Archives de Catégorie: Poésie

Il m’a fallu plusieurs années et différents profs de littérature pour me rendre compte que j’aimais la poésie ^^ Bon, pas forcément tous les poèmes et tous les auteurs, mais j’adore en découvrir de nouveaux. J’aime les belles phrases qui sonnent joliment dans l’oreille, et j’adore les vers qui vous chavirent le coeur <3

Un peu de poésie perplexe : It troubled me

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Bien le samedi bande de poésies, nouveau bonjour et nouveaux gens ! J’espère que vous allez bien ^^ On se retrouve pour une nouvelle découverte poétique, et pour une fois ce sera une poésie en anglais. Ma mère m’a offert plusieurs recueils de poèmes d’Emily Dickinson, je ne connaissais pas du tout cette poétesse mais j’aime beaucoup ce qu’elle fait :3

Emily Dickinson est une poétesse américaine née en 1830 et morte en 1886. Elle a été très peu reconnue de son vivant, mais elle est considérée aujourd’hui comme un des plus grands poètes américains. Assez excentrique, elle refusait de publier son oeuvre et a passé les quinze dernières années de sa vie cloîtrée chez elle, d’abord dans sa maison puis uniquement dans sa chambre. Les nombreux décès parmi ses proches durant les dernières années de sa vie l’ont profondément bouleversée. Passionnée de poésie et d’horticulture, elle ne sortait alors que pour prendre soin de son jardin. Son oeuvre poétique aborde des thèmes assez variés : les fleurs et le jardin, le macabre, les poèmes évangéliques, ou encore ce qu’elle appelle « le continent exploré », car pour elle l’esprit et l’intellect sont comme des endroits que l’on peut visiter.

Le poème que je vais vous montrer est tiré du recueil Nous ne jouons pas sur les tombes, où les poèmes sont retranscrits en version originale, et avec une traduction française de François Heusbourg. Je vous ai repris les deux ici, j’espère que le poème vous plaira :3

It troubled me as once I was —
For I was once a Child —
Concluding how an Atom — fell —
And yet the Heavens — held —

The Heavens weighed the most — by far —
Yet Blue — and solid — stood —
Without a Bolt — that I could prove —
Would Giants — understand?

Life set me larger — problems —
Some I shall keep — to solve
Till Algebra is easier —
Or simpler proved — above —

Then — too — be comprehended —
What sorer — puzzled me —
Why Heaven did not break away —
And tumble — Blue — on me —

J’aime beaucoup la sonorité des mots, et pour ceux d’entre vous qui ont du mal avec l’anglais, je vous ai trouvé sur Youtube une lecture du poème. Bon, elle n’est pas aussi harmonieuse que j’aurais voulu, mais au moins vous pourrez l’entendre :3 Et en-dessous, vous avez la traduction en français !

Cela me troublait alors —
Car alors j’étais une Enfant —
De conclure qu’un atome — tombait —
Alors que le Ciel — tenait —

Le Ciel pesait plus — de loin —
Pourtant Bleu — et solide — tenait —
Sans un Boulon — que je puisse montrer —
Des Géants pourraient-ils — comprendre ?

La vie m’a donné de plus amples — problèmes —
Certains que je dois garder — pour les résoudre
Quand l’Algèbre sera plus facile —
Ou avérés plus simples — là-haut —

Alors — aussi — comprendre —
Quelle douleur — me déroutait —
Pourquoi le Ciel ne se déchirait pas —
Pour tomber — Bleu — sur moi —

Ce petit poème m’a beaucoup touchée, et je ne m’y attendais pas du tout ! Mais après une première lecture, j’y suis revenue deux, trois, quatre fois, et j’ai fini par l’adorer 😀 La lecture est assez difficile, vu que je ne sais absolument pas quoi faire des trèèès nombreux tirets, mais la façon dont l’auteure rêve et se questionne sur le ciel m’a beaucoup attendrie ❤ Qui n’a pas passé de longs moments à rêver en regardant le ciel bleu et les nuages ? Le poème a pourtant ce sérieux si particulier des enfants qui posent des questions à la fois farfelues et pourtant pleines de bon sens. Il n’y a rien de plus simple et « banal » que le ciel que l’on voit tous les jours, et pourtant, cette question et ce grand ciel provoquent une détresse réelle chez la jeune Emily, détresse qu’elle s’imagine dans une avalanche de bleu.

Il y avait plein d’images sur Internet d’enfants regardant le ciel, mais aucune ne me plaisait ! J’ai fini par trouver celle-ci sur DeviantArt, et ce fut le coup de cœur ^^ Il s’agit d’une illustration de Takuto Nakano, intitulée A girl looking up the skyCe que j’ai adoré avec cette image, c’est le point de vue en contre-plongée, juste derrière la jeune fille, qui nous permet de voir un ciel écrasant et lumineux, comme s’il allait réellement s’écraser. On en a presque le vertige, comme quand on est au pied d’un édifice gigantesque et qu’on essaie d’en voir le sommet ! Et en même temps, on a envie de se plonger dans ce ciel éclatant :3

Un peu de poésie épuisée : Lettre d’un soldat

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Bien le samedi bande de poésies, nouveau bonjour et nouveaux gens ^^ J’espère que vous allez bien ? On se retrouve pour un nouveau poème qui m’a tapé dans l’oeil, je gardais celui-ci sous le coude depuis un moment en plus !

Connaissez-vous Sandrine Davin ? C’est une poétesse française née en 1975, et qui a déjà publié 7 recueils ; le dernier, sorti en 2017 porte le titre très intrigant Chut… Sa poésie est très inspirée des tankas, des poèmes japonais qu’on pourrait qualifier d’ancêtres des haïkus, et qui se caractérises par cinq vers où 31 syllabes ou sons sont répartis de cette façon : 5 – 7 – 5 -7 – 7. Je vous recommande ce lien où vous avez plusieurs exemples de ses tankas, et une petite interview qui vous permettra de découvrir un peu mieux le personnage 🙂 Ses poèmes sont étudiés dans les écoles primaires, et elle est diplômée de la Société des Poètes Français pour le poème que je vous présente aujourd’hui ^^ Ce n’est pas un tanka, mais je suis sûre qu’il vous plaira quand même ! Il s’agit d’un poème en vers libres qui date de 2010 et qui s’intitule « Lettre d’un soldat ».

Sur un sol nauséabond
Je t’écris ces quelques mots
Je vais bien, ne t’en fais pas
Il me tarde, le repos.
Le soleil toujours se lève
Mais jamais je ne le vois
Le noir habite mes rêves
Mais je vais bien, ne t’en fais pas…

Les étoiles ne brillent plus
Elles ont filé au coin d’une rue,
Le vent qui était mon ami
Aujourd’hui, je le maudis.

Mais je vais bien, ne t’en fais pas…

Le sang coule sur ma joue
Une larme de nous
Il fait si froid sur ce sol
Je suis seul, je décolle.

Mais je vais bien, ne t’en fais pas…

Mes paupières se font lourdes
Le marchand de sable va passer
Et mes oreilles sont sourdes
Je tire un trait sur le passé.

Mais je vais bien, ne t’en fais pas…

Sur un sol nauséabond
J’ai écrit ces quelques mots
Je sais qu’ils te parviendront
Pour t’annoncer mon repos.

Je suis bien, ne t’en fais pas…

Ce poème m’a beaucoup plu, j’y retrouve les thèmes qui me séduisent dans la poésie. Sandrine Davin indique dans son interview qu’elle s’inspire notamment de Baudelaire et Prévert, et sans être une experte j’ai l’impression que ça se voit dans ces quelques lignes. Pour mon plus grand bonheur, car je suis une grande fan de Baudelaire ❤ Le poème est chantant, à la fois par le jeu des sonorités qui reviennent et la ritournelle du soldat « je vais bien, ne t’en fais pas ». Comme s’il cherchait encore et encore à rassurer la personne aimée, alors que lui-même glisse doucement vers son dernier sommeil. La scène est incroyablement calme et paisible, pas effrayante mais très triste pourtant. Le soldat est déjà loin de la réalité : il ne voit ni n’entend ce qui l’entoure, tout juste peut-il encore sentir l’odeur du sol (il paraît que l’odorat est un des sens les plus forts) et le vent qui sans doute est douloureux sur ses blessures. Ses mots se font de plus en plus rêveurs et lointains : les étoiles, puis lui qui s’envole, et enfin le marchand de sable, pourtant il est toujours allongé sur le sol, son corps est une prison dont il se libère peu à peu. Pour lui, tout est déjà fini, alors ses pensées se tournent vers la seule personne qui compte, et dont on ignore tout, le sang versé devenant les larmes de leur séparation.

Quelle casse-tête pour illustrer ce poème ! J’ai longtemps cherché, et j’ai fini par trouver satisfaction avec ce tableau d’Emile Betsellère, peint en 1873 et appelé L’Oublié. Le titre fait référence à l’histoire du modèle, Théodore Larran. Larran avait été un soldat de la guerre de 1870 : blessé sur le champ de bataille, les ambulances l’oublient et il ne doit son salut qu’à une infirmière qui le sauve in extremis, et qu’il épousera par la suite. Betsellère avait été marqué par cette histoire, lui-même ayant participé à cette guerre et y ayant laissé sa santé au passage. Le tableau m’a frappé pour l’expression du soldat. Il a l’air endormi ou au seuil de la mort, allongé sur le champ de bataille ; pourtant il se redresse comme s’il apercevait une lueur au loin. Est-ce l’infirmière, l’être aimé du poème qu’il aperçoit dans une dernière hallucination ? Ou plus simplement le repos bienvenu de la mort ?

Ce poème va peut-être en évoquer un autre à certain d’entre vous, un poème qu’on étudie encore et encore à l’école : Le Dormeur du Val d’Arthur Rimbaud. J’avoue que j’ai souvent du mal avec la poésie de Rimbaud, mais ce poème est particulièrement beau ❤ Je vous le reprend ci-dessous, avec une illustration d’un auteur qui s’appelle GregM (je vous laisse le lien de son site, même si j’ai l’impression qu’il n’est plus actif maintenant) :

C’est un trou de verdure où chante une rivière,
Accrochant follement aux herbes des haillons
D’argent ; où le soleil, de la montagne fière,
Luit : c’est un petit val qui mousse de rayons.

Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue,
Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu,
Dort ; il est étendu dans l’herbe, sous la nue,
Pâle dans son lit vert où la lumière pleut.

Les pieds dans les glaïeuls, il dort. Souriant comme
Sourirait un enfant malade, il fait un somme :
Nature, berce-le chaudement : il a froid.

Les parfums ne font pas frissonner sa narine ;
Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine,
Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit.

Un peu de poésie de pierre tombale : Au temps de la Toussaint

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Bien le samedi bande de poésies, nouveau bonjour et nouveaux gens ! Ca faisait longtemps que nous n’avions pas parlé poésie, et j’en ai justement trouvé une qui me plaît beaucoup ! Je l’ai trouvée sur le site de Poetica, que je vous encourage à découvrir, c’est une mine d’or pour découvrir de nouveaux poètes et de jolis vers, il y en a pour tous les goûts 😀

Connaissiez-vous Isabelle Callis-Sabot ? Moi non plus, mais pour une fois je suis assez contente de trouver une poétesse récente ET dont des éléments biographiques sont disponibles sur Internet ^^ Née en 1958, elle s’est tournée vers l’écriture après des études d’ergothérapie, et a écrit un unique recueil de poèmes (Des Poèmes pour rêver, en 2015) avant de se tourner vers les romans historiques. Son oeuvre a été couronnée par plusieurs prix régionaux, et un prix national de poésie. Je vous mets ici le lien vers son site Internet si vous voulez en savoir plus. Sur Poetica, j’ai découvert son poème « Au temps de la Toussaint », qui date de 2019 semble-t-il, et qui m’a énormément plu ❤

Au temps de la Toussaint, lorsque les cimetières
S’ornent de cyclamens, de buis ou de bruyères,
Et qu’ainsi embellis d’éphémères bouquets,
Ils donnent à la mort comme un air de gaieté ;

Lorsqu’auprès des caveaux, des tombes familiales
Joliment imprégnés de clartés automnales,
L’on revient, chaque année, prier, se recueillir…
Je sens de grands remords m’étreindre et m’envahir.

Quelque part tu attends, en un lieu insolite,
Esseulée, loin des tiens, sans jamais de visite.
Et pour le Souvenir, toi qui aimais les fleurs,
Vois-tu je n’ai rien d’autre à t’offrir que mes pleurs.

Y a pas à dire, j’adore les alexandrins ^^ J’aime énormément les poèmes aux vers sombres, aux accents lugubres et mélancoliques. Celui-ci en particulier est très beau, il y a une vraie musique dans les images et les mots ! La poétesse parvient à convoquer en quelques lignes l’image d’un cimetière paisible, aux tombes fleuries et au paysage coloré par les couleurs chaudes de l’automne. Les vivants ne sont pas loin, et offrent leurs prières aux morts, de sorte que l’image n’est pas effrayante, simplement empreinte de respect alors qu’on évoque des souvenirs heureux. Mais c’est la tristesse qui finit par l’emporter : le narrateur ou la narratrice semble à la recherche d’une tombe qui n’existe pas. La tombe d’une femme qui, on le suppose, n’a pas pu être enterrée dans un cimetière pour une raison ou une autre. Son corps est simplement « quelque part » et « dans un lieu insolite », ce qui ajoute une très jolie touche de mystère et de mélancolie. Mais impossible de lui offrir des fleurs comme aux autres défunts : l’auteur ne peut que pleurer sa perte. Je trouve très beau ce poème, et j’adorerais l’entendre lire à la manière d’un conte ou d’une ancienne légende. Il m’évoque un peu ce poème de la série des Tudors, dont je ne sais toujours pas qui est l’auteur hélas ! Mais j’imagine sans peine les deux poèmes se répondant l’un à l’autre, comme un dialogue entre un vivant et une morte bien-aimée :3

J’ai beaucoup hésité pour l’illustration de ce poème, je sais que je le dis à chaque fois mais parfois c’est vraiment complexe. Au fil de ma recherche, je suis tombée sur plein de choses différentes, et j’ai fini par trouver cette très belle image. Comme c’était sur un site de téléchargement, je n’ai malheureusement aucune idée de qui l’a dessinée :/ Mais elle m’a tapé dans l’oeil, incontestablement. Le contraste de la rose rouge avec les couleurs sombres, l’air si triste de la Mort alors qu’elle s’apprête à cueillir une vie, le bouquet de fleurs fanées pressé contre sa poitrine : c’est magnifique ❤ Pour un peu, ce pourrait aussi bien être cette même Mort qui s’exprime dans le poème. Elle a l’air si chagrin en prenant cette fleur, on en verrait presque les larmes invisible rouler sous ses orbites vides. La rose a l’air de lentement disparaître, engloutie dans les ténèbres, comme si sa couleur n’était au final qu’une illusion de plus.

Qu’en dites-vous ? Est-ce que le poème et l’image vous plaisent ? En avez-vous d’autres à me conseiller ? ❤

Un peu de poésie passionnée : Dans les jardins de mon roi

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Bien le samedi bande de poésies, nouveau bonjour et nouveaux gens ^^ J’espère que vous allez bien, je vous propose un nouveau poème qui a fait vibrer mon coeur ^^ Je l’ai trouvé sur le site Poetica et ça a fait tilt. Les hommes écrivent des poèmes depuis des siècles pour célébrer leur amour pour une femme, mais les poétesses c’est plus rare on dirait ! Au départ c’était sans doute jugé indécent, qu’une femme s’épanche sur ses sentiments amoureux, après tout le simple fait qu’elle écrive et publie suffisait à ce qu’on la regarde de travers. Aujourd’hui, ce n’est plus la même rengaine, mais on voit toujours peu de poétesses, et encore moins qui écrivent des poèmes d’amour. Et j’aime d’autant plus celui-là :3

Je vous propose donc « Dans les jardins de mon roi » de Rhita Benjelloun. Née en 1990, c’est une poétesse marocaine dont le premier recueil date de 2017, il s’intitule Spectatrice de la vie. J’ai trouvé d’autres de ses poèmes sur ce que je suppose être un site d’un admirateur ? N’hésitez pas à y jeter un oeil en cliquant ici ^^

Es-tu le mirage qui tracerait le sourire sur mon visage ?
Le lustre étincelant, l’éclaireur de mon obscur paysage ?
Envahirais-tu mon cœur ? Le prendrais-tu en otage ?
Graverais-tu ton nom sur le sable de son rivage…
Sombre est mon destin si tu n’y appartiens point
L’empire de mon âme sera en déclin
Invente-nous une histoire, écris-la avec ardeur
Sèmes y des germes d’amour et de bonheur
Cultivons-les, faisons les fleurir
Qui sème l’amour récolte le désir
Le respect, la gaieté et le plaisir
Au milieu de tous ces hommes, à mes yeux tu es le roi
Ultime joyau couvert de soie
Dans les jardins de votre majesté je vivrai
Inondée d’amour et de tendresse, fidèle je serai

J’adore ce poème, plus je le lis et plus je l’aime ! J’ai l’impression de lire ce que je ressens pour mon compagnon, et si je trouve le bon moment peut-être que je le lui ferai lire, ou que je tenterai d’y aller de ma plume, mais comme il n’aime pas beaucoup la poésie, il sera un juge très sévère ^^’ Tout me plaît, les mots, leur musique et les images qu’ils font naître. L’amoureuse place son homme au centre de sa vie et de ses espoirs, mais il n’est pas non plus question de soumission : elle aspire à l’amour, la tendresse, mais aussi au respect et au partage. Il y a tellement de douceur dans ce poème, j’ai juste envie de me laisser porter par les sensations en le lisant ❤

Pour aller avec le poème, je vous propose à nouveau une illustration de Wlop, une artiste que j’adore ! Je vous en avais déjà parlé pour le poème « Berceuse d’automne » de Laforgue, un petit bijou qui fond dans les yeux ❤ Je vais très souvent sur son compte DeviantArt, et c’est là que j’ai trouvé cette peinture, Moon and Night. Elle m’a sauvé la mise, j’ai eu un mal fou à trouver une peinture pour aller avec le poème ! Mais j’ai fini par trouver mon bonheur : le couple et l’intimité de la scène sont profondément touchants. Je n’aurais aucun mal à me dire que la femme vient de prononcer les mots du poèmes, parce que ce sont ses yeux que l’on voit, et son sourire. On peut voir qu’elle est toute à lui et que, l’espace d’une seconde, il est l’univers entier pour elle. Et j’ai envie de rajouter cette dernière image, Nap : qui sait, si elle ne le lui a pas dit, peut-être qu’elle l’a écrit dans une lettre avant de le retrouver ? ❤

Un peu de poésie mendiante : Coeur de ville

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Bien le samedi bande de poésies, nouveaux bonjours et nouveaux gens ^^ Je vous propose une nouvelle poésie aujourd’hui, j’espère qu’elle vous plaira ! Je l’ai trouvée sur le site de Poetica, et elle m’a beaucoup touchée. Je ne connais malheureusement pas du tout l’auteur, Elie Ayache, et je n’ai pu trouver aucune information sur lui ou elle (il me semble que c’est un prénom mixte ?). Je ne sais même pas de quand date ce poème, mais quelque part c’est assez symbolique : un poème écrit par un anonyme, qui aurait presque pu être écrit n’importe quand, pour parler des anonymes que nous croisons et oublions tous les jours. Voici « Cœur de ville » :

Ils s’abreuvent à l’eau des Fontaines Wallace
Ils s’abritent à l’ombre des Colonnes Morris

Arpentant les artères de Paris
La même litanie en guise de plaidoirie
Sollicitant la semaine et le dimanche
Les passants par des effets de manches

La mère mine triste portant son enfant
L’unijambiste véloce, l’aveugle clairvoyant
Les automobilistes assistent au triste spectacle
De la résurgence de la cour des miracles

Accordéonistes, flûtistes, guitaristes et chanteurs,
Accompagnent mon voyage station Sacré-Cœur
Le Métro parisien, rames et couloirs
Music-hall sous terrain du désespoir

Lits éphémères en carton de livraison
Présents à toutes heures et en toutes saisons
Seuls ou en compagnie d’autres infortunés
Chien et chats en bonne place au clair de lune

L’alcool souvent comme remède commun
Pour y puiser le courage de tendre la main
Terre d’indifférence, le message est clair
Un litron de vin telle une bouteille à la mer

Ils s’abreuvent à l’eau des Fontaines Wallace
Ils s’abritent à l’ombre des Colonnes Morris

Ce poème m’a bouleversée. Il trace le portrait de dizaines, centaines, milliers de personnes sans abri. Ici nous sommes dans les rues de Paris, mais n’importe quelle ville a ses sans abris. Le portrait n’est pas péjoratif ou terrifiant, il fait preuve d’une grande bienveillance pour cette population qui survit dans l’ombre de la nôtre, quitte à utiliser quelques artifices pour attirer l’attention et les précieuses piécettes. La musique des mots les transforme en figures de légende, et le rythme du poème ressemble à une comptine. Peu importe leurs différences, ils sont unis dans la détresse et l’oubli auquel on les condamne pour avoir la conscience tranquille.

C’est très compliqué de trouver des représentations pour aller avec le poème : on ne peut pas regrouper les sans abris sous une seule étiquette, tellement les situations sont différentes. Tous ne sont pas arrivés dans la rue par le même chemin, tous n’y évoluent pas de la même façon non plus : les hommes, les femmes, les vieux, les jeunes. Ce tableau s’intitule Beggar et a été réalisé par Wendy Zaro. Il me fait un peu penser à l’idée de « cour des miracles » du poème : on ne voit pas les yeux de l’homme, c’est un anonyme parmi tant d’autres, un mendiant parmi les mendiants. En même temps, sa casquette lui donne un petit côté roublard. Mais ce n’est qu’une représentation parmi tant d’autres vies.

Cette photo-ci s’appelle Beggar Girl, et elle a été prise par Steve McCurry, un excellent photographe. Elle représente une mère et son enfant, toquant à la porte d’une voiture pour avoir quelques sous. La vitre et l’espace de l’habitacle représentent à merveille la séparation entre deux mondes, l’un de confort et l’autre dans les intempéries. Les regards cette fois-ci ne sont pas cachés, et ils supplient. Si on pense en plus aux conditions de la prise de vue, c’est presque encore pire : imaginez vous à leur place, vous demandez de l’argent pour vivre et on se contente de vous tirer le portrait. Ici on rentre dans le dilemme du photographe engagé : pour que sa photo ait du poids, il doit saisir la réalité, non s’y impliquer. Ca m’est arrivé quelques fois avec mon copain de croiser des sans abris : moi je fuyais du regard, j’en étais venue à avoir tellement honte de l’écart de situation que j’aurais pu raser les murs ; mon copain lui, il donnait parfois une ou deux pièces, pas tout le temps mais quand il pouvait. Il ne l’a pas voulu, mais il m’a bien fait la leçon ^^’ Peu importe les arguments qu’on pourrait avoir contre eux, les sans abris n’en sont pas moins des sans abris : pas de maison (et donc très peu de chances de travail, n’en déplaise à ceux qui ont juste à traverser la rue), pas d’argent, pas ou peu de contacts humains bienveillants. Accordons-leur au moins un regard d’être humain.