Premières lignes… #209

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Nouveau dimanche, nouvelle découverte ! Je continue le rendez-vous que j’ai trouvé chez Book & share, et inauguré par le blog Ma Lecturothèque 🙂 Le principe de ce post est de prendre un livre chaque semaine pour vous en citer les premières lignes.

Après des semaines de marche sur une plaine à l’herbe rase, où seuls quelques arbustes touffus diffusaient une ombre fantasque, il avait retrouvé les forêts. Il progressait maintenant au milieu d’une houle sylvestre épaisse. Son corps l’emmenait avec aisance de creux en vallons, où il longeait en frissonnant des rus encaissés avant de remonter à flanc de coteau en suivant les sentes hésitantes de bêtes sauvages qui privilégiaient des tracés peu exposés. Il quittait ensuite ces sentiers discrets, pour cheminer le long de crêtes forestières ensoleillées, profitant de la chaleur, s’arrêtant parfois pour embrasser un point de vue sur une combe où allaient se perdre les rayons du soleil. Ses muscles avaient rapidement recouvré une endurance et une élasticité qu’ils n’avaient jamais vraiment oubliées depuis son premier périple sous la canopée, une exploration initiatique dont il ne se remémorait plus que des bribes, où fantasmes et réalités s’entremêlaient confusément.
Si la machine corporelle cliquetait à merveille, les rouages du temps avaient éparpillé le reste de son être au fil de sa course. Disséminée sous les ciels immenses des plaines, effilochée aux quatre vents, embuée par des rosées glacées, sa pensée se dispersait, abandonnant l’ancrage, délaissant le but. Dans la confusion de ses souvenirs, il poursuivait le rêve flou de rives hospitalières, inscrites dans des récits fabuleux. Mais tout cela s’éloignait car cette nouvelle marche le métamorphosait, et il n’existait plus que par les kilomètres parcourus, avec la conscience aiguë de se trouver exactement à sa place. La forêt l’avait enlevé et se servait de lui comme d’un maître-arpenteur, un topographe, témoin de la profondeur de ses frondaisons.

Parfois, retrouvant en songe l’origine de son expédition, il voyait flotter devant lui le visage de la femme aimée qui lui narrait des passages de l’histoire du peuple des Ondins. A l’issue de son premier périple sylvestre, il avait avidement écouté les mythes des Tuatha dé Dana, lui dévoilant la promesse d’un ailleurs marin qui l’avait décidé à repartir, explorateur sur les traces d’une légende, vers les rives brumeuses où les dieux prirent pied.
Ses narines frémissaient à ces réminiscences et il lui semblait recueillir un peu de la fragrance de l’Ondine, ou encore l’odeur flottante des fleurs à peine écloses lorsqu’ils s’asseyaient dans le jardin, parfois un reste de cendres et de bois brûlé alors qu’il l’écoutait au coin du feu.
Des instants dans la lumière.
Des moments perdus et qu’il avait peut-être, tout compte fait, volés à son destin de marcheur.

Il l’avait laissée là, seule près de l’âtre, entourée de ses artefacts et de magie, avec le dévoreur pour seul compagnon. Et maintenant qu’il avait repris la route, il ne lui restait d’elle que ses récits.

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