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Un peu de poésie sorcière : Médée

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Et nous nous retrouvons ce samedi pour une nouvelle poésie, mazel tov et piñata ! Connaissez-vous le mythe de Médée ? Cette femme est l’une des légendes les plus célèbres de la mythologie grecque, notamment pour une tragédie de Sénèque que je n’ai pas lue mais dont on dit beaucoup de bien. L’histoire est un peu longue donc je vais vous la raconter dans les grandes lignes, mais n’hésitez pas à la lire en entier sur le site du Grenier de Clio, qui est très bien foutu. Médée était une princesse, fille du roi de Colchide Aetès, et également une magicienne très puissante ; lorsque le héros Jason débarque dans son royaume avec les Argonautes pour chercher la Toison d’Or demandée par le roi Pélias, le roi refuse de lui faciliter la tâche et de le laisser emporter le trésor, en le confrontant à une série d’épreuves mortelles. Jason reçoit l’aide de Médée qui a eu le coup de foudre pour lui, et met ses pouvoirs à son service, en échange de quoi il lui promet de l’épouser. Les deux amoureux s’enfuient avec la Toison d’Or, poursuivis par la flotte d’Aetès ; mais Médée, qui avait emmené son petit frère avec elle, découpe celui-ci en morceaux et les jette dans la mer, de sorte qu’Aetès qui lui a une conscience s’arrête pour récupérer le corps de son fils et pouvoir lui donner une sépulture. Jason et Médée viennent trouver Pélias, mais celui-ci espérait que Jason ne revienne pas de sa mission, car un oracle avait prédit à Pélias qu’il mourrait de sa main. Jason souhaite se venger, et encore une fois, Médée lui offre la solution, en amenant les propres filles de Pélias à tuer celui-ci, en leur faisant croire qu’elles pourraient le rajeunir en suivant un rituel. Une femme charmante. Mais Jason, après avoir eu deux fils avec elle, la répudie pour une autre. Folle de rage, Médée punit Jason en massacrant ses deux propres enfants, et s’enfuit sur un char tiré par deux dragons ailés. La classe.

Tout ça pour vous dire que le poème d’aujourd’hui va parler de Médée. Il a été écrit par Théodore de Banville, un poète, critique et dramaturge français. Le bonhomme est né en 1823 et mort en 1891, il est assez bien connu pour ses Odes funambulesques et Les Exilés, et est surnommé le poète du bonheur. Oui, moi aussi je me demande pourquoi avoir choisi Médée, mais son poème est assez beau ^^ Il est d’ailleurs considéré comme l’un des poètes les plus éminents de son époque, et sachant qu’il vivait à l’époque de Victor Hugo ce n’est pas un mince compliment ; ajoutons enfin qu’il a découvert le talent de Rimbaud. Notre homme pèse. En tant que l’un des chefs de file du mouvement du Parnasse, il méprisait la poésie officielle et commerciale, fut l’adversaire résolu de la nouvelle poésie réaliste et l’ennemi de la dérive larmoyante du romantisme. Voilà pour le pedigree du personnage, et maintenant voici le poème dont je voulais vous parler : « Médée », du recueil Les princesses (note avant de lire : le Phase est un fleuve de l’ancienne Colchide, un royaume antique dans la région de la Géorgie, pas loin de la Mer Noire et du Caucase).

Tandis qu’elle coupait cette racine, la terre mugit et trembla sous ses pas ; Prométhée lui-même ressentit une vive douleur au fond de ses entrailles, et remplit l’air de ses gémissements.

Apollonios, L’Expédition des Argonautes, chant III. Trad. J.-J.-A. Caussin.

Médée au grand cœur plein d’un amour indompté
Chante avec l’onde obscure, et le fleuve en délire
Où ses longs regards voient les étoiles sourire
Reflète vaguement sa blanche nudité.

Pâle et charmante, près du Phase épouvanté
Elle chante, et la brise errante qu’elle attire,
S’unissant à ses vers avec un bruit de lyre,
Emporte ses cheveux comme un flot de clarté.

Ses yeux brûlants fixés sur le ciel sombre, où flambe
Une lueur sanglante, elle chante. Sa jambe
A des éclairs de neige à travers les gazons.

Elle cueille à l’entour sur la montagne brune
Les plantes dont les sucs formeront des poisons,
Et son jeune sein luit sous les rayons de lune.

C’est une image de Médée à laquelle on ne s’attend pas de prime abord, surtout quand on connaît un peu son histoire pour le moins sanglante. Mais moi, je trouve qu’elle donne sa vraie profondeur au personnage, et on la voit dans toute sa dimension sublime : elle est sensuelle, démente, sorcière et en pleine symbiose avec la nature. Ca me rappelle un peu l’image des Wicca américaines, les fameuses sorcières de Salem (même si pour Salem je penche plus pour une psychose générale que pour de véritables sorcières), ou encore les sabbats de sorcières dénoncés par l’Eglise lors de l’Inquisition au XVe et XVIe siècles. L’image de la femme-sorcière a très longtemps été reliée à la nature, et vu que je suis en train d’étudier ça, je pense que c’est ce qui en fait un « monstre » pour l’époque du poème : au XIXe siècle, c’est le poète, un homme, qui est en relation avec la nature, selon des codes approuvés par la société. La femme, elle, est censée s’épanouir à la maison et pas ailleurs. C’est pour ça que la figure de la sorcière fascine comme le ferait une Muse : elle est un symbole, et en aucun cas la représentation d’une femme véritable. C’est une digression que je n’avais pas prévu, mais ça m’est venu sur le coup et je voulais partager cette réflexion ^^

Bref, Médée est absolument incroyable dans ce poème, c’est une véritable Muse des ténèbres, un fantôme dansant dans la nature, elle est splendide. Le lecteur est un peu perdu : certes elle ressemble à une sorcière, elle est maléfique alors qu’elle cueille des poisons, mais elle est aussi une jeune fille, une belle jeune fille à la peau pâle comme le voulait les canons de l’époque, et surtout, elle est amoureuse et éprise de liberté. Médée fascine car elle est entre deux images, et elle correspond parfaitement aux deux, et la scène rayonne d’harmonie sombre. Pour accompagner le poème, j’ai beaucoup hésité entre deux tableaux : celui très célèbre de Delacroix (au début de l’article), et celui de Victor Mottez, fait à peu près à la même période que le premier. Les deux montrent Médée au moment du meurtre de ses enfants, parce que c’est ce qui ressort surtout de son mythe, la matricide. Le premier est très beau, c’est un chef d’œuvre, on voit toute la fureur de Médée, et la folie dans son regard, et il illustre magistralement le mythe. Mais je préfère de loin celui de Victor Mottez, parce qu’on voit une Médée beaucoup plus humaine : elle n’a pas encore tué ses enfants, elle est en plein dilemme tragique et pleure à chaudes larmes, prise entre son amour trahi de femme et son amour de mère. Et ce tableau pour moi est encore plus intéressant que celui de Delacroix, au même titre que le poème de Banville : parce que Médée ne peut se résumer à une matricide psychopathe, c’est une femme complexe, à la fois humaine et sorcière, jeune fille et dépositaire d’une incroyable puissance.

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Les crimes de Grindelwald

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Bien le bonjour bande de gens, j’espère que vous allez bien et que la reprise après les fêtes n’est pas trop dure ! Petit blues de mon côté, mon grand frère s’en est allé dans le lointain et dans le froid du Québec pour une durée indéterminée. Autant je suis très contente pour lui, et je lui souhaite beaucoup de fun à faire du snowboard et manger de la poutine (si tant est qu’il en réchappe de ce plat infernal), autant avec mon autre frangin ça nous a fait couler la p’tite larme 😥

Nouveau samedi, et cette fois un film, parce que ben c’était dur de louper l’occasion d’en parler de celui-là 😀 Je l’ai vu deux fois, la première la semaine de la sortie avec mes frères, qui ont décidé de sauter sur l’occasion pour me faire découvrir la 3D en Imax et… ben j’ai adoré le film mais j’aime définitivement pas la 3D, parce qu’elle m’a niqué les yeux ^^’ Du coup, je suis allé le revoir en 2D avec des potes pour que mes yeux saignent moins 😛 Il s’agit bien évidemment des Crimes de Grindelwald, la suite des Animaux Fantastiques, qui se passe dans l’univers d’Harry Potter, un siècle auparavant. C’est le 2ème film d’une série qui en a prévu 5, au départ je disais « Pognon ! », mais maintenant je ne peux plus rien dire parce que je fais partie du public qui a kiffé ^^ La chronique est rédigée à chaud, mais par respect pour la grande majorité des gens qui ne l’ont probablement pas encore vu, et parce que je vais spoiler comme une peste pour essayer de faire une critique objective (essayer), cet article sort début janvier. Enjoie. Lire la suite

Néachronical #1

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Bien le bonjour bande de gens ! On se retrouve après cette longue pause, j’espère que vous allez bien, que vous avez bien vécu la chaleur si vous n’aimez pas l’été, et que vous avez kiffé votre life si vous aimez l’été 😛 Mon job d’été à la buvette m’a personnellement convertie aux douches froides, entre la température et la chaleur de la cuisine, plus le trajet en vélo pour rentrer… Autant vous dire que je suis proche d’un état de zombification avancée à la fin de la journée ^^’

Nouvelle chronique littéraire ! Un livre que Punky m’a offert, merci à lui, il peut reposer maintenant sa mitrailleuse puisque je l’ai enfin lu ! (Je la reposerai quand tu auras lu la trilogie entière plus celle des « Errants » >< ! Oui je fais une incruste sur ton article et alors :D) Comme Elvira Time, il est édité par les éditions du Chat Noir que j’aime de plus en plus, et que je vous recommande même si les livres seront peut-être un peu plus difficiles à trouver en librairie :3 Et donc ! Neachronical est une trilogie fantastique écrite par Jean Vigne à partir de 2014. L’auteur a quand même plus d’une vingtaine de livres à son actif, donc je vous encourage à aller regarder sa bibliographie, ça peut être intéressant 🙂 Lire la suite

The Adventuress

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Bien le bonjour bande de gens ! J’espère que vous allez bien ! Je suis enfin rentrée chez moi, pour enchaîner aussitôt sans pitié avec mon job d’été ^^’ Pas de repos pour les braves comme dirait l’autre. Mais après 5 jours passés à servir à la buvette ou sur la terrasse de la bibliothèque, devant tous ces gens qui se baignent sur la plage, je me demande si je suis du bon côté du bar XD

Nouvelle chronique littéraire ! La librairie indépendante Shakespeare & co est un lieu très célèbre à du cinquième arrondissement de Paris. Elle est spécialisée dans la littérature anglophone, et fut depuis sa création au début du XXème siècle un lieu de rencontre et de refuge pour les écrivains anglophones. Aujourd’hui, la librairie sert de refuge à qui le souhaite, avec 13 lits dissimulés dans les étagères ! Je vous conseille le détour si vous êtes sur Paris, rien que pour sa décoration, avec de vieilles étagères de bois qui montent jusqu’au plafond, croulant sous les livres, des allées très étroites et des petits recoins :3 Il y a même un café à côté si vous voulez 😀 Et j’ai craqué, j’y ai acheté un livre parce que voilà, je ne pouvais pas rentrer dans une librairie sans rien acheter ! J’ai pris un peu au pif : il s’agit d’un polar d’Arthur B. Reeve, créateur du Sherlock Holmes anglais aka Craig Kennedy : L’aventurière. Lire la suite

Le château d’Otrante

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Salutations jeunes damoiseaux et damoiselles, comment vous portez-vous ? Je vous écris actuellement avec ma panoplie complète de demoiselle distinguée, à savoir un vieux pyjama, une polaire XXL, et mes chaussons avec une tête de gorille. Jugez de mon bon goût XD Mais passons aux choses sérieuses !

Nouveau mercredi, nouvelle chronique littéraire ! Je vous présente un livre dont j’avais beaucoup entendu parlé, et finalement j’ai dû le lire dans sa version originale pour mes cours d’anglais 🙂 C’est un livre que l’on considère comme le premier roman gothique, Le Château d’Otrante d’Horace Walpole, publié en 1764. Il devient rapidement très populaire en Europe, et est toujours un classique aujourd’hui. Le roman se base sur des éléments historiques réels du XIIème siècle dans le royaume de Sicile, en y ajoutant une dose de surnaturel grâce à une mystérieuse prophétie. Alors pourquoi la Sicile, je suppose que c’est parce qu’elle est considérée comme terre de mystère et de héros braves et courageux, je ne sais que dire et si vous avez une réponse, je suis toute ouïe ! J’ai un peu galéré à vous trouver un résumé, tout simplement parce que tous ceux que j’ai trouvé sont de violents spoils ; et je trouve ça un peu dommage d’appréhender un classique sans se laisser au moins la découverte de la fin. Donc, je vous ai repris les premières lignes du livre qui brossent assez rapidement la situation initiale.  Lire la suite