Roman gothique #8 : Le Moine

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Bien le bonjour bande de gens, j’espère que vous allez bien ^^ Pour ne rien changer, j’ai acheté de nouveaux livres ! Une Chambre à soi de Virginia Woolf, Histoire de la folie de Michel Foucault, et un livre sur l’histoire des Noirs en France, depuis le temps que je voulais en apprendre plus. C’est ça de bosser dans une librairie d’occasion, votre salaire disparaît dès que vous le recevez. Il y a des livres pour moi, mais j’ai aussi pris des cadeaux, je suis raisonnable : je commence à anticiper pour Noël 😀 Et encore, vous n’avez pas vu le reste de la pile de livres que je me suis mis de côté en attendant de pouvoir les acheter. Oui, je sais mon cas est désespéré. Mon compte en banque surtout.

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Nouvelle chronique littéraire ! Je vous propose un nouveau roman gothique aujourd’hui. Eh oui, ça commence à faire beaucoup, mais j’ai eu envie de me replonger dans mes classiques et celui dont je vais vous parler aujourd’hui est un des Boss du roman gothique, un incontournable et un des plus grands classiques du genre. Matthew Gregory Lewis l’a publié en 1796 et il a influencé de nombreux auteurs, Mary Shelley la future auteure de Frankenstein pour ne citer qu’elle 😉 Mais il y a aussi Charlotte Dacre, dont je vous ai déjà parlé pour un autre super roman gothique, Zofloya ❤ Et enfin pour achever de vous titiller, on dit même que Le Moine aurait été l’un des romans préférés du marquis de Sade. C’est bon je vous ai assez vendu le truc ? XD Et je tiens aussi à vous retranscrire le poème qui sert d’avis au lecteur du roman, curieusement il me rend tout de suite l’auteur très sympathique :3 

Il me semble, ô Livre vain et malavisé, 
Que je te vois jeter un regard de convoitise
Là où les réputations se font et se défont, 
En une célèbre ruelle appelée Paternoster. 
Courroucé de voir ta précieuse macédoine
Enterrée dans un sous-main inexploré, 
Tu dédaignes la prudence de la serrure et de la clef, 
Et brûles de voir, bien relié et doré, 
Ton volume dans la devanture installé
Chez Stockdale, Hookham ou Debrett.

Va donc, franchis cette dangereuse frontière
D’où jamais livre ne peut retourner ;
Et quand, condamné, méprisé, 
Négligé, blâmé et critiqué,
Tu verras tous ceux qui te lisent des insultes proférer
(Si jamais on te lit), 
De ta sottise cruelle tu te repentiras
Et tu regretteras ma présence, notre maison et le calme. 

Adoptant maintenant le rôle du magicien, 
Me voici qui prophétise la fortune qui t’attend :
Dès que le calme de ta nouveauté aura passé, 
Et que tu ne seras plus jeune ni moderne, 
Dans quelque coin obscur et sale où on t’aura jeté, 
Moisies d’humidité, de toiles d’araignées recouvertes,
Tes feuilles seront la proie du ver ;
Ou bien, envoyées chez l’épicier
Et vouées à subir un opprobre public, 
Elle garniront la malle ou envelopperont la chandelle !

Mais si la faveur tu devais connaître
Et que quelqu’un soit tenté
De s’enquérir, par une transition naturelle, 
De moi-même et de mon état,
A qui te questionne apprends que je ne suis
Ni très pauvre ni très riche,
Mais de fortes passions, impétueux de nature, 
Sans grâce et rabougri de taille,
Agréable à peu, et à qui peu agréent,
Extrême dans la haine comme dans l’affection,
Détestant tous ceux qui me déplaisent,
Adorant ceux dont je m’engoue,
Ne tardant jamais à juger
Et la plupart du temps jugeant à tort ;
En amitié constant, mais n’en croyant pas moins
Les autres traîtres et fallacieux,
Et pensant qu’en notre siècle
L’amitié n’est que pure chimère ;
Emporté plus que nul autre,
Fier, obstiné, sans merci,
Mais, pour ceux qui montrent quelque bonté,
Prêt, pourtant, à traverser flammes et fumées.

En outre, si l’on demande à l’une de tes pages : 
« S’il vous plaît, de l’auteur quel peut bien être l’âge ? »,
Les fautes, assurément, vont montrer 
Que j’ai tout juste atteint ma vingtième année, 
Laquelle, gentil lecteur, si tu m’en crois, 
Voit sur l’Angleterre trôner George Tois.

Poursuis donc maintenant ton cours aventure :
Va, délice mien, cher Livre, adieu !

Résumé : Dans l’Espagne d’autrefois, dominée par l’Église Catholique et l’Inquisition, la foule se presse pour entendre les sermons d’un saint homme, un moine du nom d’Ambrosio. Cet ascète vit dans un monastère et prêche. Nul ne sait d’où il vient car il a été abandonné autrefois à l’entrée de l’austère bâtisse alors qu’il n’était qu’un nourrisson : élevé par les moines, il a rapidement fait la renommée de sa congrégation par ses vertus et sa foi… mais il est facile d’être vertueux sans tentation.
Parmi les fidèles qui se pressent pour l’écouter se trouvent la belle Antonia et sa tante Leonella. Si Antonia, innocente et pure, sent sa foi renforcée et sublimée par le sermon d’Ambrosio, lui ne voit que la beauté de la jeune fille. Dans le même temps, le jeune noble Don Lorenzo tombe éperdument amoureux d’Antonia, un sentiment qu’elle ne met pas longtemps à lui rendre.
Enfin, la soeur de Don Lorenzo, Agnès, a été forcée de rentrer contre son gré dans le couvent voisin. Ambrosio, qui est son directeur de conscience, intercepte une lettre que la jeune religieuse laisse tomber devant lui, écrite par Raymond de Las Cisternas dont elle est amoureuse. Or, cette lettre révèle également qu’elle est enceinte, violant ainsi son voeu de chasteté. Ambrosio, impitoyable, la livre à la mère supérieure du couvent et à sa justice cruelle avant de retourner à ses dévotions, avec Rosario, un jeune moine qui l’idolâtre beaucoup… plus que de raison même. 

Mon avis : 

J’avais oublié que j’avais déjà lu ce roman figurez-vous XD Mais j’ai beaucoup aimé le relire, j’en avais même oublié quelques passages et j’ai pu vraiment me rendre compte à quel point c’est une histoire passionnante à lire. La couverture que je vous ai mise ici est celle de ma première lecture, mais comme c’était un livre emprunté à la bibliothèque, pas moyen de retrouver la référence du tableau ! Avis à la bonne âme qui saurait m’indiquer qui a peint ce tableau quand 🙂 En tout cas, il reflète à merveille le roman : violence, horreur et érotisme seront de mise, jusqu’à la chute finale. 

Comme pour la plupart des romans classiques, c’est dur de trouver un résumé qui ne soit pas une analyse jusqu’à la fin du récit. J’espère que le résumé que je vous ai proposé est suffisamment intéressant, la vérité c’est que l’intrigue est très dense et contient plusieurs récits enchâssés dans l’histoire principale. C’est passionnant, c’est même viscéral à quel point on a envie de suivre l’histoire. Il faut savoir que le roman a causé un énorme scandale lorsqu’il est paru, à tel point que Lewis a tenté de calmer le jeu en publiant une version « tout public » pour épargner sa famille, qui souffrait des retombées de l’affaire. Le roman avait tout pour choquer les bonnes moeurs : d’une part à cause de la présentation particulièrement pervertie de la religion, en particulier la superstition et le catholicisme. En théorie les Anglais sont protestants, donc une critique du catholicisme ne les gêne pas trop, mais ici Lewis allait même jusqu’à dire que la Bible était un texte à ne pas mettre entre toutes les mains (ce qui est précisément une des bases du protestantisme, que le texte sacré doit être accessible à tous). D’autre part, plutôt que de jouer sur la tension et la terreur, Lewis a choisi de jouer sur les détails sanglants et macabres. Bon, on est loin d’une scène glauque qu’un auteur pourrait pondre de nos jours et il y a encore pas mal de sous-textes pour les scènes « érotiques », mais pour un roman de l’époque c’est déjà beaucoup trop. 

Le plume de Lewis est fabuleuse, il avait à peine vingt ans et déjà il écrivait incroyablement bien ! Son histoire est une machine infernale qui prend le lecteur au piège. Si c’est Horace Walpole qui a donné naissance et permis de codifier le genre gothique avec son Château d’Otrante, c’est bel et bien Lewis qui lui a donné sa classe ! De même, il n’y aura aucun secours possible pour les personnages, pas d’échappatoire possible. L’histoire est très sombre, pleine de magie et de surnaturel, de démons, de légendes et de fantômes. On peut voir aussi que l’auteur, comme beaucoup d’autres à son époque, a été influencé par les violences de la Révolution et de la Terreur françaises.
Je ne peux pas trop vous parler des personnages sans faire de spoil honteux, mais je peux déjà vous dire que leur psychologie et leur caractère est vraiment bien développé, sans pour autant devenir lourd. C’est cohérent et intrigant à la fois. En particulier Ambrosio qui est un méchant gothique absolument passionnant, aussi sublime (au sens le plus solennel du terme) que profondément humain. A côté de lui, les autres personnages semblent presque manquer de substance ; Lorenzo et Antonia sont quant à eux un couple assez classique, avec le héros vertueux et la jeune fille innocente. Je ne vous dirais rien sur Rosario en revanche, ce serait prématuré, mais je pense qu’il n’y a pas de quoi être déçu 😉 Il y a même parfois des petites touches de comique qui viennent calmer un peu le jeu, avec le personnage de la vieille tante Leonella ^^

Bref ! L’histoire est assez riche et complexe, rien que la résumer demanderait un bon moment. Mais je vous garantis que vous ne serez ni ennuyés ni perdus 😉 Je vous conseille vraiment de découvrir le roman ; bon, il faut peut-être avoir le coeur bien accroché si vous êtes du genre sensible et gêné par la cruauté de certains personnages, mais ce serait trop dommage de lire des romans gothiques en passant à côté d’un de leurs plus beaux représentants ❤ 

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  1. Je l’ai lu il y a tellement longtemps !! Tu m’as donné envie de le remettre dans ma PAL (qui déborde affreusement) parce qu’étrangement, moi non plus je ne m’en rappelle pas trop

  2. Il faut que je lise « Une chambre à soi » (ou « Un lieu à soi », ça dépend de la trad) ; j’ai lu plusieurs livres et textes de Woolf, mais toujours pas son plus célèbre !
    Dans la même veine, j’adore les romans gothiques mais j’en lis finalement très peu… Du coup, j’apprécie particulièrement tes retours qui me donnent des idées de lecture ^^ Plus qu’à m’y mettre, désormais !

  3. Pingback: Roman gothique #9 : L’Italien, ou le confessionnal des pénitents noirs | Coeur d'encre 595

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