Tag : Nos petites habitudes littéraires

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Bien le bonjour bande de gens, aujourd’hui je vous propose un tag sur les pratiques de lecture, trouvé sur le blog de Minimouth Lit (que je vous conseille doublement si vous n’y êtes jamais allés), qui l’a elle-même trouvé sur le blog d’Angelakoala ^^ Si après avoir vu ces deux blogs vous avez encore du temps, je vous propose de passer sans au tag : ce n’est pas la première fois que je vous parle de mes habitudes de lecture, mais avec l’installation à Lyon, le master et la cohabitation avec un énergumène de type masculin, variété « copain », lesdites habitudes ont la vie dure ^^’

Est ce que tu as un endroit préféré chez toi pour lire ?

Eh bien c’est le premier point qui me rend triste : pas vraiment ! Autant chez mes parents j’avais un bon gros fauteuil ou à défaut le canapé avec une latte cassée qui le rend deux fois plus confortable (ça fait un creux pile de la taille de mon postérieur), autant sur Lyon adieu le fauteuil confortable et bonjour le lit avec une barre au milieu, ainsi que la chaise infernale où chaque position est un degré supérieur de torture…

 

Marque-page ou n’importe quel morceau de papier ?

Marque-page… quand j’y pense ! J’adore les marque-pages, mais quand je ne les oublie pas dans mes livres, j’oublie tout simplement d’en mettre ^^’ A croire que mes marques-pages sont en fait des extra-terrestres du MIB

 

Est-ce que tu peux t’arrêter de lire n’importe où dans le livre ou dois-tu attendre la fin d’un chapitre ? 

Je préfère attendre la fin du chapitre, mais si nécessité fait loi et que c’est la fin du monde sauf si j’interviens, je peux exceptionnellement consentir à m’arrêter en fin de paragraphe.

Est-ce que tu manges ou bois quand tu lis ?

Yep ! Du chocolat chaud surtout :3

 

Multitâches : musique ou télévision en lisant ?

J’ai beaucoup de mal :/ Pour moi, la lecture est une activité exclusive, s’il y a du son à côté ça me gêne et je finis par avoir mal au crâne.

Un livre à la fois ou plusieurs ?

Un livre à la fois, sauf cas de lecture pour le travail, dans ce cas je peux faire plusieurs en même temps. Mais si c’est juste pour moi, je ne suis fidèle qu’à un seul et unique livre à la fois u.u

 

Lire à la maison ou ailleurs ?

La maison, celle des autres, les transports, le cinéma, par-tout !

 

Est-ce qu’il t’arrive de sauter des pages ou même de jeter un coup d’œil plus loin dans le livre ?

Oui m’sieurs-dames, c’est même parfois un réflexe ^^’ Je saute surtout des pages si je vois un triangle amoureux : je déteste ce genre de truc scénaristique, alors je saute des pages pour savoir comment le triangle amoureux va tourner, comme ça je peux me concentrer uniquement sur l’histoire quand je reprends ma lecture. Mais parfois, juste quand je tourne la page je zieute la page d’en face, du coup j’attrape quelques mots au vol et je poursuis la lecture par réflexe XD

 

Casser la tranche ou la garder intacte ?

Je faisais beaucoup ça quand j’étais petite, parce que je voulais lire à table mais que les gros livres étaient durs à garder en place. Maintenant, je ne le fais plus du tout : mes parents ne sont plus susceptibles de m’engueuler, donc je peux faire n’importe quoi à côté de l’assiette, et faire des constructions improbables pour garder mon livre ouvert sans l’abîmer 😀

 

Est-ce que tu écris dans tes livres ?

Jamais au grand jamais !

C’est la fin de ce tag, j’espère qu’il vous a plu, n’hésitez pas à le reprendre s’il vous intéresse et mettez-moi un p’tit lien vers les réponses, ça m’intéresse toujours ^^ Je vous fais de grosses bises et je vous dis à demain pour les premières lignes d’un nouveau livre 🙂 

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Roman gothique #6 : Les Capucins ou le secret du cabinet noir

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Bien le bonjour bande de gens ! Je prépare pour la soutenance avec plus ou moins de bonheur et d’aisance, et je me détends avec Zelda Breath of the Wild, et vous ? J’ai hâte que tout soit terminé, c’est tellement bizarre de ne plus avoir rien d’autre à faire quand toute l’année s’est passée à travailler sur les chapeaux de roues !

Nouvelle chronique littéraire ! Et une nouvelle fois, je vous propose un bon vieux roman gothique féminin du début du XIXème siècle, il faut bien que je m’habitue à parler de ce sujet pour la soutenance de mon mémoire en juillet ^^ Et en plus, il y a plein d’autrices de l’époque qui sont passées à la trappe, complètement oubliées, et je trouve ça bien dommage. Alors pour cette fois, je vous propose Les Capucins ou le secret du cabinet noir d’Elisabeth Brossin de Méré née Guénard, publié en 1801. On ne connaît presque rien de la vie de l’auteure, sinon qu’elle a écrit beaucoup, beaucoup de romans de tous les styles, y compris le style érotique (mais elle utilisait un pseudo pour ceux-là). J’avais un énorme doute sur le fait que celui-ci puisse être qualifié de roman gothique, on dirait surtout une histoire érotico-comique ; mais là où c’est intéressant, c’est que le roman reprend quand même des éléments gothiques, et le mélange est plutôt savoureux 😛 Si vous souhaitez le lire, je vous mets ici les liens pour le tome 1 et le tome 2 sur Gallica (c’est le seul endroit où j’ai pu lire et télécharger le roman).

Résumé : Deux soeurs discutent de la débauche de certains ordres religieux, et l’une en vieux à raconter l’histoire de la jeune Joséphine et du père Durolet. Joséphine est une jeune fille sotte que sa mère ne juge pas utile d’éduquer ; elle se laisse séduire sans résister par le père Durolet, qui la trompe pour mieux l’attirer dans un sombre appartement où elle devient sa maîtresse. Déshonorée, la jeune fille préfère fuir sa mère et sa bienfaitrice pour échapper au couvent, et accepte de suivre un nouveau séducteur. Sa beauté fait l’objet de nombreuses convoitises, mais sa stupidité l’empêche de voir à quel point sa situation est précaire. Il faut la marier de toute urgence, ce à quoi s’emploie Durolet dès qu’il la retrouve. Mais Joséphine n’a pas oublié son premier amant, et Durolet a toujours en mémoire les charmes de sa jolie maîtresse…

Mon avis : 

A défaut de la couverture, j’ai préféré vous mettre ici une illustration que j’ai trouvé dans l’édition de 1815 du livre : on peut y voir Joséphine qui, lors de son premier rendez-vous avec le père Durolet, se fait brutalement entraîner dans le cabinet noir. Déjà, l’illustration suffit à mettre la puce à l’oreille quant à l’aspect gothique du roman ; il y a une deuxième gravure dans le livre qui montre un affrontement entre deux capucins, où l’un menace le second avec un pistolet. Comme choix d’illustration, c’est assez particulier : pourquoi pas une scène érotique si c’est vraiment l’unique style du roman ? Je ne peux pas vous raconter tous les éléments gothiques du roman parce que ce serait un spoil violent de la fin, mais sachez que ça vaut le coup d’oeil !

C’est sûr qu’au début, on s’attend surtout à une sorte de comédie comme on pourrait en voir au théâtre, avec un joli lot de quiproquos qu’on pourrait très bien retrouver dans un comédie de Molière… quoique ça soit un poil plus grivois que le style de Molière. La stupidité de Joséphine l’amène à mal comprendre ou mal interpréter beaucoup de chose, et on se moque souvent à ses dépends. Les intrigues amoureuses sont parsemées d’amants et de maris cocufiés, et ça a son petit charme, on peut lire le roman sans trop se prendre la tête ^^ Mais le style tend à évoluer au fil du roman, et surtout à mesure que le personnage de Joséphine évolue : on finit par dépasser le comique pour rentrer dans une histoire finalement assez sérieuse et dramatique. Notez d’ailleurs qu’on a même droit à une petite « entracte » dans le roman, avec une petite histoire de romance toujours racontée par les deux soeurs ; moins rocambolesque ceci dit, mais après tout pourquoi pas ?

Le roman a pas mal de personnages grotesques ou calculateurs, mais Joséphine reste de loin la plus intéressante : c’est sûr qu’au début et pendant un bon moment, elle est surtout jeune et complètement idiote. Mais on s’aperçoit vite que la faute revient à sa mère qui la tient pour une incapable et refuse de lui donner une bonne éducation ; lorsque Joséphine reçoit effectivement une éducation, le changement est flagrant ! Ne serait-ce que par son orthographe qui au début était… disons que « catastrophique » est un doux euphémisme. Mais surtout, on voit qu’elle a acquis de la réflexion, elle élabore ses propres stratagèmes, et elle développe un bon esprit critique.

Bref, moi qui ne m’attendais pas à grand chose, et qui pensait lire un livre pas ultra qualitatif au sujet d’une histoire digne d’une farce de rue, je suis tombée sur quelque chose de plus intéressant que je n’aurais cru à première vue ! Ca détend et ça peut être l’occasion de lire en posant son cerveau à côté ^^

Premières lignes… #71

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Nouveau dimanche, nouvelle découverte ! Je continue le rendez-vous que j’ai trouvé chez Book & share, et inauguré par le blog Ma Lecturothèque 🙂 Le principe de ce post est de prendre un livre chaque semaine pour vous en citer les premières lignes.

La radio du taxi diffusait une émission de musique classique en stéréo. C’était la Sinfonietta de Janáček. Etait-ce un morceau approprié quand on est coincé dans des embouteillages ? Ce serait trop dire. D’ailleurs, le chauffeur lui-même ne semblait pas y prêter une oreille attentive. L’homme, d’un âge moyen, se contentait de contempler l’alignement sans fin des voitures devant lui, la bouche serrée, tel un vieux marin aguerri, debout à la proue de son bateau, appliqué à déchiffrer quelque sinistre pressentiment dans la jonction des courants marins. Aomamé, profondément enfoncée dans le siège arrière du véhicule, écoutait, les yeux mi-clos.
Combien y aurait-il d’auditeurs, à l’écoute des premières mesures de la Sinfonietta de Janáček, qui reconnaîtraient immédiatement ce morceau ? Disons : entre « très peu » et « presque aucun ». Mais Aomamé, elle, pour une raison ou une autre, en était capable.
Janáček avait composé cette courte symphonie en 1926. Le thème principal avait été conçu à l’origine pour une fanfare à l’occasion d’une rencontre sportive. Aomamé imaginait la Tchécoslovaquie de 1926. Après la Première Guerre Mondiale, le pays s’était enfin libéré de la très longue domination des Habsbourg, les gens buvaient de la bière Pilzner dans les cafés, ils fabriquaient des mitrailleuses efficaces et raffinées, ils goûtaient la paix passagère qui visitait l’Europe centrale. Franz Kafka, méconnu, avait disparu deux ans auparavant. Bientôt apparaîtrait Hitler, qui ne ferait qu’une bouchée de ce joli petit pays. Mais, en ce temps-là, tout le monde ignorait que des évènements aussi terribles allaient advenir. Ce que l’Histoire enseigne de plus important aux hommes pourrait se formuler ainsi : « A l’époque, personne ne savait ce qui allait arriver. »

Rocambole, ou la nouvelle appli littéraire qui va tout déchirer !

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Salut bande de gens, j’espère que vous allez bien ! Depuis quelques temps sur Twitter je suis une nouvelle appli qui se lance dans le courant du mois de juin, et qui a l’air géniale à tout point de vue ! Alors permettez-moi une petite pause de pub, et prêtez donc l’oeil à ce que je vais vous dire 🙂

Quand on est dans les transports en commun, qu’on attend chez le médecin ou qu’on vit un moment un peu chiant de manière générale, mais qui ne doit pas durer la journée non plus, le réflexe c’est quoi ? Le smartphone. Quelques uns prennent un livre, mais tout le monde n’a pas forcément envie de traîner un bouquin dans son sac, surtout quand ledit bouquin est un énorme pavé grand format (RIP les épaules), et tout le monde n’a pas envie non plus de grosses lectures. Seulement, sur un smartphone et en 10 minutes, on est loin de faire des choses révolutionnaires ou même utiles : ce temps passé sur l’écran reste un temps perdu. Alors l’idée de Rocambole, c’est de reconnecter les gens avec la lecture grâce au smartphone !

Rocambole est une application littéraire pour smartphone qui veut reprendre le principe des romans feuilletons. Alors qu’est-ce que c’est qu’un roman feuilleton ? C’est tout simplement un moyen de publier un roman non en une fois mais par petits bouts, comme une série de petits épisodes à la Netflix, qui prennent 5 à 10 minutes à lire environ, 15 grand max. Ce n’est plus trop utilisé aujourd’hui comme moyen de publier, mais au XIXème siècle, tous les grands de la littérature ont fait du roman feuilleton : Zola, Victor Hugo, Balzac, vous avez saisi l’idée ; même Stephen King a tenté le coup pour publier La Ligne Verte, je déconne pas ! Donc le roman feuilleton, c’est le bon plan pour lire un tout petit peu, et en profitant à fond du suspense de la lecture grâce à la parution par épisodes 🙂

En plus de ça, Rocambole prend également en compte le fait qu’être auteur aujourd’hui, c’est un peu le suicide financier si tu n’as pas un autre travail, un « vrai » travail diront les imbéciles que je prie d’aller jouer sur l’autoroute, merci ! Les auteurs qui travaillent avec Rocambole sont déjà nombreux, ils sont triés sur le volet pour vous offrir des séries de qualité et de genres différents : SF et fantasy, polar, thriller, historique, romantique, vous en aurez pour tous les goûts ! Et loin d’être exploités, les auteurs sont rémunérés correctement ; le plus beau, ils ont la possibilité à la fois de mettre en avant leur travail via l’application, et de dépasser ensuite le cadre de cette application pour publier sous d’autres formats 🙂

Je vais être honnête, moi ça me fait des choses cette appli ^^ Pourtant je suis une inconditionnelle du livre contre l’écran, mais là c’est autre chose. Déjà parce qu’avec une lecture courte, il y a peu de chances de s’abîmer les yeux, en tout cas pas plus qu’avec la lecture sur papier. Ensuite, l’appli permet de découvrir plein de nouveaux auteurs qui ne sont pas forcément connus mais qui ont du talent à revendre : tous les auteurs de talent ne sont pas forcément reconnus par les maisons d’édition, dites-vous que Dan Brown a essuyé un ou deux refus pour son Da Vinci Code (et les responsables s’en mordent les doigts aujourd’hui). Autre chose, c’est une demoiselle sortie de l’ENSSIB qui a eu l’idée de l’appli, et comme vous pouvez le juger avec votre servante, l’ENSSIB est un gage de Kalitay 😀 Et cerise sur le gâteau, pour des gens qui comme moi veulent écrire, Rocambole a l’air d’être une super opportunité ! Honnêtement, j’adorerais pouvoir faire partie de leur équipe d’écrivains, je croise les doigts ❤

Bref, j’ai hâte de voir l’appli sur mon portable, avec un peu de chance sur mon CV, mais surtout dans vos mirettes ! Avouez qu’elle vend du rêve, et foncez ^^ Ils ont une page Twitter, Facebook et Linkedin, alors n’hésitez pas à vous renseigner, moi je suis à fond 😛

Tara Duncan #10 : Dragons contre Démons

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Le mémoire est rendu, je répète, le mémoire est rendu. 231 pages. Et je stresse tellement que mon copain a dû m’aider à cliquer sur « Rendre définitivement »… Maintenant je vais aller me cacher sous mon bureau et attendre la convocation à la soutenance ><

Nouvelle chronique littéraire m’sieurs dames ! Ca faisait longtemps, je vous propose donc une nouvelle chronique dans la série Tara Duncan de Sophie Audouin-Mamikonian ! On passe au tome 10, Dragons contre Démons, sorti en 2012. Je rappelle que la série compte en tout 13 tomes, avec deux autres livres qui poursuivent l’histoire en proposant de nouveaux cycles des aventures de Tara Duncan. En ce qui me concerne, je commençais jusque là à avoir du mal dans la série, les cinq premiers tomes étaient excellents, mais après je commençais à trouver que la série s’essoufflait. J’ai donc eu un peu d’appréhensions avant de me lancer dans ce dixième tome… mais contre toute attente, j’ai eu une super lecture ! Je vous laisse ci-dessous la liste et les liens des chroniques des tomes précédents, mais n’hésitez pas à vous faire votre propre avis ^^ Lire la suite

Premières lignes… #70

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Nouveau dimanche, nouvelle découverte ! Je continue le rendez-vous que j’ai trouvé chez Book & share, et inauguré par le blog Ma Lecturothèque 🙂 Le principe de ce post est de prendre un livre chaque semaine pour vous en citer les premières lignes.

La mémoire de la terre est étrangère à celle des hommes. On croit tout connaître de l’histoire et du monde, mais il est des âges oubliés où se croisaient encore mille merveilles aujourd’hui disparues. Seuls les arbres se souviennent, et le ciel et le vent. Et si, un soir d’été, l’âme bienveillante, vous vous allongez dans l’herbe et vous les écoutez le coeur ouvert, vous entendrez peut-être cette histoire d’un autre temps, au pays de Gaelia ; celle de la louve blanche et de l’enfant qu’on appelait Aléa.
Ce soir-là, dans le comté de Sarre, en cette ère qu’on nommait le Troisième Age, une enfant pleurait dans le ventre sableux de la lande.
Il n’y avait rien à perte de vue que cette fille en haillons, recroquevillée sous les derniers rayons du soleil, là où se terminant la trace rectiligne de ses empreintes de pas. Le vent jouait autour d’elle, un vent sec et chaud qui emportait avec lui des buissons d’amarante et soulevait dans un souffle des nuages de sable blanc. La fin du jour s’emplissait déjà des odeurs de fumées lointaines.
Aléa était assise au milieu du désert, perdue dans le va-et-vient des vapeurs vacillantes, le visage fouetté par quelques mèches brunes de ses cheveux en bataille. On voyait à peine son visage, la tête enfoncée dans les épaules, et ses yeux bridés d’un bleu profond n’apparaissaient que de courts instant derrière le voile battant de sa chevelure noire. Sa silhouette enfantine se dessinait en filigrane sous le claquement de sa chemise, agitée par des tourbillons capricieux.
Les mains plongées dans le sol, elle souleva deux poignées de sable qu’elle laissa lentement glisser entre ses doigts. Les grains filaient les uns derrière les autres comme pour mesurer le temps. Le temps qui semblait s’écouler au ralenti tant le souffle du vent étouffait les bruits du monde.

Un peu de poésie à dormir debout : Cancre

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Salutations nobles étrangers voyageurs et boustifailleurs de livres devant l’éternel 😀 J’espère que vous allez bien ! Au moment où j’écris ces lignes, j’en suis à plus de la moitié de la rédaction de mon mémoire (joie) et j’espère très fortement qu’au moment où vous les lirez (d’ici environ un mois), j’aurais terminé le travail ! Bon il restera encore beaucoup à faire, mais ce sera déjà un gros travail achevé.

Et pour ce samedi, on se retrouve pour une nouvelle poésie ; vous avez pu le voir, depuis quelques semaines entre William Braumann et Jean-Pierre Villebramar, j’essaie de miser sur des poèmes récents, et je suis très contente parce que finalement les bons poètes sont encore légion de nos jours ! Pour cette semaine, je vous propose de découvrir la poésie de Laetitia Sioen, une artiste aux multiples cordes à son arc. Rien ne la dirigeait a priori vers la poésie, puisqu’elle était plutôt fâchée avec les mots à l’école ; adulte, elle crée des spectacles de clowns et de souffleuse de bulles, qui l’amènent à aborder la poésie par un autre biais. Elle commence à écrire à partir de 2016, et tout devient une source d’inspiration pour elle.

Les lettres rondes courent sur le papier.
Les lettres mortes s’arrêtent de chanter.
Je me perds dans ces mots
ces lettres de petits et gros caractères.
Ces salles mots, ces gros mots
qui voguent la galère et bout-en-train
car je te le dis je suis une cancre.
Un radeau de fortune,
infortuné par tant de discours.
On m’a faite la tête de nœud,
grognon et boudeuse.
La tête en queue de tir bouchon.
La manivelle de ma cervelle
fonctionne à reculons.
J’aime mieux les histoires
que les mots à dormir debout
Car je te le dis je suis une cancre.
Amusée par mes rébellions enfantines
Je suis une équilibriste
qui griffonne du papier sur le fil.
J’aime mieux mes rêves
Explorer dans la lune
Mes nouvelles aventures
Regarder l’étincelle d’une étoile
dans la pupille de mon cœur
car je te le dis je suis une cancre.

Ma première idée, c’est que cette poésie me fait beaucoup penser à la BD L’élève Ducobu, pas vous ? Je l’adorais, et je l’adore toujours d’ailleurs, et je me rappelle les grandes envolées lyriques de Ducobu ; certes c’était presque toujours pour éviter une interrogation surprise, mais c’était à chaque fois étonnamment perspicace ou joyeusement rêveur ^^ Ici, le poème est un peu comme une autobiographie de l’auteure, mais à mon avis beaucoup d’élèves doivent penser de la même façon : les mots sont des bourreaux, plus on essaie d’en tirer quelque chose et plus on a envie de se tirer une balle. Même les élèves qui ont de bonnes notes en littérature ont dû penser ça au moins une fois ! A force d’essayer de faire vivre les mots, on a l’impression de devenir soi-même un zombie, il n’y a rien de pire pour se sentir idiot. C’est tellement plus facile d’imaginer des formes à l’intérieur du texte avec les espaces entre les mots (je faisais ça tout le temps) ; pour peu que vous ayez une fenêtre ouverte à côté, et c’est le rêve debout assuré 😛 Personnellement, j’étais douée en littérature, mais j’étais une bille en dissertations ou en commentaires de textes, ça m’a pris un temps fou pour comprendre ce qu’on me demandait ; par contre, en écriture d’invention, là je touchais ma bille ! Et pourtant, il paraît que c’est l’exercice le plus difficile, comme quoi, à trop travailler, on oublie comment rêver ^^

Pour accompagner ce poème, quoi de mieux que les peintures de Rob Gonsalves ? Je les croise de temps en temps sur Internet, mais jusqu’à maintenant je n’avais jamais cherché qui en était l’auteur ; et pourtant, j’adore ses trompe l’oeil ❤ Gonsalves est un peintre canadien né en 1959, il nous a quitté malheureusement en 2017 ; sans surprise, il s’inspire beaucoup des oeuvres de Escher, que je vous avais déjà montré pour accompagner une poésie d’Esther Granek. La première peinture que je vous propose s’appelle The Chalkboard of Universe, et elle me paraît bien appropriée au thème de la rêverie en cours ; un petit clin d’oeil à Einstein en passant, qui lui aussi était un cancre 😀 Et puis la suivante, Over the Moon, idéale pour l’exploratrice de la lune qu’est Laetitian Sioen ; vous n’avez jamais essayé de vous balancer jusqu’à faire un tour complet quand vous étiez gamins ? J’ai essayé, mais j’ai eu trop peur, je me sens très liée à la terre ferme ^^’ Enfin bref, foncez trouver les autres tableaux de Rob Gonsalves et les poèmes et les spectacles de Laetitia, et offrez-vous de beaux moments de rêverie…

26”W x 32”H