Premières lignes… #147

Par défaut

Nouveau dimanche, nouvelle découverte ! Je continue le rendez-vous que j’ai trouvé chez Book & share, et inauguré par le blog Ma Lecturothèque 🙂 Le principe de ce post est de prendre un livre chaque semaine pour vous en citer les premières lignes.

Ce fut d’abord une pierre qui tomba à un mètre de son pied. Victor se retourna. Au bord de la chaussée aux pavés disjoints, deux types le regardaient, l’air narquois. L’un d’eux se baissa, ramassa un nouveau projectile, et, comme s’il jouait au bowling, le lança vers Victor, en contrebas. Celui-ci fit un bon de côté, et, d’un pas rapide proche de celui des marcheurs de compétition, gagna le coin de la rue, où il tourna, se répétant : « Surtout ne pas courir ! » Il ne s’arrêta qu’à proximité de son immeuble. Un coup d’oeil à l’horloge publique lui apprit qu’il était vingt-et-une heures. L’endroit était calme et désert. Il entra dans le hall. La peur l’avait abandonné. La vie des gens ordinaires est si ennuyeuse, les distractions sont devenues hors de prix. C’est pour cela que les pavés volent bas…
Début de soirée. Cuisine. Obscurité. Une simple coupure de courant. Dans le noir, on entend les pas lents de Micha, le pingouin. Il est là depuis un an. A l’automne dernier, le zoo a offert ses pensionnaires affamés à tous ceux qui voudraient bien les entretenir. Justement, Victor se sentait seul depuis que son amie l’avait quitté, une semaine auparavant. Il y est allé et a choisi un manchot royal. Mais Micha a apporté sa propre solitude, et désormais, les deux ne font que se compléter, créant une situation de dépendance réciproque plus que d’amitié.
Victor dénicha une bougie, l’alluma et la fixa dans un ancien bocal de mayonnaise qu’il posa sur la table. La nonchalance poétique de la petite flamme le poussa à chercher, dans la pénombre, un stylo et du papier. Il s’assit et posa la feuille entre lui et la bougie. La page blanche devait être remplie. S’il avait été poète, il aurait fait courir une ligne rimée sous sa plume. Mais il n’est pas poète. C’est un écrivain enlisé entre journalisme et prose médiocre. Ce qu’il réussit le mieux, ce sont les courtes nouvelles. Très courtes. Tellement courtes que même si on les lui payait, il ne pourrait en vivre.
Dehors, un coup de feu retentit. Victor tressaillit, se colla à la fenêtre, ne discerna rien et revint à sa feuille blanche. Son imagination lui dictait déjà l’histoire de ce coup de feu. Elle remplissait une page, ni plus, ni moins. Aux derniers accents, tragiques, de sa brève nouvelle, le courant revint. La lampe qui pendait du plafond s’alluma.

"

  1. Pingback: Premières lignes #247 – Ma Lecturothèque

  2. Pingback: Premières lignes – 27 décembre | Lady Butterfly & Co

  3. Pingback: Premières lignes #248 – Ma Lecturothèque

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s