sentinelle sur qui crève l’averse dans les bois.
La chanterelle de mon luth, appendu à la cloison, éclata ; mon chardonneret battit de l’aile dans sa cage ; quelque esprit curieux tourna un feuillet du Roman-de-la-Rose qui  dormait sur mon pupitre.
Mais soudain gronda la foudre au haut de Saint-Jean. Les enchanteurs s’évanouirent frappés à mort, et je vis de loin leurs livres de magie brûler comme une torche dans le noir clocher. Cette effrayante lueur peignait des rouges flammes du purgatoire et de l’enfer les murailles de la gothique église, et prolongeait sur les maisons voisines l’ombre de la statue gigantesque de Saint-Jean.
Les girouettes se rouillèrent ; la lune fondit les nuées gris de perle ; la pluie ne tomba plus que goutte à goutte des bords du toit, et la brise, ouvrant ma fenêtre mal close, jeta sur mon oreiller les fleurs de mon jasmin secoué par l’orage.

Il faut savoir qu’Aloysius Bertrand a truffé son poème de symboles, et je ne dois qu’à une analyse trouvée sur Internet de les reconnaître ! Mais même sans savoir, la scène décrite est passionnante, je ne pouvais m’empêcher de m’y imaginer, et d’ailleurs tout est fait pour puisque le récit est fait à la première personne ; on nous fait entendre les bruits, et voir les mouvements des éléments tels que le vent ou le feu. Le poète évoque avec à la fois réalisme et mysticisme le cercle des douze enchanteurs, la tempête d’abord diabolique puis divine lorsqu’intervient le courroux du dieu chrétien. L’ensemble est terrifiant, tout s’enchaîne très vite sans que l’on puisse savoir s’il s’agit d’une scène réelle, ou d’un cauchemar qui déborde dans la réalité. Rien n’est laissé au hasard : tout d’abord, le nom de St-Jean : il indique que la cathédrale se trouve à Dijon, mais il faut aussi savoir que c’est l’évangéliste St-Jean qui nous a donné le récit biblique de l’Apocalypse, et dans ce récit on y trouve justement des magiciens brûlés. Les grues évoquées sont des animaux gardiens du sacré, supposés se tenir devant les portes de l’Enfer ou du Paradis pour monter la garde. Le jasmin également est considéré comme une protection contre le mal, ainsi qu’une plante protégeant le sommeil. De plus, c’est aussi une plante qui signifie l’amour ou qui permet de le déclarer en langage des fleurs ; associé avec le Roman de la Rose, un livre médiéval sur l’amour courtois, on glisse doucement vers une interprétation érotique du poème, sans que rien ne soit très clair, peut-être que le poète cherche simplement la beauté artistique. Pas besoin en revanche de vous parler du nombre 12, il est omniprésent dans la Bible au même titre que le chiffre 7. La flèche gothique du clocher est quant à elle le symbole de la lumière divine qui perce les ténèbres, et effectivement à la fin du poème, c’est la lumière qui s’impose et qui bouleverse tout.

Bref, vous comprenez maintenant pourquoi j’adore ce poème ^^ J’ai eu du mal pour lui trouver une illustration, c’est incroyable à quel point les sorciers sont peu représentés dans la peinture ; pas de problème pour les sorcières, mais les sorciers, tintin ! Je pensais montrer un sabbat, mais j’ai donc dû renoncer. En revanche, j’ai trouvé un autre tableau, celui de François Alexandre Pernot, peint en 1837 et représentant l’incendie de la cathédrale Notre-Dame de Chartres, qui avait eu lieu l’année précédente. Cette pauvre cathédrale a été incendiée plusieurs fois, notamment en 1194 où pour la reconstruire les bourgeois de la ville avaient offert de splendides vitraux représentant divers métiers médiévaux (un régal pour les historiens). Je ne vous surprendrai pas beaucoup en vous disant que ça m’a beaucoup fait penser à l’incendie de Notre-Dame. Bien sûr, l’église ne brûle pas dans le poème, mais l’éclat du feu me rappelle ces scènes d’incendie. Qui sait, peut-être que des sorciers en herbe étaient en train de jeter un sort quand le feu s’est déclaré ? En tout cas, j’aime beaucoup ce tableau, la lueur impitoyable des flammes et l’éclat de la lune contrastent magnifiquement dans le ciel, comme un affrontement céleste. La Terre rougeoie, comme si l’espace d’un instant l’Enfer y avait ouvert ses portes.

Un peu de lied maléfique : Le Roi des Aulnes

Par défaut

Bien le bonjour bande de gens, j’espère que vous allez bien ^^ Nouveau samedi et nouvelle poésie, je suis allée chercher dans mon enfance, enfin plutôt mon adolescence, pour vous trouver un nouveau poème. Au collège, on a tous eu des cours de musique, où j’ai notamment eu le bonheur (relatif) de faire la flûte à bec ; mais on avait une super prof, qui nous faisait découvrir des musiques assez cool (essayez L’agriculteur de Ridan, encore aujourd’hui c’est un coup de coeur et un super moyen de me détendre), notamment Le Roi des Aulnes.

Goethe, Goethe, Goethe, tout le monde le cite mais personne n’est foutu de savoir ce qu’il a fait exactement mais grâce à moi vous pourrez briller dans la société, et ne pas passer pour un monstrueux inculte aux yeux des Allemands, remerciez-moi bande de petits kartoffel (c’est le seul mot que je connais, ça et scheisse). Johann Wolfgang von Goethe est né en 1749 et mort en 1832, il fut romancier, poète, dramaturge, théoricien de l’art et homme d’Etat. Parmi ses passions, on trouve aussi la botanique, la zoologie, la géologie et l’optique ; il a même proposé une théorie sur la lumière, et on lui doit la découverte d’un os de la mâchoire. Un bonhomme très actif donc ! Son roman Les Souffrances du jeune Werther le rend célèbre dans toute l’Europe, et sa tragédie Faust en fait une égérie de la culture allemande, et pour certains un annonciateur de la suprématie nationale allemande. Ah, et je vous avais dit qu’il était franc-maçon ? Napoléon était aussi un de ses grands admirateurs, il l’a même décoré de la Légion d’Honneur. Bref, je ne vais pas tout épiloguer non plus, sachez seulement enfin que les poèmes de Goethe ont connu un très grand succès auprès des compositeurs romantiques qui les ont surtout adaptés en lied : ce sont des poèmes germaniques mis en musique et chantés à une seule voix. Le poème dont je veux vous parler est Le Roi des Aulnes, écrit en 1782 ; comme je ne lis pas l’allemand et probablement une bonne partie d’entre vous non plus, je vous propose une traduction de Charles Nodier (un romancier français et une des égéries du mouvement romantique), et une version mise en musique par Schubert, jouée par Gerald Moore et chanté (avec beaucoup de brio) en langue originale par le baryton Dietrich Fischer-Dieskau :3

Quel est ce chevalier qui file si tard dans la nuit et le vent ?
C’est le père avec son enfant ;
Il serre le petit garçon dans son bras,
Il le serre bien, il lui tient chaud.

« Mon fils, pourquoi caches-tu avec tant d’effroi ton visage ?
— Père, ne vois-tu pas le Roi des Aulnes ?
Le Roi des Aulnes avec sa traîne et sa couronne ?
— Mon fils, c’est un banc de brouillard.

— Cher enfant, viens, pars avec moi !
Je jouerai à de très beaux jeux avec toi,
Il y a de nombreuses fleurs de toutes les couleurs sur le rivage,
Et ma mère possède de nombreux habits d’or.

— Mon père, mon père, et n’entends-tu pas,
Ce que le Roi des Aulnes me promet à voix basse ?
— Sois calme, reste calme, mon enfant !
C’est le vent qui murmure dans les feuilles mortes.

— Veux-tu, gentil garçon, venir avec moi ?
Mes filles s’occuperont bien de toi
Mes filles mèneront la ronde toute la nuit,
Elles te berceront de leurs chants et de leurs danses.

— Mon père, mon père, et ne vois-tu pas là-bas
Les filles du Roi des Aulnes dans ce lieu sombre ?
— Mon fils, mon fils, je vois bien :
Ce sont les vieux saules qui paraissent si gris.

— Je t’aime, ton joli visage me charme,
Et si tu ne veux pas, j’utiliserai la force.
— Mon père, mon père, maintenant il m’empoigne !
Le Roi des Aulnes m’a fait mal ! »

Le père frissonne d’horreur, il galope à vive allure,
Il tient dans ses bras l’enfant gémissant,
Il arrive à grand-peine à son port ;
Dans ses bras l’enfant était mort.

 

J’adore ce poème, ou plutôt, j’adore l’adaptation en lied qui a été faite. La musique de Schubert est splendide, l’histoire racontée par Goethe est fascinante et la voix de Fischer-Dieskau est magistrale. Il y a plusieurs interprétations possibles du poème ; on peut voir que l’enfant seul voir le Roi des Aulnes, et le père trouve à chaque fois une explication rationnelle. La fin du poème est donc riche de sous-entendus selon la façon dont on l’interprète : ce peut être un viol que l’enfant tente de dénoncer, ou bien en réalité l’enfant n’est pas mort, son enfance seule l’est et il est passé à l’âge adulte. Dans cette dernière interprétation, le père est en réalité la nature masculine et adulte du garçon qui vient l’arracher à ses chimères ; le Roi des Aulnes pourrait représenter les premiers signes de la puberté qui angoisse l’enfant et le plonge dans le doute et les ténèbres ; autre possibilité alors, il s’agit bien de son père qui essaie de préserver l’innocence de son enfant, en vain. En tout cas, ce poème donne des frissons, et le lied encore plus, la progression est implacable et la conclusion impitoyable, je suis sous le charme ❤

Pour illustrer ce poème, je vous propose un tableau de Julius Von Klever, Der Elkönig (le Roi des Aulnes en allemand), réalisé en 1887. Celui-là aussi j’en suis tombée amoureuse ^^ Je le trouve magnifique, il a la même lumière que le tableau de L’Abbaye dans une forêt de chênes, une lumière presque sépulcrale, ocre et pourtant froide. Tout est splendide dans ce tableau, la trainée de brume si vivante et fantomatique, les arbres qui semblent s’incline vers le cheval pour l’entraver dans sa course, le coucher de soleil inexorable et qui n’est que le prélude de la nuit et la mort à venir, c’est sublime ❤ Et ça me donne bien envie de dessiner moi aussi le Roi des Aulnes, ça va être un défi mais ça me botte ^^

Reckless #2 : Le retour de Jacob

Par défaut

Bien le bonjour bande de gens, comment vous portez-vous ? La soutenance est passée, je suis enfin libre comme l’air et en VACANCES ❤ Ah, le mot est doux aux oreilles ! Théoriquement, je suis en stage tout le mois de juillet, mais ça reste des vacances pour moi : d’abord parce que je n’ai plus ni échéances ni devoirs à la maison (et rien que ça, c’est le Nirvana), mais aussi parce que je vais travailler en bibliothèque, et on ne me fera jamais dire que c’est une corvée 😛

Nouvelle chronique littéraire (et pour être honnête c’est la quatrième que je rédige en une journée, je commence à fatiguer, mais on va dire que ça m’entraîne à être un écrivain !). Je vais continuer une série, non pas celle de Tara Duncan (il faut que j’achète le tome suivant), mais celle de Reckless de Cornelia Funke, une auteure que j’adore de tout mon coeur ❤ J’avais déjà chroniqué le premier tome en février dernier (je vous mets le lien ici), il date de 2010, et ce tome 2, Le Retour de Jacob, a été publié en France quant à lui en 2014. Je voulais vous faire la chronique plus tôt, j’avais relu le livre, mais ensuite j’ai totalement oublié que je n’avais pas fait l’article ; et ensuite, j’ai complètement oublié que j’avais déjà relu le tome 2, je l’ai repris, et je me suis rendu compte que je m’en rappelais un peu trop bien XD Les publications sont assez dures à suivre : j’ai trouvé le tome 3 totalement au hasard, et de la même façon j’ai appris qu’il devait y avoir un tome 4, mais je ne sais pas du tout quand il sortira :/ Mais peu importe, parce que je suis prête à tout pardonner à Cornelia Funke qui écrit trop bien de la mort qui tue, et parce que Reckless est une série qui déchire :3 Lire la suite

Roman gothique #6 : Les Capucins ou le secret du cabinet noir

Par défaut

Bien le bonjour bande de gens ! Je prépare pour la soutenance avec plus ou moins de bonheur et d’aisance, et je me détends avec Zelda Breath of the Wild, et vous ? J’ai hâte que tout soit terminé, c’est tellement bizarre de ne plus avoir rien d’autre à faire quand toute l’année s’est passée à travailler sur les chapeaux de roues !

Nouvelle chronique littéraire ! Et une nouvelle fois, je vous propose un bon vieux roman gothique féminin du début du XIXème siècle, il faut bien que je m’habitue à parler de ce sujet pour la soutenance de mon mémoire en juillet ^^ Et en plus, il y a plein d’autrices de l’époque qui sont passées à la trappe, complètement oubliées, et je trouve ça bien dommage. Alors pour cette fois, je vous propose Les Capucins ou le secret du cabinet noir d’Elisabeth Brossin de Méré née Guénard, publié en 1801. On ne connaît presque rien de la vie de l’auteure, sinon qu’elle a écrit beaucoup, beaucoup de romans de tous les styles, y compris le style érotique (mais elle utilisait un pseudo pour ceux-là). J’avais un énorme doute sur le fait que celui-ci puisse être qualifié de roman gothique, on dirait surtout une histoire érotico-comique ; mais là où c’est intéressant, c’est que le roman reprend quand même des éléments gothiques, et le mélange est plutôt savoureux 😛 Si vous souhaitez le lire, je vous mets ici les liens pour le tome 1 et le tome 2 sur Gallica (c’est le seul endroit où j’ai pu lire et télécharger le roman).

Résumé : Deux soeurs discutent de la débauche de certains ordres religieux, et l’une en vieux à raconter l’histoire de la jeune Joséphine et du père Durolet. Joséphine est une jeune fille sotte que sa mère ne juge pas utile d’éduquer ; elle se laisse séduire sans résister par le père Durolet, qui la trompe pour mieux l’attirer dans un sombre appartement où elle devient sa maîtresse. Déshonorée, la jeune fille préfère fuir sa mère et sa bienfaitrice pour échapper au couvent, et accepte de suivre un nouveau séducteur. Sa beauté fait l’objet de nombreuses convoitises, mais sa stupidité l’empêche de voir à quel point sa situation est précaire. Il faut la marier de toute urgence, ce à quoi s’emploie Durolet dès qu’il la retrouve. Mais Joséphine n’a pas oublié son premier amant, et Durolet a toujours en mémoire les charmes de sa jolie maîtresse…

Mon avis : 

A défaut de la couverture, j’ai préféré vous mettre ici une illustration que j’ai trouvé dans l’édition de 1815 du livre : on peut y voir Joséphine qui, lors de son premier rendez-vous avec le père Durolet, se fait brutalement entraîner dans le cabinet noir. Déjà, l’illustration suffit à mettre la puce à l’oreille quant à l’aspect gothique du roman ; il y a une deuxième gravure dans le livre qui montre un affrontement entre deux capucins, où l’un menace le second avec un pistolet. Comme choix d’illustration, c’est assez particulier : pourquoi pas une scène érotique si c’est vraiment l’unique style du roman ? Je ne peux pas vous raconter tous les éléments gothiques du roman parce que ce serait un spoil violent de la fin, mais sachez que ça vaut le coup d’oeil !

C’est sûr qu’au début, on s’attend surtout à une sorte de comédie comme on pourrait en voir au théâtre, avec un joli lot de quiproquos qu’on pourrait très bien retrouver dans un comédie de Molière… quoique ça soit un poil plus grivois que le style de Molière. La stupidité de Joséphine l’amène à mal comprendre ou mal interpréter beaucoup de chose, et on se moque souvent à ses dépends. Les intrigues amoureuses sont parsemées d’amants et de maris cocufiés, et ça a son petit charme, on peut lire le roman sans trop se prendre la tête ^^ Mais le style tend à évoluer au fil du roman, et surtout à mesure que le personnage de Joséphine évolue : on finit par dépasser le comique pour rentrer dans une histoire finalement assez sérieuse et dramatique. Notez d’ailleurs qu’on a même droit à une petite « entracte » dans le roman, avec une petite histoire de romance toujours racontée par les deux soeurs ; moins rocambolesque ceci dit, mais après tout pourquoi pas ?

Le roman a pas mal de personnages grotesques ou calculateurs, mais Joséphine reste de loin la plus intéressante : c’est sûr qu’au début et pendant un bon moment, elle est surtout jeune et complètement idiote. Mais on s’aperçoit vite que la faute revient à sa mère qui la tient pour une incapable et refuse de lui donner une bonne éducation ; lorsque Joséphine reçoit effectivement une éducation, le changement est flagrant ! Ne serait-ce que par son orthographe qui au début était… disons que « catastrophique » est un doux euphémisme. Mais surtout, on voit qu’elle a acquis de la réflexion, elle élabore ses propres stratagèmes, et elle développe un bon esprit critique.

Bref, moi qui ne m’attendais pas à grand chose, et qui pensait lire un livre pas ultra qualitatif au sujet d’une histoire digne d’une farce de rue, je suis tombée sur quelque chose de plus intéressant que je n’aurais cru à première vue ! Ca détend et ça peut être l’occasion de lire en posant son cerveau à côté ^^

Roman gothique #5 : Zofloya, ou le Maure

Par défaut

Bien le bonjour bande de gens, j’espère que vous allez bien ! On va très prochainement entrer dans la période estivale, oui parce que pour moi l’été c’est quand il fait plus de 25°C, ni plus ni moins. Après, je me dis qu’à Lyon, la ville où il fait très chaud en été, et au septième étage de notre immeuble, l’été risque d’être périlleux pour moi et mon copain ^^’

Nouvelle chronique littéraire ! Je continue à vous proposer des chroniques de romans gothiques du début du XIXème siècle, j’espère que vous êtes chauds ! Le roman dont je vais vous parler aujourd’hui m’a été très utile pour mon mémoire, il faut dire qu’il est assez particulier : je travaille sur les romans gothiques féminins, qui parlent beaucoup de la condition féminine déplorable de l’époque, mais ce roman sort du lot car il est assez sanglant et présente pour une fois une héroïne pas vertueuse et innocente pour un sou. Il s’agit du roman Zofloya, ou le Maure, publié en 1806 par Charlotte Dacre (sous le pseudo de Rosa Matilda). Le roman se passe au XVIème siècle dans la région de Venise, que le roman présente comme un endroit plein de vices et de passions coupables. Navrée si la couverture vous paraît un peu floue, elle représente l’auteure et c’est la seule que j’ai pu trouver en qualité pas trop mauvaise ! Si vous souhaitez le lire, personnellement je l’ai trouvé en trois volumes sur Google Books, mais il est un peu plus connu que les autres romans gothiques dont je vous ai déjà parlés, alors vous pouvez essayer de le commander sur Internet ou en librairie… par contre ce sera probablement plus facile de le trouver en langue originale, en anglais. Lire la suite

Roman gothique #4 : Le Monstre

Par défaut

Bien le bonjour bande de gens, j’espère que vous allez bien ! Le mémoire de master est officieusement bouclé, je l’ai envoyé en crash-test à mon directeur de recherches et je croise doigts, orteils, cheveux et tout le reste en espérant qu’il ne me demande pas de tout réécrire >< Rien que les annexes font au moins 50 pages, au moins je pourrai dire que je n’ai pas chômé 😛

Nouvelle chronique littéraire messieurs-dames, et je continue de vous parler de romans gothiques féminins (j’espère que vous n’en avez pas marre, j’en ai encore plein en stock !) 😛 Celui-ci est un vrai casse-tête pour moi : déjà, l’auteure. Camille Bodin est en fait un pseudonyme qui peut être attribué à deux auteurs, Eugène de Lamerlière et Jenny Bastide. Comme c’est cette dernière qui revient le plus souvent, je vais considérer que c’est effectivement un roman féminin. La date de publication aussi m’a posé problème : la plupart de ses occurrences le disent publié pour la première fois en 1864, et il m’a fallu plusieurs heures de recherches avant de trouver totalement au hasard qu’en fait il datait de 1824 ; ce qui me permettait de l’utiliser dans mes recherches puisque ma date limite est 1830. Et ça m’a fait très plaisir, parce que ce petit roman est le seul roman gothique féminin que je connaisse qui s’est fait pratiquement censuré à sa sortie, dans le sens où un éditeur conseillait de le retirer des cabinets de lecture (l’équivalent d’un vidéo-club mais pour les livres), car il était jugé trop cru et trop sanglant. Alors vous pensez bien que ma principale question quand je me suis lancée dedans, c’était bel et bien « mais à quel point est-ce sanglant ? »

Résumé : Albert Maurice est au désespoir : sa jeune cousine, qu’il connaît et chérit depuis qu’elle est au berceau, et avec qui il a grandi, en a épousé un autre. La faute en revient à son père, l’oncle de la jeune et belle Marie, car il s’enorgueillissait de voir sa nièce épouser un duc. Mais un autre chagrin se profile : les jours passent, et pas une nouvelle de Marie, pas une lettre, rien. Albert part à sa recherche à travers monts et vallées, sans succès, jusqu’à rencontrer une jeune femme mourante, Louisa, qui lui révèle que Marie, sa chère Marie, est entre les mains d’un véritable monstre débauché et sanguinaire, dont la haine de l’humanité n’a d’égale que son penchant pour la souffrance des autres…

Mon avis : 

Le roman est assez court par rapport aux autres romans gothiques de l’époque qui font deux ou trois volumes (en vrai, c’était surtout une technique pour vendre plusieurs livres au lieu d’un seul). Honnêtement, ça se lit très facilement, l’écriture comme le récit sont assez prenants et j’ai passé un très bon moment de lecture ! Entre les rebondissements et un suspense assez bien maintenu, on a l’indispensable pour un bon roman, et les éléments gothiques sont au rendez-vous : enlèvement d’une demoiselle en détresse, château gothique, méchant sanguinaire, etc.

Alors en ce qui concerne la censure du livre et son potentiel horrifique, si pour nous ça reste assez léger, pour l’époque, je peux vous assurer que c’est du très lourd, avec une évocation assez claire de pratiques sadiques sexuelles (inutile de vous dire que c’est surtout pour ça qu’il a été censuré, le sang ça passait encore) et d’inceste. On est encore loin des détails de Sade, qui vous donnent l’impression d’être à la fois dans une encyclopédie et une blague de gamin, mais il y a suffisamment pour vous laisser imaginer plein de choses. Ca vous change des autres romans de la période, où l’héroïne clame à qui veut l’entendre que sa vertu la protègera de tout ce que le méchant lui fera subir… mouais. Paradoxalement, le roman est donc exagéré et assez réaliste de ce point de vue. Mais même en oubliant le côté cru et en réfléchissant simplement à l’aspect psychologique des personnages, le méchant vaut son pesant de cacahuètes tant il a des raffinements de cruauté.

Par contre, il risque d’heurter plus d’une féministe ! Pratiquement à chaque fois qu’Albert mentionne Marie, c’est pour parler d’elle comme de quelque chose qui lui est dû, puisqu’il a grandi avec elle et qu’il comptait bien l’épouse ; l’idée peut semble mignonne, d’autant que Marie partage ses sentiments amoureux ; mais dans les faits, il parle de Marie en disant « mon bien » ou « ma récompense ». Aouch. De manière générale, on voit bien à quel point les femmes sont au pouvoir des hommes, que ce soit son mari ou son oncle qui l’a mariée en espérant retirer un avantage social.

J’ai évoqué les principaux points, mais le mieux c’est encore que vous alliez le lire, franchement c’est une lecture intéressante et pas ennuyeuse pour un sou ! N’hésitez pas et foncez, le livre est disponible sur Gallica (le site d’archives de la BNF), mais il y a peut-être moyen de le trouver en librairie, à voir 😀