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Petits challenge, questions en tout genre et exercices d’écritures ^^

L’Homme qui chantait et dansait

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Bien le bonjour bande de gens, j’espère que vous allez bien ! On se retrouve pour une nouvelle traduction de creepypasta, j’espère qu’elle vous plaira 🙂 Comme toujours, je l’ai découverte sur la chaîne Youtube de Madame Macabre, que je vous recommande absolument si vous comprenez un peu l’anglais ^^ Il s’agit d’une histoire écrite par Dylan Charles en 2020, disponible sur le site creepypasta.com ; je vous encourage aussi à visiter le site personnel de l’auteur, ses livres publiés sont disponibles sur Amazon !

Il ne reste plus beaucoup de monde pour se souvenir de l’Homme qui chante et danse.
Le temps a rattrapé ceux qui ont survécu à cette longue nuit, et je suis sûr qu’ils ont accueilli la mort de bon gré. La vie devient étrange après une nuit pareille.
Ceux qui sont encore en vie – Bill Parker, Sarah Carter et Sam Tannen – n’en parlent pas. Sam a eu de la chance. Son cerveau a commencé à se transformer en porridge il y a quelques années et maintenant il a des problèmes rien que pour comprendre comment enfiler son pantalon.
Il a été soulagé en avance de ses souvenirs. Il ne se réveille pas nuit après nuit ; la musique toujours en train de jouer dans ses oreilles, les larmes en train de sécher sur ses joues.

L’Homme qui chante et danse est venu à Belle Carne sans faire de bruits, à l’automne 1956. Je venais de quitter le lycée et je travaillais comme employé au Handy’s Hardware. J’étais là l’après-midi où Sarah Carter a presque défoncé la porte, faisant valser la clochette.
« Georges, il faut que tu voies ce qui a été installé dans le kiosque ! Il y a cette tente énorme et ce type qui se tient devant en criant comme un amuseur de carnaval ! »
Sarah était essoufflée et venait visiblement de courir depuis le parc en passant par Main Street.
Ses cheveux étaient ébouriffés dans tous les sens, une mèche collée sur le bout de son nez. Elle souffla dessus pour la dégager, attendant ma réaction.
Avec Sarah, j’avais toujours un train de retard. Cette fille avait de l’énergie à revendre à l’époque, et en quantité illimitée.
J’arrêtai de ranger les étagères et dis : « Il n’y avait rien quand je suis passé ce matin. Quand est-ce que ça a été installé ? »
Elle haussa les épaules dans un mouvement rapide.
« Aucune idée, mais c’est là, et il faut que tu voies ce gars. Il est mis sur son 31 de la tête aux pieds, et pour donner de la voix, il donne de la voix ! »
J’y réfléchis et regardai l’horloge. Il était presque cinq heure, j’allai bientôt quitter le travail de toute façon.
« Très bien, allons voir ça. »

Sarah sourit d’une oreille à l’autre et disparut. Je n’avais aucun doute sur le fait qu’elle était allée tout raconter aux autres membres de la bande, ceux qui étaient toujours en ville du moins. La plupart d’entre nous s’étaient éparpillés aux quatre coins après la remise de diplôme. Seule une poignée était restée ici et était prête à voir le spectacle.
Je marchai jusqu’au kiosque sans attendre les autres. A tous les coups, Sarah nous y attendait déjà. Je retrouvai Bill devant l’épicerie où il travaillait.
« George, mais de quoi est-ce qu’elle parle Sarah ? Elle s’est ruée dedans puis dehors avant que je puisse lui demander quoi que ce soit. »
Bill était un type imposant, le plus grand (et le plus lourd) de notre classe ; j’ai failli avoir un fou rire la première fois que je l’ai vu avec sa petite casquette d’employé en papier « McClearly fait son soda ». Bill n’aime pas vraiment qu’on se moque de lui cependant, et une fois mon oeil au beurre noir guéri, j’ai fait en sorte de ne plus jamais me moquer de lui.
C’est un chic type en dehors de son mauvais caractère. Il était le meilleur joueur de l’équipe scolaire de basket, mais aussi le seul à s’être fait viré en pleine partie. Il avait envoyé planer un autre joueur sur la moitié du terrain, un joueur de son équipe. Bill avait dit que le type lui avait mis un coup de coude dans le ventre. C’était forcément un accident : personne n’aurait fait ça volontairement.

Nous avons tous les deux marcher le long de la rue, Bill fumant une cigarette. Une habitude qui le rattrapa lorsqu’ils durent enlever son poumon droit. A la fin de Main Street, nous avons traversé Buchanan et sommes entrés dans le parc. Normalement, à ce stade, nous aurions dû voir le kiosque, perché sur une colline près du centre du parc. Pendant l’été, on y jouait des concerts : des représentations de la fanfare de l’école, un choeur d’église chantant quelques hymnes, ce genre de choses. Un jour, un couple de gamins du lycée avait monté un groupe de rockabilly plutôt sympa, mais un membre du comité du parc a fait passer un décret pour bannir le rock’n’roll du parc. Les petites villes, vous voyez le genre ?
Mais maintenant, il y avait cette immense tente d’un jaune fané bloquant le kioque, un peu comme une tente de cirque ou celle que les charlatans qui sentent les esprits aiment à utiliser, dans les moments où il aiment aussi sentir votre porte-feuilles.
Il y avait déjà une foule assez importante autour de la tente et alors que Bill et moi nous approchions, nous pouvions entendre le type dont Sarah nous avait parlé. En effet, on aurait dit un amuseur de carnaval. Bill et moi avons accéléré le pas. Nous forçâmes notre chemin à travers la foule, jusqu’à la tente et l’endroit où nous pension que l’homme se trouvait.
« Allez tout le monde, c’est pour bientôt, pour très bientôt, nous allons passer une nuit de folie ce soir. Oui Messieurs-Dames, une sacrée nuit de folie ! Nous chanterons, nous danserons, je vous le promets, car l’Homme qui chante et danse tient toujours ses promesses ! »
Nous ne pouvions toujours pas le voir, il y avait encore trop de gens qui bloquaient le passage. On aurait dit que toute la ville s’était déplacée pour voir l’Homme qui chante et danse. Bill tira sur ma manche et pointa quelque chose du doigt. Je suivi la direction et restai sans voix. C’était le Révérend Harper, le prêtre baptiste. J’ai vécu une longue vie, mais je n’ai jamais vu un homme capable de cogner une Bible aussi fort que lui.
Harper prêchait contre les maux des péchés – péché de boisson, péché de fumer des joints, péché de fumer du tabac, péché de mensonge, et, en particulier, péché de danser. Et pourtant il était là, faisant la queue pour entrer dans la tente lui aussi, car il n’était clairement pas en train de prêcher. Nous lui avons fait un salut de loin, Bill agitant la main qui tenait sa cigarette, et le vieux baptiste de devenir aussi rouge que la Mer Rouge et de continuer son chemin. Bill et moi avons échangé un sourire et continué de marcher vers l’Homme qui chante et danse.

Enfin, nous avons dépassé la foule, et il était là. Il se tenait sur une vieille caisse plein d’échardes qui semblait prêtre à s’effondrer sous son poids. Sur l’herbe à côté de lui se trouvait un étui à violon noir avec un liseré en or sur les bords. Il avait l’air vieux, encore plus que la caisse, encore plus que la ville. On aurait dit une antiquité.
L’homme était tout en angles, genoux, coudes et épaules. Il était grand, dégingandé, son corps bougeant et tressautant au rythme de ses mots. Il portait une veste à rayures rouges et blanches, comme s’il appartenait à un groupe de barbershop. Un chapeau de paille tenait en équilibre sur sa tête, constamment repoussé en avant ou en arrière par ses longs doigts. Des doigts longs et fins, six à chaque main. Je sursautai en le voyant. J’avais lu que certaines personnes étaient nées avec six doigts, mais le lire et le voir étaient deux choses différentes.
Ses yeux brillaient d’un éclat bleu, et ses dents étincelaient presque, il n’arrêtait jamais de parler. Ni pour respirer, ni pour répondre aux questions, rien. Il parlait sur le même ton comme si son âme en dépendait.
« Bien, bien, bien, nous y sommes presque, nous y sommes presque, oui nous y sommes. Etes-vous prêts à danser ? Etes-vous prêts à chanter ? Car je suis prêt à jouer de mon violon, oui je le suis, oui je le suis. J’ai un violon à mes pieds et je suis prêt à jouer ! Prêt à faire résonner ses cordes, pouvez-vous le croire ? »
Il frappait des mains et c’était le plus proche d’une pause qu’il pouvait faire.

Sarah et Sam nous retrouvèrent dans la foule. Sarah me donna un coup de coude et dit : « Qu’est-ce que je vous disais ? On dirait qu’il bosse dans un carnaval et qu’il essaye de nous faire voir la femme à barbe ou quelque chose dans le style. »
Sam hocha la tête pour nous saluer, faisant glisser ses lunettes sur son nez et leur donnant une légère tape pour les redresser. Il était aussi grand que Bill, mais n’avait pas son physique d’armoire à glace. C’était l’intello de la bande. Il fallait avoir quelqu’un comme lui sous le coude pour vous dire comment faire les choses, comme démonter la voiture du principal et la remonter dans le gymnase. Non pas que nous l’ayons fait.
« Qu’est-ce qu’il vend ? » demanda Sam ?
« Un dance j’imagine », dis-je.
« Ca coûte combien ? »
L’Homme qui chante et danse a dû l’entendre car il dit :
« Ca coûte combien, je vous entends demander ? Voyons, ça ne coûte pas le moindre dollar, pas le moindre cent, pas la moindre pièce. Braves gens, ça ne vous coûtera rien, entrez seulement et dansez sur la musique toute la nuit. »
Nous nous sommes regardés. C’était une bonne occasion. De la musique gratuite et de l’espace pour danser ? Il n’y avait pas grand chose à faire en ville en ce temps-là, ni même aujourd’hui. C’était presque trop beau pour être vrai.

L’Homme qui chante et danse s’arrêta soudain, un petit miracle à lui tout seul. Il plongea la main dans sa poche, sortit une montre dorée, regarda l’heure et eut un rictus montrant toutes ses dents. Il rempocha la montre et dit : « Braves gens, il est temps de danser alors entrez. Entrez donc tous, car la danse va commencer. »
Et là-dessus, il sauta de sa caisse et l’attrapa avec son violon avant de s’engouffrer à travers les pans de la tente.

Sarah, Bill, Sam et moi nous sommes presque fait bousculer par le mouvement de la foule, mais nous fumes les premiers à entrer. Nous nous arrétâmes en ouvrant les pans de la tente, mais nous fûmes vite attirés à l’intérieur.
C’était immense à l’intérieur. Il y avait un sol en bois massif sous nos pieds qui ressemblait à du chêne, un chêne très sombre poli jusqu’à avoir l’éclat du miroir. Il y avait des bougies dans des chandeliers tout autour des piquets de la tente, et quand je regardai en haut, je ne pus voir le plafond noyé dans les ténèbres. C’était comme observer le ciel d’une nuit sans étoiles, où la lune n’osait pas montrer son visage.
La foule continua à nous pousser à l’intérieur, de plus en plus de gens entraient. Et il n’y avait pas que des jeunes. Nous vîmes Mme Crenshaw, notre prof d’anglais à l’école qui allait sur la cinquantaine ; M. Hopkins, le principal ; le bon vieux Révérend Harper, toujours embarrassé, comme s’il n’avait pas pu s’en empêcher. Il y avait vraiment toute la fichue ville. Bon sang, même le maire était là avec sa femme, en train de discuter avec le chef de la police.

Bientôt, tout le monde fut à l’intérieur et les murmures des discussions étaient presque assourdissants. Il commençait à faire chaud et je me sentais devenir raide et claustrophobe. Nous cherchions tous l’Homme qui chante et danse, pour voir où il était parti. Personne ne leva les yeux, aussi personne ne le vit jusqu’à ce qu’il gratte les cordes de son violon.
Il était là, sur le pilier central de la tente, assis sur une petite plateforme en bois, environ six mètres au-dessus du sol. Dieu sait comment il était arrivé là, il n’y avait aucune échelle. Ses pieds pendouillaient au-dessus du bord, il tenait son violon dans une main et l’archet dans l’autre. Tous deux semblaient faits du même bois que le sol et brillaient à la lumière des bougies comme s’ils étaient vivants. Je doutai presque que l’Homme qui chante et danse eût besoin de toucher les cordes.
Nous l’avons tous regardé. Il sourit et sauta sur ses pieds alors que la foule retenait son souffle, craignant qu’il ne tombe parmi eux.
Et alors il commença à jouer.

Il fit chanter les cordes. Je n’avais jamais entendu quelqu’un jouer comme ça ou même après, et je remercie Dieu pour ça. On aurait dit que l’air tout autour craquait et brillait. Les réserves disparaissaient et l’esprit s’agitait. Vous sentiez l’urgence de bouger jusque dans vos os, ancrée dans la moelle. J’attrapai les mains de Sarah, nous commençâmes à danser sur le sol ; tout le monde suivit le mouvement avec ou sans partenaire. Certains dansaient le foxtrot, d’autres la valse, d’autres encore le twist. Nous avons dansé, bougé, secoué, dansé le jive et le rock’n’roll.
Je passai devant le Révérend Harper bougeant ses pieds sur une danse maladroite avec Eloïse Grendel, une vieille grenouille de bénitier catholique. Je vis la femme du maire valsant avec Dan Adams, un de nos pompiers.
Je tournoyais avec Sarah sur le parquet, sautant et virevoltant avec les gens autour de nous. Il faisait de plus en plus chaud, je sentis rapidement la sueur des corps bougeant contre d’autres corps. J’étais étourdi mais nous continuâmes à danser ensemble, danser sans nous arrêter. Il me fallut un moment pour m’apercevoir que l’Homme qui chante et danse était également en train de chanter, mais dans une langue inconnue.
Il nous observait depuis sa plateforme, jouant encore et encore de son violon. Son archet se levait et s’abaissait, d’avant en arrière et d’un bout à l’autre des cordes. Il jouait comme il parlait. Ni temps morts ni pauses, juste un déluge maniaque d’airs pendant que sa langue articulait des mots qui n’étaient pas de ce monde.

Je secouai ma tête en dansant avec Sarah et m’aperçus que mes jambes fatiguaient. Mes pieds me faisaient mal et mes lombaires commençaient à se crisper. Je vérifiai ma montre et vis que nous dansions depuis une bonne heure. Je secouai ma tête à nouveau, essayant de chasser cette impression de transe qui obscurcissait mon jugement.
« Sarah », dis-je en éclaircissant ma gorge. J’émis seulement un murmure. Ma langue semblait lourde et bizarre. « Sarah ». Plus fort cette fois, mais elle ne répondit toujours pas et nous continuâmes à danser. Je la secouai, mais elle ne répondit pas. Je continuai à la secouer jusqu’à comprendre que je le faisais en rythme avec la musique.
Alors j’essayai d’arrêter, mais je ne pouvais pas. Je ne pouvais pas m’arrêter.
Dans le brouillard, je commençais à prendre peur. Je voyais les visages des autres gens maintenant. Je voyais leur terreur. La figure du Révérend Harper était devenue encore plus rouge. La sueur coulait sur son visage, mais il continuait à bouger, faisant virevolter Miss Grendel alors que sa tête pendouillait mollement. Elle s’était évanouie mais ses pieds continuaient de bouger. Nous nous approchâmes de Bill qui dansait avec Susie Watkins, dont je vis les yeux effrayés parcourir la salle, mais Bill remuait sa tête en rythme avec la musique, ses yeux vitreux fixant le vide.
L’Homme qui chante et danse riait depuis son perchoir et continuait à jouer, tapant des pieds. Ses yeux brillaient dans l’atmosphère sombre et humide. Ils brillaient de plus en plus, d’une lumière qui se reflétait sur l’archet à chaque mouvement.

J’entendis un cri et tournai la tête pour voir une femme tomber au sol en tenant sa jambe. Elle avait une crampe. Je l’enviais. Elle était obligée de s’arrêter. Elle devait se reposer. Mes propres jambes semblaient faites de bois mort, la douleur dans mon dos avait empiré.
Mais alors son partenaire piétina sa cheville et j’entendis le craquement à travers la pièce. Il dansait toujours ; ses yeux vides et dans le vague alors qu’il bougeait. Elle cria encore et essaya de ramper, mais au lieu de cela elle se releva. Elle recommença à danser, portant son poids sur sa cheville brisée encore et encore. Je me retournai, mais je ne pouvais bloquer le son de ses pleurs.
La musique continuait.

Je regardai ma montre à nouveau et cela faisait maintenant trois heures. Nous n’avions ni ralenti ni faibli. Nous continuions à la même vitesse que le violon. Le foutu violon. Traînant nos pieds sur le sol. Tant pis pour les ampoules qui nous brûlaient. Tant pis pour les orteils ou les chevilles cassés. Tant pis pour la douleur lancinante dans notre dos qui refusait de partir. Tant pis pour les vieux coeurs et les mauvais genoux.
Nous continuions à ce rythme infernal comme un seul homme : une créature d’un seul esprit sautant, tapant, trépignant.
Le Révérend Harper finit par mourir. Je vis la chose se produire. Il tenait la toujours évanouie Miss Grendel (dont les pieds bougeaient toujours avec la musique) quand il la laissa tomber et s’écroula au sol. Il se tortilla encore, son pied battant un rythme effréné, puis plus rien. Miss Grendel se releva et continua de danser. Je regardai Harper alors que je dansai, essayant de voir s’il respirait.
Il ne respirait plus. Je le jure, il ne respirait plus, et pourtant il se releva. Il était mort, pourtant il se releva et recommença à danser. Il se tourna vers moi et eut le même rictus que l’Homme qui chante et danse. Ses yeux étaient rouges, remplis du sang de ce qui s’était rompu dans son cerveau. Je vis une unique larme rouge rouler sur sa joue.
Je fermai les yeux et continuai à bouger.

Harper ne fut pas le dernier. Il n’était probablement pas le premier. Les vieux et les malades furent les premiers à tomber. Peu importe la raison – fatigue, crise cardiaque, hémorragies internes – ils mouraient, se relevaient et continuaient à danser avec un rictus.
Je passai devant Lizzie et Sam. Il avait perdu ses lunettes. Ses yeux roulaient dans leurs orbites, terriblement conscients. Je regardai sa jambe et vis le bout d’un os déchirant son jean. Il y avait une piste de sang derrière lui, et alors qu’il tournait une éclaboussure atterrit sur les jambes des personnes autour de lui. Il marchait sur sa jambe cassée, tournoyait sur elle, sautait sur elle au rythme du violon.
La nuit passa.

Je me rappelle avoir marché sur quelque chose et comprit que je venais d’écraser la main droite de Mme Dempsey. Elle était étendue sur le dos sur le parquet. Elle avait été piétinée encore et encore. Je pouvais même voir l’empreinte d’une chaussure d’homme sur son estomac. Sa tête avait été creusée et sa poitrine sous sa robe avait l’air enfoncée ; malgré tout, elle essayait encore de se lever et de danser.
L’odeur du sang se mélangeait avec celle de la sueur, je ne pouvais plus respirer. L’air était dense, tout autour j’entendais des cris et des pleurs, mais rien qui surpasse le violon ou la chanson de l’Homme qui chante et danse.

Et puis tout s’arrêta. Je dansai encore un pas et m’arrêtai. Je levai les yeux vers la plateforme. Nous le fîmes tous, faisant craquer nos cous vers le haut. Il consultai sa montre de poche.
« Très bien braves gens ! C’est tout pour ce soir ! La danse est terminée et le matin est arrivé. Vous pouvez partir si vous pouvez marcher, et vous devriez marcher vite car l’Homme qui chante et danse va s’en aller.
Nous restâmes immobiles comme des animaux étourdis, puis nous dirigeâmes vers les pans de la tente. Personne ne courut, car personne ne le pouvait. C’était un miracle que nous puissions marcher. Sarah partit devant, mais je restai derrière. Je me tournai et vis au moins vingt personnes debout. Harper était parmi eux. Ils grimaçaient tous, les yeux vides. Ils se tenaient debout, sans faire le moindre mouvement pour partir.
« Pars maintenant, mon ami. L’Homme qui chant et danse a ce qu’il voulait, mais il serait heureux de t’ajouter, toi aussi, si tu tardes et hésites trop longtemps. »
Je le regardai et le vis sourire, puis je tournai le dos et quittai la tente. Quand je me retournai à nouveau, elle avait disparu, de même que les gens à l’intérieur.

C’est l’histoire de ce qui s’est passé. Les autres n’en parleront pas ou prétendront que ça n’est jamais arrivé, peu importe la disparition de vingt personnes cette nuit-là, y compris la femme du maire. Ils préfèrent ne pas y penser.
Sarah et moi avons amené Sam à l’hôpital du conté voisin, loin des gens qui savaient ce qui s’était passé. Ils ont dû lui couper la jambe. Sam ne dit rien et devint encore plus silencieux après, prenant des jobs bizarres que seul un unijambiste pouvait faire. Il ne bouge plus beaucoup aujourd’hui ; il reste assis sous son porche, une cane contre la cuisse, massant le moignon avec sa main. Il dit que ça l’ennuie lors des nuits froides. Et lors des nuits chaudes. Et des nuits humides. Et des nuits sèches.
Bill a rejoint l’armée, assez longtemps pour faire le Vietnam et gagner un tas de médailles. Il revint et s’installa pour boire, beaucoup boire, et si vous voulez le trouver, vous pouvez le faire au bar d’Eddie Dixon. Peu importe à quel point il se soûle, il ne parle pas de cette nuit.
Aucun de nous n’a beaucoup vu Sarah après. Elle a réussi à se relever, mais c’est ainsi qu’elle était toujours. Elle est partie à l’université mais, comme Bill, elle est revenue à Belle Carne. Elle enseigne au lycée maintenant et apprend l’anglais aux plus jeunes.

Je suis resté ici, attaché à la boutique d’électronique. Je l’ai gérée pendant un moment, mais aujourd’hui je ne peux plus faire grand chose. Je m’assois avec Sam, discutant quelque fois, mais pas souvent. Si je reste trop tard ou trop longtemps, je verrai ses yeux devenir vitreux derrière ses culs de bouteille et il disparaîtra en lui-même ; je le verrai fredonner une bribe de chanson et les cheveux de ma nuque se dresseront, des frissons parcourront mes bras par vagues.
Mes pieds commenceront à taper en rythme sur le bois de la terrasse et un grand sourire se déploiera sur le visage de Sam. Le sourire de l’Homme qui chante et danse.

Le fauteuil

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Bien le bonjour bande de gens, j’espère que vous allez bien ! On se retrouve pour une nouvelle traduction de creepypasta, c’est-à-dire une histoire effrayante ❤ Celle que je vous ai choisi aujourd’hui m’a beaucoup marquée, le sujet est très original et elle m’a scotchée jusqu’à la toute fin ^^ Il s’agit de The Chair (ou « Le fauteuil ») de Collicun Redeia, publiée sur le site creepypasta.com.

Comme toujours, je l’ai découverte grâce à la chaîne de Madame Macabre, que je vous recommande si vous avez quelques bases pour comprendre l’anglais (même pour le réviser ça marche très bien !). Madame Macabre lit et met en scène des creepypastas avec sa voix et des ambiances sonores travaillées, c’est un régal, on s’y croirait ! Elle sait à la perfection faire les intonations des personnages et leur donner vie, je n’ai pour l’instant trouvé aucune autre chaîne où le conteur ou la conteuse est aussi doué(e).

Je n’ai jamais été le moins du monde superstitieux. Aussi loin que je puisse me souvenir, j’ai toujours considéré la vie avec un oeil pratique. J’étais toujours dans le présent, j’appréciais mon pragmatisme et mon sens des réalités, c’était ce que je préférais chez moi.

J’avais une passion pour le design intérieur et les meubles, j’aimais me considérer comme un artiste. Quand je ne travaillais pas, j’étais souvent sur Internet, j’avais mon propre blog. Je postais des photos de ma maison et sa décoration, et quelques unes des travaux et des intérieurs réalisés par mes amis ; nous collaborions souvent sur des projets de maisons, nous étions obsédés par ça.

Un jour, je suis allé au IKEA du coin, pour trouver l’inspiration sur un projet. J’allais souvent à IKEA pour farfouiller, j’aimais me perdre dans les salles et les couloirs sans fin, tous aménagés différemment pour stimuler mon imagination. J’imaginais souvent comment un meuble pourrait rendre chez moi, bien que je n’aie pas assez d’argent et qu’il serait plus économique d’en fabriquer un.
Je suis tombé sur quelque chose de très bizarre durant ma dernière visite à IKEA. Ce n’était rien de très clinquant, un fauteuil vintage à haut dossier, avec un cadre en bois et des coussins blancs et moelleux pour l’assise et le dos. C’était étrange, car IKEA ne vendait pas ce type de fauteuils ; et pour ma part j’avais des goûts plus modernes, je n’aurais jamais acheté ou construit de meuble comme ça. J’étais curieux et j’ai décidé d’y regarder de plus près. Il y avait un label, mais rien de très spécifique : on pouvait lire « Le Fauteuil ». Ni logo, ni marque, ni prix, rien à part « Le Fauteuil ».

Ca n’avait pas l’air très confortable, mais j’étais intrigué et j’ai décidé de m’y asseoir tout de même. C’était le fauteuil le plus confortable sur lequel il m’ait été donné de m’asseoir. Je me suis senti m’enfoncer dans le fauteuil, bien que ce soit improbable puisque c’était seulement un simple fauteuil en bois avec des broderies sur les coussins. Je pouvais sentir mon corps être de plus en plus fatigué.
Je ne voulais pas m’endormir en plein milieu du magasin, alors j’essayai de me lever. Mon corps ne me laissa pas faire. Mes paupières commençaient à se fermer, je les forçai à rester ouvertes mais en vain. J’appelai à l’aide, mais personne ne répondit. En fait, personne ne semblait me remarquer. Je fis une autre tentative pour extraire mon corps épuisé du fauteuil, mes bras tremblèrent alors que je poussai sur les accoudoirs ; je parvins à soulever mon corps de quelques centimètres, mais la fatigue reprit le dessus et je m’écroulai sur le fauteuil, à bout de souffle.

J’essayai tout ce qu’il était possible pour me tenir éveillé, mais mes yeux commencèrent à se fermer sans même que je le remarque. Je me repris juste à temps, mes yeux se fermèrent pendant une milliseconde, mais quand je les ouvris de nouveau, je vis que les seules personnes dans le magasin étaient les vigiles et les concierges, qui ne me voyaient toujours pas. Je me tournai pour regarder par la fenêtre, et je vis la lune et le parking vide. C’était la nuit, le magasin était fermé.

J’essayai à nouveau de me tirer du fauteuil, mais je ne pus bouger. Je hurlai à plein poumons, mais tout ce qui sortit fut un faible cri. Le concierge qui balayait le sol près de moi aurait dû m’entendre, mais il n’avait aucune conscience de mon existence. Plus je criai, plus je m’épuisai. Et je pouvais sentir mes yeux se refermer, sans que je puisse rien y faire.

Cette fois-ci, il me sembla qu’il s’était écoulé plus longtemps qu’une milliseconde, peut-être une minute ou deux, mais quand je m’éveillai il n’y avait personne. Je regardai autour de moi, tous les meubles avaient disparu à part le fauteuil où je me trouvais, ce n’était plus qu’un grand entrepôt vide. Je regardai par la fenêtre : la lune, le ciel et le parking avaient disparu, c’était le noir complet, comme si les fenêtres avaient été obscurcies. Désormais, je ne pouvais plus crier, je pouvais à peine bouger mes lèvres. Je commençai à sentir une pointe dans le bas de mon dos, mais je ne pouvais rien faire sinon rester assis inconfortablement. Je ne voulais pas fermer les yeux à nouveau.

L’inconfort devint de pire en pire, je sentais la douleur sous mes bras et le long de mon dos, j’avais l’impression que mon tee-shirt était attaché à ma peau. Mes yeux ne voulaient plus se fermer à présent, et la situation devenait de plus en plus insoutenable. Jusqu’à ce que finalement, je glisse à nouveau dans le sommeil.

Je me réveillai pour me rendre compte que tous les lumières s’étaient éteintes, j’avais l’impression d’être observé et je ne pouvais plus tourner la tête. Un frisson courut le long de mon échine et dans tout mon corps. Mon esprit commença à s’affoler, je ne pouvais pas penser de façon rationnelle, la pure terreur était la seule chose qui occupait mon esprit. J’entendis de petits grattements, je vis dans les ténèbres ce qui ressemblait à un homme debout qui me regardait. Qu’est-ce qui m’arrivait ?

La dernière fois que je m’endormis, je ne me rendais même pas compte que je sombrais dans l’inconscience. Mais que je me réveillai, je vis que la structure du IKEA était en train de s’écrouler, les murs et les sols avaient jauni, il y avait de nombreux trous et fissures dans le bâtiment, et à l’extérieur il y avait le soleil qui brillait trois fois plus que la normale ; aucun objet n’était à vendre, mais il y avait quelques caddies renversés et accumulant de la poussière.

Je restai assis dans le fauteuil pendant ce qui sembla des semaines, il n’y avait aucune douleur mais je savais qu’on me torturait, il existe de nombreux types de tourments après tout. Je ne pouvais pas bouger, je ne pouvais pas tourner la tête, j’étais complètement paralysé. La seule chose que je pouvais sentir, c’était les tremblements et la pression qui augmentait. Je voulais m’endormir mais je ne le pouvais pas, je voulais sortir du fauteuil mais je ne le pouvais pas.

Je restai assis, mon esprit tournait à plein régime mais mon corps était immobile, le simple manque de mouvement était déjà une torture en soi, toujours plus d’inconfort et de raideur. Enfin, après ce qui parut des mois, je parvins à tourner légèrement la tête, et me mis à trembler. Je pouvais sentir mon corps devenir encore plus lourd, les pieds en bois de la chaise tremblèrent, commencèrent à se brise, et après trois heures de tressaillements incontrôlables, le fauteuil se brisa.

Mes yeux se fermèrent pendant un instant, et quand je les rouvris, je m’aperçus que j’étais de retour dans le magasin au moment même où je m’étais assis sur le fauteuil. Tout le monde me regardait. Le fauteuil gisait au sol, ses quatre pieds brisés et le dos fendu. Je pouvais bouger de nouveau. Et je pus voir un jeune employé en colère qui s’approchait :
« Excusez-moi Monsieur, vous allez devoir payer pour ça », dit-il.
« O-oui, bien sûr », bégayai-je. Je regardai de nouveau le panneau, cette fois on pouvait lire « Fauteuil blanc Art Nouveau, fin XXe siècle, 2250 dollars ».

J’allai au comptoir et payai avec ma carte de crédit ; je demandai s’ils pouvaient jeter le fauteuil pour moi, puisqu’il était cassé je n’en avais pas l’usage.

Je m’enfuis du magasin sans me retourner.

J’abandonnai ma voiture, je refusai à tout prix de m’asseoir. Je fis de mon mieux pour trouver une explication à ce que j’avais vécu, c’était trop réaliste pour un rêve, mais une fois que le fauteuil s’était brisé, c’était comme si rien de tout cela n’était arrivé. Je me mis à trembler, et décidai de m’arrêter pour prendre une camomille pour calmer mes nerfs. Je voulais appeler mes amis pour tout leur raconter, mais je savais qu’il ne me croiraient pas. Je connaissais la paralysie du sommeil, j’en recherchai les symptômes et ils correspondaient à ce que j’avais ressenti dans le fauteuil. Mais il n’y avait rien sur Internet pour expliquer les yeux ni les changements du paysage entre les périodes de sommeil.

Je fis remorquer ma voiture, je vivais dans un endroit assez éloigné et j’avais une longue route pour rentrer chez moi. Je commençai à fatiguer. Au moment où j’atteignis mon quartier, il faisait sombre. Je voulais croire que ce n’était pas vrai. Je voulais être logique, mais ce n’était plus possible. Je passai devant la maison de mon ami Simon et décidai de lui rendre visite.

Simon me laissa dormir chez lui pour la nuit ; je lui racontai seulement que ma voiture avait glissé dans un fossé et avait dû être remorquée, et que j’étais trop épuisé pour marcher davantage. Simon me conseilla de m’asseoir, mais je refusai. Il dit qu’il devait faire une course rapide, acheter du bois pour un projet. Je ne voulais pas rester seul, mais je me dis que tout se passerait bien. Je ne m’assis pas une seule fois. Je sortis mon ordinateur et décidai de consulter mon blog, je ne savais pas à quoi je m’attendais mais j’aimais bien vérifier régulièrement.

Je vis un post que je n’avais jamais fait ; c’était une photo du fauteuil, vous savez très bien lequel. Il y avait une légende : « Cet ancien fauteuil français est si confortable que vous ne voudrez jamais le quitter ! Vous y serez si bien que vous en perdrez la notion du temps ! ».

Je me figeai. Je fermai mon ordinateur et décidai d’aller dormir à l’étage dans la chambre des invités. J’étais toujours paranoïaque et terrorisé à l’idée de me reposer, mais je me sentais de plus en plus fatigué, et peut-être qu’un peu de sommeil me ferait du bien.
La chambre d’invité n’avait pas de lit, tout ce qu’il y avait c’était un fauteuil vintage à haut dossier, avec une armature en bois et des coussins blancs moelleux sur l’assise et le dos. J’étais trop épuisé pour résister.

Voilà où je suis à présent. Cela fait maintenant 3 jours, bien que le temps soit dur à évaluer. Simon a dû penser que j’étais parti et que j’avais regagné ma maison, puisqu’il est venu dans la chambre plusieurs fois et ne m’a pas remarqué. Je sais que je vais bientôt m’endormir, je sens que je fatigue toujours plus à chaque fois que je presse une touche de mon clavier, mais je dois faire passer mon message.
Vous ignorez ce qui peut vous arriver dans la vie, vous ne savez jamais en quoi avoir confiance. Si vous prenez un siège, vous pouvez très bien ne jamais vous relever.

Une douzaine de choses à ne pas oublier à la foire

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Bien le bonjour bande de gens, j’espère que vous fêtez Halloween dignement ! J’écris cet article en avance, alors j’espère que ce sera mon cas également, je rêve d’un Halloween en costume avec les potes, avec des histoires effrayantes à raconter, une orgie de bonbons et de chocolat chaud, des films d’épouvante et un concours de costume avec un trophée-squelette, que je gagnerai bien sûr 😀 Oui, je suis une gamine et j’en suis fière, prenez-en de la graine les vieux ronchons !

Halloween est la seule fête pour laquelle je tiens à faire une publication thématique, et ici, la solution était toute trouvée 😀 C’est pourquoi, après Candle Cove et Distorted Signals, je vous propose une nouvelle traduction de creepypasta aujourd’hui, j’espère qu’elle vous plaira :3 Elle s’intitule A Dozen Things to Remember at the Carnival, et a été écrite sur Reddit par lukkynumber en 2017 !

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Pourquoi tu ne peux pas parler aux morts

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Bien le bonjour bande de gens, j’espère que vous allez bien ! Il y a quelques mois, je vous avais présenté deux traductions de creepypastas que j’aimais beaucoup, et ça avait eu l’air de vous plaire aussi donc je remets le couvert 😀 Pour rappel, les creepypasta désignent des histoires effrayantes ou des légendes urbaines diffusées sur Internet. J’aime énormément ce format d’histoires, et j’en lis aussi beaucoup en anglais : deux langues, deux fois plus d’histoires ❤ Je voulais vous faire partager mes coups de coeur, donc je vous traduis mes préférées écrites en anglais ^^

J’ai découvert la creepypasta d’aujourd’hui via la chaîne Youtube de Madame Macabre que je vous conseille vraiment : elle lit des creepypasta anglais avec un accent très facile à comprendre, idéal si vous avez besoin de perfectionner votre écoute ^^ Elle s’intitule Why you can’t talk to the dead, littéralement « Pourquoi tu ne peux pas parler aux morts » C’est à la base une création de Daydalia (je n’ai que le pseudo) sur le réseau social Reddit 🙂 Je vous laisse le lien pour la lire dans la version originale et la vidéo de Madame Macabre :3

Ma tante était une escroqueuse qui avait appris du plus grand – son père. Grand-père n’avait jamais fait les choses en grand mais il vivait pour le jeu. Rester en-dessous des radars était probablement la raison pour laquelle il ne s’était jamais fait prendre. Pas une seule fois. Il en était très fier.
Maman n’a jamais repris l’affaire familiale. Elle s’est tournée vers la religion à la place et a épousé un inspecteur des impôts. C’est tellement ironique qu’on dirait une blague mais c’est la stricte vérité. Papa était le meilleur pour ce qui était d’aider à faire les devoirs de math. Les parents plus spéciaux de ma mère ont été tenus à distance pendant toute mon enfance, pour éviter qu’ils ne m’incitent à suivre des choix de vie plus intéressants.

Tante Cassie était la seule à pouvoir s’insérer dans ma vie. C’était une psychologue diplômée, ce qui la rendait un peu plus respectable. Mais Tante Cassie utilisait sa capacité à lire dans l’esprit des gens d’une toute autre façon, probablement pas celle prévue par l’université où elle avait suivi ses cours.

Tante Cassie était une véritable médium.

Elle avait une boutique et tout ce qui allait avec. Des cristaux, des herbes, des bougies. Tout ce dont vous aviez besoin pour combler le vide mystique dans votre vie pouvait être acheté pour un prix raisonnable dans sa petite échoppe. Il y avait même une salle privée à l’arrière qui était utilisée pour la divination et les séances de médium.

Comme mes deux parents travaillaient, on me déposait souvent à la boutique où j’aidais Tante Cassie lors de ses performances. Tout y passait, depuis les jeux de lumière jusqu’aux coups sur les murs. Jouer avec le thermostat était mon idée et elle était plutôt bonne. Les clients venaient pour avoir des frissons, pas vrai ? Pourquoi ne pas les satisfaire ?
Cassie m’a aidée à devenir la sceptique que je suis aujourd’hui. Elle m’a montré ce qui se passait en coulisses. Nous regardions tous les jours des talk shows avec des magiciens et des médiums, et Cassie expliquait chaque étape, de la lecture la plus basique au point culminant qui captive l’audience (j’ai eu du mal à traduire ce passage, j’ai dû improviser)

Après un épisode particulièrement, j’ai posé naturellement posé la question. N’y avait-il vraiment rien de réal ? La réponse de ma tante a été sans appel :
« Les morts ne parlent pas, gamine. Tous ceux qui affirment le contraire pètent plus haut que leur cul. »
C’était son assurance, plus que tout le reste, qui m’avait convaincue.

Je n’ai vu qu’une seule fois ma tante refuser un client. Il était vieux, chauve et recroquevillé sur lui-même. Il avait enlevé son chapeau quand il était entré et trituré ses mains en parlant. Cassie s’était aussitôt tendue en le voyant.
L’homme affirmait avoir travaillé dans le milieu pénitentiaire. Le couloir de la mort. Il avait été chargé des exécutions des pires criminels que la Terre ait porté. Cela le tourmentait avec l’âge, il était rongé de l’intérieur. Il voulait que Cassie contacte les âmes de ceux qu’il avait tués pour leur présenter ses excuses et implorer leur pardon avant qu’il ne les rejoigne.
Ma tante est entrée dans une colère incroyable. Je ne l’avais jamais vue aussi furieuse ! Elle mugissait et jetait des objets. Lui hurlait de fermer sa gueule et de dégager.
Je me suis cachée sous le comptoir avec mes mains sur mes oreilles jusqu’à ce qu’il s’en aille. Plus tard, j’ai pensé qu’elle avait réagi ainsi parce qu’elle avait peur du travail de cet homme. Un bourreau devait être la plus grande peur d’un arnaqueur.

Un jour, je me suis fait pincer. Je voulais organiser un spectacle de magie pour mes amis and stupidement j’ai pensé que je pourrais jouer les médiums, en prétendant parler à Grand-Père pour Maman, puisqu’il lui manquait tant. Enorme erreur. Maman a complètement paniqué et m’a interdit de revoir sa soeur.

J’avais laissé quelques cahiers à la boutique, alors j’ai dû y courir et les attraper pendant que ma mère fumait dans la voiture. Tante Cassie n’a même pas eu à demander ce qui se passait. Elle pouvait lire sur mon visage après tout. Je lui ai donné un câlin et lui ai dit aurevoir en pleurnichant. Toutefois, elle m’a dit un dernier secret.
« Gamine, il y a une malédiction dans cette famille qui se transmet comme un flambeau. Je prie tous les dieux, si tant est qu’il y en ait, pour qu’elle ne te soit pas transmise quand je m’en irai. »

Nous ne nous somme plus reparlé pendant plus de neuf ans. Jusqu’à ce que facebook devienne populaire et qu’aucun verrou parental ne puisse m’empêcher de me connecter. C’était malaisant. Sa vie avait pris un tour difficile ; on lui avait diagnostiqué un trouble schyzophrène, ce qui a fini par couler son magasin. Pour payer les factures, elle avait dû se ranger et avait perdu, avec son affaire, toute sa force et sa joie de vivre.

Un jour, en rentrant à la maison, j’ai trouvé un message qui m’a donné l’impression que mon estomac venait de se remplir de plomb.
« Je t’aime, gamine. Souviens-toi de ce que je t’ai dit. »
J’ai composé son numéro, déjà en pleurs. Pas de réponse. Mais j’ai continué à appeler encore et encore et encore et encore…
C’était trop compliqué de le dire à ma mère. La police s’en est chargé le lendemain. Accident de voiture. Alcool au volant.

Les funérailles étaient comme floues. Des parents que je ne connaissais ni d’Eve ni d’Adam s’était rassemblés dans l’église. Je m’assis entre mes parents au premier rang et fouillai ma mémoire pour me rappeler ce que ma tante voulait me dire.
Nous avons suivi le corbillard jusqu’au cimetière en silence. Le prêtre fit ses dernières prières et je me retrouvai seule près de sa tombe, essayant toujours de me souvenir. Des bouts de la conversation de mes parents arrivaient à mes oreilles sans que j’y prête attention. Si seulement Cassie n’avait pas été aussi énigmatique.
« – m’attendais à un enterrement aussi vide. Quel dommage. »
Un enterrement aussi vide ? Ca m’a fait tiquer. Pendant le service l’église était pourtant pleine à craquer. Je me suis retournée pour dire quelque chose et j’ai enfin compris.

Derrière mes parents il y avait une foule de gens, debout et fixant le vide devant eux. Mes parents ne leur prêtaient pas la moindre attention. Le prêtre murmurait quelques condoléances apaisantes et présentait ses excuses, marchant en plein milieu du groupe sans déranger la moindre personne.
A la tête du groupe, avec la même apparence que le jour où je l’avais quittée, il y avait Cassie. Tous les « repose en paix » du monde ne lui auraient fait ni chaud ni froid. Sa bouche était grande, grande, largement ouverte, et juste alors, j’ai su.

Je sais quelle est la malédiction familiale. Je sais pourquoi les morts ne parlent pas.

Ils sont trop occupés à hurler.

Tag : Ces librairies qui nous marquent

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Bien le bonjour bande de gens, j’espère que vous allez bien ! Aujourd’hui, j’ai envie de vous proposer un nouveau tag, j’espère qu’il vous intéressera 🙂 A la base, l’idée était de faire un peu de pubs aux librairies que j’aime bien, histoire de les soutenir maintenant que je ne peux plus aller à la plupart d’entre elles et aussi pour ramener les bons souvenirs. C’est le problème d’avoir mes weekend sur les dimanche/lundi, tout est fermé 😥 Maintenant je prends surtout de l’occaz sur Internet, c’est un peu moins cher mais beaucoup moins agréable que de flâner dans les rayons et discuter avec un vendeur passionné ou profiter d’un petit thé… Et puis je me suis dit qu’en en faisant un tag, ce serait l’occasion de faire découvrir plein de petites librairies de partout ❤ En même temps, je prends des notes pour moi : si un jour j’avais la chance de pouvoir ouvrir ma petite librairie avec salon de thé, mon bonheur serait complet 😀 

Librairies sur Bordeaux et sa région :

C’est dans le coin que j’habite maintenant donc c’est là où je connais le plus d’adresses… et encore, beaucoup sont dans Bordeaux même, j’aimerais beaucoup en trouver d’autres plus près mais elles sont fermées quand je suis en repos donc bon… 😥 Malheureusement, comme n’importe quel commerce, c’est dur pour une librairie de fonctionner hors d’un centre urbain. Mais quand ce sont de bonnes librairies, qu’importe la distance ❤ 

La Zone du Dehors : 

Située cours Victor Hugo, la librairie tire son nom d’un roman de Philip K. Dick, grand monsieur de la science-fiction littéraire à qui on doit entre autres Blade Runner, Total Recall ou encore Minority Report. Si je commence par celle-là, c’est parce que c’est l’une de mes préférées : elle est spécialisée dans les genres de l’imaginaire ❤ Les libraires sont très gentils, pleins de bons conseils, et mettent en avant des publications peu connues ou des petites maisons d’édition. C’est d’ailleurs ici que j’ai découvert la série de la Ligue des Ecrivaines Extraordinaires aux éditions des Moutons Electriques 🙂 Cerise sur le gâteau, il y a aussi un espace où manger un bout ! J’annonce, ce sont mes chouchous :3 

Krazy Kat : 

Certains connaissent la librairie Album dans la rue Sainte Catherine, la franchise existe également sur Paris et propose un large choix de BD, mangas et figurines. Mais ! Connaissiez-vous la librairie Krazy Kat ? Dans une rue parallèle à la rue Sainte Catherine, cette petite librairie propose également des BD, des mangas, des figurines et autres objets de collection. Si je la préfère à Album (qui est aussi une très bonne librairie hein !), c’est d’abord parce que l’espace est moins restreint et qu’il y a là aussi un espace restauration. Les libraires sont adorables, toujours prêts à vous renseigner et le choix est très large, avec les classiques et des références moins connues 🙂 

La Mauvaise Réputation : 

Celle-ci se trouve rue des Argentiers, dans la partie historique de Bordeaux. 

On y trouve plein d’objets curieux
Incroyables, imprévisibles
Un mystère pour ma très humble cervelle !

C’est un monde unique, absolument fantastique
Et, cela va sans dire
Impossible à décrire
Comme le plus improbable des rêves

Mais je ne puis me taire, ce serait égoïste
Je vous promets, sur mon crâne, que ce monde existe !

Bon, j’ai pas pu m’empêcher de citer L’Etrange Noël de Mr. Jack, mais ça collait juste trop bien XD La librairie, qui comporte aussi un espace exposition, est spécialisée dans les livres étranges, macabres, curieux, introuvables ailleurs, écrits par des artistes méconnus, etc. Je crois que vous avez saisi pourquoi je l’adore XD 

La Bouquinerie Plus : 

Ne jamais négliger ou sous-estimer les librairies d’occasion ! Située place Gambetta, la Bouquinerie Plus est une grande librairie d’occasion où on trouve des livres qui sont encore en très bon état et classés par thème pour éviter de trop se disperser… Même si vous allez quand même le faire parce qu’elle est assez grande, c’est quasiment impossible de repartir sans faire un achat XD La franchise est présente également à Mérignac et Pessac ! 

Recyclivre : 

Alors celle-là je n’y suis jamais allée encore, elle se situe cours de la Somme à Bordeaux, mais je tenais à vous en parler pour faire connaître Recyclivre à ceux qui n’en auraient jamais entendu parler. Il s’agit au départ d’un site internet, mais ils disposent de plusieurs points de vente et de collecte en France. Leur but est de donner une seconde vie aux livres ; de plus, une partie de leurs profits est reversée à des associations en faveur de l’écologie ! Donc si vous avez des livres dont vous souhaitez vous débarrasser, pensez à eux 🙂

Cultura 

Certes, on parle ici d’une grosse franchise qui n’a probablement pas besoin qu’on lui fasse de la pub, mais j’aime vraiment beaucoup le principe de Cultura : librairie et papeterie mais pas que. On trouve aussi des jeux de société, des idées création pour tous les goûts : bijoux, cadres, vêtements, bricolage… Comment vous dire que déjà que je dépense beaucoup en livres, mais à Cultura je pourrais claquer l’intégralité de mon salaire si on me laissait faire. Bon, les libraires sont un peu plus speed et occupés que dans une petite librairie, mais ils sont de bon conseil et mettent aussi en avant des petites maisons d’éditions ou de nouveaux auteurs 🙂 

Le Village du Livre de Sablons

Là on touche à quelque chose de très spécial 😉 C’est à la fois un musée (l’entrée est payante), un cabinet de curiosités et une librairie : tout est de seconde main et ils récupèrent absolument tout, presque tout peut également y être acheté, mais vous pouvez simplement aussi venir pour découvrir tout ce que le Village a accumulé au fils des mois (soit quelques millions de livres entres autres). Meubles, livres, gravures, tableaux, objets, jouets, timbres,… Certaines pièces sont exceptionnelles, les petites pépites que l’on ne soupçonne pas ❤ Je vous conseille leur compte Insta et leur page Facebook si vous voulez en savoir plus 😉 Le site lui-même est en fait une ancienne usine rénovée pour accueillir le Village du Livre ^^ Les prix sont parfois un peu élevés, mais si vous cherchez des beaux livres, des livres rares ou atypiques, ou encore des objets à collectionner, c’est un très bon endroit où chercher !

Librairies d’ailleurs : 

Ca fait très chauvin comme titre. Bref ! Comme je suis une casanière il ne m’en reste plus beaucoup à vous présenter, mais j’espère qu’elles vous plairont quand même 🙂 

Trollune (Lyon) : 

Comment dire que ceux-là sont mes chouchous autant que La Zone du Dehors ❤ C’est également une librairie de l’imaginaire : très bien fournie, avec une étagère réservée au steampunk ! Croyez-moi, c’est assez rare pour être apprécié. Et en plus de ça les librairies sont adorables, passionnés, bref de vraies crèmes 🙂 Ils ont également un espace consacré aux jeux de sociétés avec quelques pépites méconnues, sans oublier un espace pour les amateurs de jeux de rôles 😀 

Gibert Joseph (Paris) : 

Si vous avez étudié sur Paris, ou même avez vécu vers le Quartier Latin, vous connaissez forcément. C’est THE reference, incontournable et indispensable. Divisée entre 3 espaces dans le Boulevard Saint Michel, vous y trouverez tout votre content de papèterie, BD/mangas et romans/documentaires. A savoir qu’ils proposent aussi bien des livres neufs que d’occasion ! Et je me répète mais ils ont vraiment des stocks énormes, en particulier les documentaires ou la littérature, il suffit de vous balader dans les rayons pour avoir envie de vous documenter sur des sujets dont vous ne soupçonniez même pas l’existence. Et que dire de leur rayon fantasy/SF 😀 

Boulinier (Paris) : 

Une grande dame des librairies, menacée malheureusement car leur toute première boutique (1943, c’est pas rien) a récemment dû fermer à cause d’un proprio qui visiblement n’en avait rien à secouer (ça se sent que le sujet m’énerve ?). Comme Gibert Joseph, c’était une référence cultissime du Quartier Latin de Paris, mais on peut les retrouver heureusement ailleurs dans Paris : il s’agit d’une franchise de librairies d’occasion où on peut aussi trouver de la musique et des films. Mais surtout, ce qui vous fait direct grimper au septième ciel, ce sont les prix qui sont vraiment bas : de quoi revenir avec les bras chargés sans vous ruiner, si ça c’est pas un bon deal, je sais pas ce que c’est u.u 

EDIT : Le Renard Doré (Paris) :

J’avais oublié celle-ci, pouvez-vous le croire ? 😀 Alors même que c’est une de celles qui m’a fait regretter mon départ de Paris, et pourtant dieu sait que je déteste cette ville ! Le Renard Doré, c’est une bouffée de joie et de couleurs dès que vous y mettez le pied ❤ C’est une librairie spécialisée dans la littérature japonaise, le rez-de-chaussée est consacré aux mangas et le sous-sol aux romans et aux beaux livres. Ils organisent même des petites animations ponctuelles, je ne me pardonnerai jamais d’avoir loupé celle sur les origami ^^ La déco vous met tout de suite dans une ambiance chaleureuse et les libraires sont adorables ! Si jamais vous passez par le quartier de Jussier, ne loupez surtout pas cette pépite 🙂

Wigtown (Ecosse) : 

Bon oui, c’est pas la porte à côté, mais ici on a gardé que le meilleur : un village ENTIER consacré aux librairies et au livre d’occasion, grâce aux programme des Villages du Livre Européens (et du coup je peux vous dire que les libraires là-bas sont assez chatouilleux quand on parle du Brexit). Le village est truffé de librairies, chacune a son style, en plus c’est en pleine campagne et tout le monde y est adorable ; l’un des vendeurs/habitants a même un hangar entier consacré aux littératures de l’imaginaire, je vous laisse deviner mon extase ❤ Et précision qu’un autre des libraires du village, Shaun Bythell, a écrit deux livres qui ont été traduits en français : Petit traité du lecteur et Le Libraire de Wigtown

Les librairies que je voudrais découvrir : 

Parce que trop, c’est jamais assez. 

Sur un Livre perché (Saubion, Landes) : 

Ca fait des mois que mon copain et sa cousine m’en parlent, une librairie bouquiniste perchée dans les arbres. Voilà, tout est dit ❤ 

L’Antre Guillemets (Langon) : 

Librairie généraliste indépendante qui fait aussi salon de thé et papeterie, tout est bon pour me donner envie d’y foncer, elle n’est même pas loin de chez moi… Mais elle n’est ouverte ni le lundi ni le dimanche. Qui je le rappelle sont mes seuls jours de repos. Si proche et si lointaine T.T

Et vous, quelles librairies vous tiennent à coeur ? Je vous propose de reprendre le tag et d’y mettre vos meilleures adresses : si jamais ça marche bien, j’essaierai de centraliser le tout sur une page du blog dédiée, qu’est-ce que vous en pensez ? ❤
Et pour bien démarrer, je tague les personnes suivantes : Rinne de Temps de Mots / Vampilou / La Fille en Rouge / Ma Lecturothèque / Kimysmile !
Si vous n’êtes pas parmi les taguées mais que vous voulez partager les bonnes adresses, faites-vous plaisir et envoyez-moi le lien une fois que vous avez fait votre article 🙂