Les Rougon-Macquart #6 : L’Assommoir

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Bien le bonjour bande de gens, j’espère que vous allez bien ! Je dois doucement recommencer les révisions pour un hypothétique oral du concours de bibliothèque : les écrits étaient en mai, les résultats tomberont en septembre (pas pressés visiblement…) et si je suis admissible, les oraux sont en octobre. Et j’ai pas enviiiiiie T.T Si vous saviez comme j’en ai déjà par-dessus la tête de réviser, réviser, encore réviser, toujours réviser >< (et avec encore moins de temps, avant les écrits j’étais au chomedu donc au moins je pouvais le faire correctement). Envoyez des pensées positives si vous en avez, je vais avoir besoin de motivation ^^’

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Nouvelle chronique littéraire ! On reprend, car il était temps, ça doit faire plusieurs mois que j’avais laissé de côté la série, les Rougon-Macquart de Zola. En théorie, on peut lire les livres dans l’ordre qu’on veut, mais comme chaque roman nous présente un, voire plusieurs, personnages de la même famille, il vaut mieux au moins lire le premier tome pour vous y retrouver 🙂 Pour rappel, le but de Zola avec cette série était de présenter une étude, fictive mais avec autant de réalisme que possible, de l’hérédité au sein d’une famille. Je viens de finir le septième livre, L’Assommoir.
C’est probablement l’un des plus connus et aussi des plus détestés pour une bonne partie de ceux qui ont dû l’étudier en cours de français ^^’ Faut dire que le titre n’est pas très folichon. Paru en 1876, le roman est l’un des premiers qui a pour sujet le monde ouvrier, avec sa population, ses habitudes, son langage, sa misère, sa crasse, etc.
Pour beaucoup, ce roman marque donc une tournure, puisqu’enfin la grande littérature s’intéresse à des sujets traditionnellement « peu élevés » ou idéalisés. Mais le roman a aussi suscité beaucoup de polémiques, car extrêmement cru et parfois violent, certains iront même à le qualifier de pornographique. Evidemment, qui dit scandale dit succès commercial ! C’est avec ce roman que Zola commence à avoir une certaine aisance financière. Je vous laisse avec les liens des chroniques des tomes précédents, si jamais ça vous intéresse 🙂 

Résumé : Zola raconte le drame de la vie populaire : l’alcoolisme, propagé par les débits de boissons nommés à juste titre des « assommoirs ». Coupeau, bon ouvrier zingueur, après un accident, au cours d’une longue convalescence, se laisse gagner par l’alcool. Sa femme Gervaise, qui avait de haute lutte acquis une blanchisserie, après avoir résisté, est à son tour entraînée jusqu’à la pire déchéance.

Mon avis : 

La couverture de mon édition colle farpaitement au texte, en montrant une ouvrière en train de repasser un linge et l’autre en train de bailler avec une main sur sa gnôle. L’illustration est tirée d’un tableau de Degas intitulé « Les Repasseuses » et datant de 1885 environ. Avec la même passion et obstination que Zola, Degas a fait des ouvrières blanchisseuses un de ses sujets de prédilection pendant cette période : on voit donc que L’Assommoir a beaucoup marqué les esprits. Degas a réalisé plusieurs peintures de blanchisseuses, mais avec la même composition à chaque fois : un sujet en train de bailler et l’autre repassant énergiquement. 

Ce roman est celui d’une lente descente aux Enfers, marquée par la fatalité. On va suivre le personnage de Gervaise, fille d’Antoine Macquart dont on connaît un peu l’enfance grâce à La Fortune des Rougon : rien de bien joyeux en somme, père violent et mère alcoolique qui donne à sa fille l’habitude de se soûler, elle finit par s’enfuir de la maison avec un ouvrier du nom de Lantier qui lui fait deux garçons. Sa soeur, Lisa, est un personnage important du Ventre de Paris, mais on y apprend que celle-ci méprise Gervaise et ne veut pas en entendre parler. Le roman nous amène donc dans la banlieue de Paris au quartier de la Goutte d’Or, où Gervaise et Lantier se sont installés. La première travaille dur comme blanchisseuse, espérant des jours meilleurs, mais Lantier est un paresseux et un coureur de jupons : il l’abandonne très vite avec ses deux enfants sur les bras.
Coupeau, ouvrier zingueur, a le béguin pour Gervaise et la demande aussitôt en mariage. Tout semble aller pour le mieux : ils sont travailleurs, parviennent à mettre des sous de côté pour s’installer dans un meilleur logement, puis pour acheter à Gervaise sa propre boutique de blanchisserie. Mais le déclin s’annonce lorsque Coupeau se blesse au travail : avec la convalescence il découvre ce qu’est une journée sans travailler, et malheureusement il y prend un peu trop goût. De fil en aiguille, il devient également alcoolique et l’argent du ménage lui file entre les doigts. Pour couronner le tout, Lantier revient et parvient à se greffer au couple pour vivre à leurs crochets. Pour Gervaise, c’est le début de la fin. 

Comme toujours, Zola décrit avec une précision quasi chirurgicale les évènements. Certains n’aimeront pas les descriptions pour leur longueur, mais impossible de nier le fait que ça donne une vraie profondeur et un vrai décor à l’histoire : on s’y croirait, tout simplement. L’autre conséquence de ça, c’est que quand vous dites une chose comme « la scène du repas dans L’Assommoir« , tout le monde voit de quoi vous parlez XD C’est pas dans les romans de maintenant qu’on arrivera à situer avec précision les évènements du scénario (non pas que ce soit une critique, plutôt un constat). Effectivement, le roman est très dur, on voit bien que les personnages s’enfoncent encore et toujours, sans jamais parvenir ni même vouloir faire marche arrière. Zola s’est énormément documenté pour construire son intrigue et ses personnages, d’où une population et des métiers très variés. Son histoire est sans concessions voire même un peu exagérée : il veut tout autant représenter une classe ouvrière fière de son ouvrage, que dénoncer l’impasse sociale et parfois psychologique dans laquelle les ouvriers se trouvent (avènement des machines qui font le même travail, pauvreté, alcoolisme, etc.). Aux critiques disant que son roman est trop violent et trop sombre, il répondra que c’est nécessaire pour qu’on prenne conscience du problème. Pour simplifier un peu, disons qu’il fait volontairement une généralité du pire de la classe ouvrière, pour forcer les gens à agir. 

Les personnages sont les points clés de chaque roman, en conséquence de quoi leurs caractères ont une grande importance pour comprendre où veut en venir l’auteur. Gervaise, malgré son enfance alcoolique, est une jeune fille pleine de bonne volonté, avec la tête sur les épaules et une certaine dose d’amour-propre qui la pousse à vouloir améliorer sa condition. Au moment où nous la croisons dans le roman, elle ne boit plus et semble en pleine possession de ses moyens : bien que Lantier la quitte, elle parvient à tenir son ménage. Sa plus grande qualité, son grand coeur, va malheureusement devenir également son plus grand défaut : à force de vouloir contenter tout le monde pour ne rendre personne malheureux, elle devient faible et lâche, bien trop accomodante avec son entourage. Elle est attachante, mais plus elle se laisse sombrer et plus on a envie de la secouer. De même que Coupeau, pourtant un brave type travailleur, va se laisser gagner par la paresse et l’alcool, Gervaise va y tomber à son tour. Coupeau n’a pas mauvais fond en soi, mais son accident l’amène à voir son travail avec un oeil plus aigri et inquiet.
Quant à Lantier, je vous avoue que c’est dur de faire un personnage qui vous donne plus envie de rentrer dans le livre pour le gifler. C’est un parasite dans tous les sens du terme, qui parvient à embobiner son monde pour mieux leur sucer la moelle. De l’autre côté de la morale, on a Goujet, le type même du bon ouvrier, sobre, économe et honnête : en somme, tout ce à quoi Gervaise aspire, sans avoir la force de l’affirmer dans l’adversité. Mais le plus fabuleux dans ce roman, comme dans presque tous les romans de Zola, c’est à quel point les commérages et les médisances de mauvaise foi vont loin : tout le monde épie, jalouse et cherche à profiter de tout le monde, c’est à vous dégoûter de toute forme de voisinage ^^’ 

Bref, maintenant je l’ai lu (j’y ai échappé pendant ma scolarité ^^), je comprends mieux pourquoi on le fait étudier… même si pour d’autres raisons, je maintiens que les études littéraires mériteraient aussi des titres un poil plus récents. C’est un roman qui a joué un rôle clé dans la littérature et même la société française, très bien écrit de surcroît. Bon, je ne vous cache pas que l’histoire manque cruellement de gaieté, mais elle est aussi étrangement fascinante et reprend des thèmes qui pourraient tout à fait être d’actualité. Tiens, c’est une idée ça d’ailleurs, refaire les Rougon-Macquart, mais au XXIe siècle : ma main à couper qu’il n’y aura pas tant de différences quant aux problèmes sociétaux dénoncés ! Bref, une lecture qui m’a beaucoup intriguée et captivée mine de rien ; peut-être pas un coup de coeur mais un livre que je suis contente d’avoir lu 🙂 

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    • Ca me rappelle un article que j’avais lu, où l’auteure, non contente de cracher sur les mangas, les BD et la littérature de l’imaginaire, préconisait que les enfants lisent du Victor Hugo pour en apprendre plus sur le monde réel… Un livre du XIXe pour en apprendre sur le XXIe, mais bien sûr…

  1. J’ai toujours eu du mal avec Zola malheureusement mais j’aime la façon dont tu en parles ! En tout cas, bon courage pour ton « hypothétique oral » !

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