Brexit romance

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Bien le bonjour bande de gens, j’espère que vous allez bien ! Je sais que pas mal de lecteurs et lectrices, et surtout de blogueurs et blogueuses, prévoient à l’avance leurs lectures. Mais pour ceux qui comme moi ne le font pas, est-ce que vous aussi ça ressemble à une parade nuptiale pour choisir un livre ? XD Un jour, l’un d’eux va me taper dans l’oeil, je vais lui tourner autour pendant un moment, voire me forcer à en choisir un autre parce que « franchement, je l’ai depuis encore plus longtemps, faut être un peu rationnelle quand même », jusqu’à enfin céder à la tentation ! C’est plus une bibliothèque que j’ai à ce niveau, c’est une collection d’amants X’D

Nouvelle chronique littéraire ! Un livre que m’a offert ma p’tite Maman, ma géniale p’tite Maman, tellement géniale que « géniale » est devenu le synonyme de « Maman » ^^ Je vous avais déjà présenté des livres de Clémentine Beauvais : Les Petites Reines et Songe à la Douceur, qui sont tous les deux d’immenses coups de coeur. D’ailleurs, le deuxième est toujours aujourd’hui dans mon top 10 toutes lectures confondues (et si comme moi vos étagères débordent, vous savez à quels point ces mots ont du poids). Ma p’tite Maman me les avait offerts, ainsi que le troisième dont je vais vous parler aujourd’hui, Brexit Romance, paru en 2018 ! La chronique va être assez longue, mais il y a beaucoup à dire ❤

Résumé : Juillet 2017 : un an que « Brexit means Brexit » !
Ce qui n’empêche pas la rêveuse Marguerite Fiorel, 17 ans, jeune soprano française, de venir à Londres par l’Eurostar, pour chanter dans Les Noces de Figaro ! À ses côtés, son cher professeur, Pierre Kamenev.
Leur chemin croise celui d’un flamboyant lord anglais, Cosmo Carraway, et de l’électrique Justine Dodgson, créatrice d’une start-up secrète, Brexit Romance. Son but ? Organiser des mariages blancs entre Français et Anglais… pour leur faire obtenir le passeport européen.
Mais pas facile d’arranger ce genre d’alliances sans se faire des noeuds au cerveau – et au coeur !

Mon avis : Coup de ❤ !

C’est un tiercé gagnant pour Clémentine Beauvais, une fois de plus je tombe amoureuse d’un de ses livres ❤ La couverture est fraîche et pêchue à la fois, elle reflète à merveille la légèreté du roman, qui pourtant va aborder des sujets sensibles et toujours d’actualité aujourd’hui ! J’en reviens toujours pas pour tout vous dire : c’est un livre qu’on peut sans problème lire en mode détente ou pour se redonner la pêche, et pourtant, le fond est sérieux et ouvre sur de nombreuses réflexions. Je suis soufflée !

Je vais utiliser le terme plus tard donc je définis tout de suite, moi je ne connaissais pas du tout ^^’ :
« woke culture » : terme né aux USA, désigne surtout les jeunes générations mais aussi de manière générale les personnes qui se veulent averties et plus sensibles aux problèmes sociaux, à l’écologie, aux inégalités et autres injustices de notre monde moderne. La « cancel culture«  est une dérive malheureuse, qu’on pourrait grossièrement résumer par « on ne peut plus rien dire aujourd’hui ». En gros, c’est la tendance à clasher voire censurer tout ce qui pourrait blesser des minorités ou des groupes qui se définissent comme blessés par la société actuelle. La conséquence, c’est un boycott ou une censure parfois bien trop agressive par rapport à la maladresse en cause (et parfois involontaire).

Le Brexit, c’est un sujet qui n’est plus trop d’actualité, à part pour souligner d’éventuelles difficultés d’adaptation post-séparation. Mais rappelez-vous comme il a déchaîné les passions ! Eh bien avec ce roman, on est en plein dedans. Pour Justine et Matt Dodgson, deux jumeaux britannique de la classe moyenne et purs produits de la « woke culture » (la précision est importante), ce Brexit totalement injuste, voté par des fascistes et des ignorants, leur vole la possibilité de voyager à travers l’Europe. Non pas qu’ils voulaient absolument voyager (pas vraiment en fait), mais on leur en a tout de même enlevé la possibilité, et c’est inadmissible. De là naît un projet un peu fou et illégal, celui de Brexit Romance : une entreprise qui vise à favoriser des mariages entre britanniques et européens pour obtenir un passeport européen d’un côté, et de meilleurs opportunités d’emploi de l’autre.
Pour lancer l’entreprise, Justine doit concrétiser rapidement au moins cinq ou six unions, et surtout celle de son ami Cosmo Carraway, fils d’un aristocrate anglais d’extrême droite. Et voilà que débarquent Marguerite Fiorel, une jeune et très naïve chanteuse soprano, et son professeur Pierre Kamenev, intellectuel un peu coincé dans ses préjugés anti-droite. Marguerite qui rêve de se retrouver dans une situation romantique à la Jane Austen, et Pierre qui, fasciné malgré lui par Justine, ne sait plus où donner de la tête dans ce monde de fous flegmatiques buveurs de thé.

Avec ça, vous avez déjà une idée du joyeux bordel que ça va être XD Mais on voit que Clémentine Beauvais a beaucoup travaillé son sujet, et elle le dit elle-même dans la partie des remerciements de son livre. Pas besoin de culture politique détaillée pour comprendre, et c’est ça qui est génial : n’importe qui y trouvera son compte. On a tous nos petits préjugés envers tel ou tel bord politique, du coup, on tend au début du livre à s’identifier à certains personnages ; et c’est justement ce que l’auteure va exploiter en nous montrant des gens aux idées bien arrêtées, puis en nous retournant le cerveau ! Il y a Justine qui papillonne et placarde fièrement des convictions hipster sur les réseaux sociaux, Pierre qui est un intellectuel de gauche complètement rebuté par la droite, blasé et trop campé sur ses positions pour être vraiment ouvert d’esprit, la famille de Cosmo qui brille par son intolérance et son élitisme,… Tous ont leurs arguments, mais ils sont aussi rendus un peu ridicules car les failles de leurs raisonnements sautent aux yeux au fil du livre ; malgré cela, c’est fait avec beaucoup de bienveillance.
Plusieurs scènes m’ont beaucoup marquée, PETIT SPOIL ? en particulier quand Justine voit de vraies personnes en difficultés qui se contrefoutent du Brexit parce que bien trop occupées à lutter contre les mesures d’austérité anglaises. Et ce passage est une idée de maître ! Parce que ces personnes ont justement des idées diverses sur le Brexit (donc pas du tout de pauvre petits influencés), mais elles montrent aussi que beaucoup de convictions « essentielles » sont le produit d’une vie privilégiée, protégée. A PU LE SPOIL !

Ce que j’ai adoré avec ce roman, c’est que tout le monde ou presque va progressivement évoluer, redescendre sur terre et comprendre que la réalité et les convictions sont deux choses complètement différentes, parfois (souvent) sans le moindre lien entre elles ! Un peu comme avec les sentiments, car oui, ce roman est aussi une histoire de romances, et là non plus, on n’est pas sortis de l’auberge ! Car justement, le principe de Brexit Romance, c’est de se marier pour de faux pour obtenir le sacro-saint passeport et divorcer aussi sec. Donc, hors de question d’avoir des sentiments, Justine est très ferme sur ce point et persuadée qu’avec des centres d’intérêts communs, on peut très bien coller deux clampins ensemble sans que ça ne fasse de vagues. Mais les sentiments, ça ne se contrôle pas !

Justine et Matt font bien rire au début, ils sont très engagés mais même si le fond de leur propos tient la route, ils ne sont pas vraiment en prise avec la réalité. Le côté « on veut le passeport, mais c’est seulement au cas où » peut faire rire, mais en y réfléchissant… ben c’est logique. En tant que femmes par exemple, on veut le droit à l’avortement, mais c’est pas pour autant qu’on veut l’utiliser tous les quatre matins ! Donc peut-on rire de leur revendication du passeport : pas totalement en fait ! Justine en particulier est une accro des réseaux, qui préfère tout tenter quitte à mal faire, plutôt que de se concentrer sur une chose à la fois. Autant dire que face à Pierre Kamenev, ça va faire des étincelles ! Leurs dialogues sont sa-vou-reux, et la progression de leur relation est géniale, entre attraction et agacement mutuel.
D’ailleurs, mon propre point de vue se rapprochait pas mal de celui de Pierre : détaché et plutôt critique. Face à Justine et Rachel (avec qui Justine tente désespérément de le caser même si elle fond pour lui comme neige au soleil), il en prend pas mal dans la figure avec tous les discours de la woke culture (« vous êtes un homme blanc cisgenre privilégié », etc.), et même si c’est exagéré, très souvent ça tombe juste, et ça va le forcer à revoir ses idées pré-conçues. Plusieurs fois dans le roman, on avait des scènes où les personnages n’osaient rien dire de peur de se faire clasher pour un mot mal choisi et vexant pour telle ou telle communauté (peut-on comprendre une personne avec des problèmes que l’on n’a pas vécu soi-même, etc.), donc un peu l’idée de cancel culture. Je trouvais ces scènes assez ridicules, mais là encore, le roman montre que ces considérations sont nécessaires, tout comme la nuance et l’indulgence pour formuler une critique.
Marguerite m’a souvent fait lever les yeux au ciel. Faut dire qu’elle est trèèèèèès naïve sur certains points et en particulier sa vision de l’Angleterre, sauce Jane Austen et autres romances du même type. Et pourtant, la gamine se défend. Orpheline sans le sou et fille de toxicos, le monde luxueux de Cosmo l’attire comme un papillon vers la flamme. Surprotégée par Pierre (qui s’en défend au début), elle a aussi ses coups de gueule et elle est finalement très touchante car spontanée : c’est la seule qui n’a pas vraiment de conviction bien ancrée, elle découvre tout avec un oeil neuf.
Cosmo est le type même de l’aristo détaché de tout, cynique et donc parfaitement horripilant. Le cliché parfait, me direz-vous ! Oui, mais non. Avec le cynisme vient aussi la manipulation, et le fait de devoir mener un double jeu pour lui-même, écartelé entre sa famille et ce qu’il est. Et à sa manière, il est touchant lui aussi, dans son amitié avec Justine là où tout devrait les séparer, et dans sa considération pour Marguerite bien qu’elle soit son faire-valoir.

Cerise sur le gâteau (oui je sais, c’est long, mais je refuse de laisser cette chronique sans avoir dit tout, et ça se bouscule, alors faites avec 😛 ), les jeux sur la langue et les préjugés entre Anglais et Français. Le but, accessoire, de Brexit Romance, c’est aussi l’amélioration du niveau de langue, et on se retrouve donc avec des personnages qui essayent de maîtriser la langue de l’autre et ses subtilités. D’où quelques quiproquos et erreurs de langage vraiment drôles ^^ Si vous ne vous parlez pas anglais, aucun souci, ça se comprend sans trop de mal, même si un anglophone aura évidemment plus de facilités. Les préjugés aussi vont bon train, entre les Britanniques et leur sacro-saint flegme, et les Français au sang chaud mais aussi très coincés et parangons du patriarcat !

Bref ! (« ah ben enfin la conclusion, qu’est-ce qu’elle nous a gonflé avec sa chronique à rallonge cette cruche »… je vous aime aussi ❤ ) Merci si vous avez tout lu, je sais que c’était beaucoup mais… il y avait tellement à dire ! Je l’ai déjà dit au début mais quel roman mes aïeux ! Drôle et sérieux à la fois, un pari totalement réussi pour l’auteure et une lecture que j’ai déjà envie de recommencer ^^ Que vous soyez engagé ou non, amoureux ou non, lisez-le ! C’est une bouffée d’air frais et un rappel que la réalité, c’est quelque chose de complexe, plein de nuances et de contradictions, et qu’il faut avoir le courage de la prendre à bras le corps. Je crois qu’il va rejoindre Songe à la Douceur dans mon top 10 ❤

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