Premières lignes… #115

Par défaut

Nouveau dimanche, nouvelle découverte ! Je continue le rendez-vous que j’ai trouvé chez Book & share, et inauguré par le blog Ma Lecturothèque 🙂 Le principe de ce post est de prendre un livre chaque semaine pour vous en citer les premières lignes.

Depuis plus de deux siècles, Athalie de Roselande s’ennuyait.
Elle avait beau chercher, encore et encore, mais non ; pendant deux siècles, il ne s’était rien passé. Il n’y avait que du noir derrière elle. Aucun souvenir, juste un long brouillard d’ennui, sans plaisir ni tristesse.
Au commencement, il y a l’ennui, se dit-elle, et elle fut assez fière que cette jolie formule ait pu naître quelque part dans sa tête creuse.
Dans l’ombre et le silence de la grande salle, le souffle du garçon résonnait. Ses expirations ressemblaient un peu à des sifflements de chat.
– Au commencement, il y a l’ennui, répéta-t-elle à voix haute et claire, mesurant l’effet musical de ces quelques syllabes tandis qu’elles se diluaient en échos sinistres sous les voûtes.
Athalie de Roselande s’approcha du garçon, fascinée par la phosphorescence de sa peau nue. Etait-ce possible, une telle blancheur ?
– Tu aimerais que je te libère, n’est-ce pas ? lui chuchota-t-elle en se penchant à son oreille. Je suis désolée, je ne peux pas. Ta peau est si blanche. On dirait une page vide, une page où je pourrais écrire une histoire, une histoire folle, et oublier mon ennui. Dis-moi si cela te tente, mon coeur.
Son coeur ne répondit pas. Il se balança mollement au bout des chaînes qui le liaient aux colonnes. Pouvait-il seulement l’entendre ?
La châtelaine entortilla ses doigts dans les cheveux de son hôte, hésitante, bousculée par trop de pensées – du moins pour une femme qui avait depuis bien longtemps cessé de penser, et qui ne savait plus que faire de ces centaines de sensations qui soudain tourbillonnaient dans son esprit.
– Tu ne m’aimes sans doute pas, soupira-t-elle. Cela me chagrine, mais je ne peux pas t’en vouloir. Je me souviens à peu près de ce qu’est la douleur, et je sais bien que je t’en inflige beaucoup. Mais…
Le garçon se balança à nouveau, plus vivement, et Athalie de Roselande crut comprendre qu’il était en train de revenir à lui. Cela lui confirma qu’il ne l’avait jusqu’alors pas écoutée, et elle en conçut une certaine amertume. Il y avait bien, au fond d’elle, une voix pour lui reprocher cette réaction déraisonnable, mais elle choisit de la museler.

"

  1. Pingback: Premières lignes #215 – Ma Lecturothèque

  2. Pingback: Premières lignes #12mai | Lady Butterfly & Co

  3. Pingback: Premières lignes #216 – Ma Lecturothèque

  4. Pingback: Premières lignes – 17 mai | Lady Butterfly & Co

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s