Je réflectiônne : La littérature jeunesse

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Aujourd’hui, un article un peu différent. Je ne vais parler ni de poésie, ni d’un livre en particulier, juste de quelque chose qui me turlupine, et qui risque de prendre un sacré moment à formuler parce que les idées me viennent un peu dans le désordre actuellement (installez-vous dans votre fauteuil donc).
Le point de départ est venu du fait qu’aujourd’hui (#EDIT : soit il y a deux semaines, le temps de tout écrire quand j’avais le temps ^^’), dans un cours de master qui apprend à rédiger des notes de synthèses, j’ai été confrontée à plusieurs documents (des articles) autour de la littérature de jeunesse aujourd’hui : nature, contenu, qualité, influence, et tutti quanti. Si vous êtes intéressés, je vous mets ici le lien vers la liste des articles, qui faisaient tous partie de l’épreuve de note de synthèse de la session 2011 du concours de bibliothécaire territorial. Par où commencer ?

En France, par rapport aux autres pays, la culture et la lecture ont une énorme importance, c’est l’une des premières choses que mes cours m’ont appris cette année. Petit exemple pour briller en société : le prix unique du livre est une spécificité française pour éviter la concurrence entre librairies, c’est ce qui fait que le prix d’un livre est le même partout en France. L’importance, on la voit aussi lorsque tout le monde clame à toute force que les enfants doivent absolument lire, et que les jeunes d’aujourd’hui ne lisent plus, ou lisent mal ; d’où tout une réflexion à propos de la littérature jeunesse.
Alors en ce qui me concerne, je pense que c’est une littérature qui a son importance, ce sont les premiers pas de lecteur. On la critique beaucoup parce que trop facile à produire, c’est la porte ouverte à toutes les dérives marketing pour produire vite de la mauvaise qualité. C’est le cas aussi pour les livres adultes, je vous rassure ! Mais là où je rejoins, c’est que les enfants ont besoin de livres de qualité. Un enfant sait réfléchir et n’est pas idiot, loin de là ; par contre, si vous le prenez pour un abruti, ne vous étonnez pas s’il le devient un jour.

C’est parce que ce sont des enfants qu’il leur faut impérativement des livres de qualité, les adultes ont eu le temps de développer des outils pour appréhender le monde et y réfléchir, pas les enfants. Qu’est-ce qu’un livre de qualité pour la jeunesse alors ? Un des articles, écrit par Natacha Polony pour ne pas la citer (ah tiens si), est celui qui m’a donné envie de hurler car il ne jurait que par la littérature de classiques bien français bien de chez nous, en crachant au passage sur les mangas, les bandes dessinées, et la « distraction régressive de l’ « héroïc fantasy » ».

C’est exactement le genre de critique qui me permet de dire que la personne qui écrit n’y connaît strictement rien, et est prête à cracher sur ce qu’elle ne connaît manifestement pas. Je vais y aller point par point :

  • Critique adressée aux mangas : d’après cette personne très ouverte d’esprit, il n’y a rien à lire dedans, c’est l’équivalent d’un livre d’images. Mais bien sûr. Au risque de vous surprendre, les mangas aussi ont leurs chef d’oeuvres reconnus, tant pour leur qualité graphique (voyez Takeshi Obata, illustrateur des excellents Death Note et All You Need Is Kill, qui sont aussi des merveilles de délicatesse et de psychologie), que pour la qualité de l’histoire, de la réflexion ou du scénario (Black Butler est un manga incroyablement documenté et réfléchi, Nausicäa de Miyasaki est sublime, et pour les plus rageux, Fuyumi Soryo a écrit et dessiné les magnifiques mangas Cesare et Marie-Antoinette, recommandés par le magazine Histoire pour leur qualité). Osez me dire après ça que les mangas ne sont pas une véritable littérature, il suffit de bien choisir ses lectures, comme pour tout le reste. Ah, et puisqu’on parle de littérature française, City Hall est un manga français de Rémi Guérin et Guillaume Lapeyre.
  • Critique adressée aux BD : ce ne sont tout simplement pas des livres ! Définition de « livre » : document écrit formant unité et conçu comme tel, composé de pages reliées les unes aux autres. Bah ça me semble clair pourtant ! La BD aussi a ses chef d’oeuvres, sans parler des adaptations de romans dits « classiques » qui permettent la découverte d’oeuvres pour les lecteurs qui ne se sentent pas de lire un gros pavé. Pour du dessin de qualité, je ne vous citerai que Peeters et Schuiten qui ont écrit et dessiné des BD magnifiques, dont l’une a été adaptée en album pour enfant avec succès (Mary la Penchée, je vous le conseille !). Pour du contenu de qualité, vous avez pléthore d’exemples, comme De Cape et de Crocs, inspiré de Molière, Rabelais, La Fontaine et Victor Hugo, avec un texte et des dessins travaillés. Mais Natacha s’énerve aussi de trouver du Titeuf dans un CDI de collège ! Personnellement, je ne suis pas du tout fan de Titeuf. Mais il faut vraiment être aveugle pour ne pas se rendre compte que c’est un héros qui parle à ses lecteurs, qui a le même genre de problème et en qui ils s’identifient ; pour reprendre les mots de l’article, c’est le genre de livre que soi-disant les jeunes ne lisent pas, « qui leur parle de l’Homme , de la société, du réel ». C’est la société à leur échelle, et elle est déjà bien compliquée, sans parler du fait que les classiques de la littérature ne la représentent pas : Victor Hugo est un génie, mais un génie qui vivait au XIXème siècle. Pour ma part, j’étais une grande fan de la BD de L’élève Ducobu, qui véhicule pas mal de messages positifs, voire sensibilise à certains problèmes de société, en plus de décomplexer votre enfant par rapport à ses notes plus ou moins bonnes (sisi, c’est important)
  • Enfin, pour la « distraction régressive » de l’héroïc fantasy (je suis paix et amour, je suis paix et amour, non je ne m’énerve pas…), citons Tolkien, linguiste et intellectuel, dont les livres sont reconnus comme des classiques de la littérature anglaise. Harry Potter également offense Natacha, mais faut-il rappeler qu’il y a très TRES largement pire ? Que ça a fait lire plein de jeunes qui avaient peur auparavant de lire des pavés ? J’ai commencé par Harry Potter et Mon prof est un extraterrestre, ça m’a pas empêché de me diriger de moi-même vers du Zola. Il vous faut un auteur français, pas de souci : Les Centaures d’André Lichtenberger, un des premiers romans de fantasy française (1904, cocorico), et assez bien écrit pour qu’on hésite à le qualifier de poème en prose à sa sortie. Ah, et s’il faut du réel à Natacha, les romans de fantasy, de fantastique et de science-fiction, ont tous la capacité de faire appel au réel par l’allégorie, la métaphore, ou la simple évocation d’une situation ou d’un personnage. Témoin Les guerriers du silence, bourré de références aux problèmes de société actuels, écrit par le français Pierre Bordage. Mais c’est surtout le fait de parler d’évocation du « réel » qui me choque en parlant des classiques, j’y reviens encore, mais je tiens à enfoncer le clou quitte à défoncer la planche avec : j’ai dévoré ses Misérables, j’ai adoré Au Bonheur des Dames de Zola, et j’ai encensé Le Comte de Monte-Cristo de Dumas ; mais j’ai eu beau les aimer, leur monde n’est pas le mien, ils ont autant d’impact sur moi qu’un roman de fantastique, ce même genre qui est critiqué pourtant.

Voilà, donc Natacha, cordialement, au coin et zéro pointé. Dans un autre des articles qu’il nous fallait lire, il y avait notamment cette phrase que je trouve aberrante en soit et qui pose un gros problème : « Liste de 50 livres que votre enfant devrait avoir lu ». Paye ta pression quand tu es l’enfant en question, c’est du même acabit que d’imposer des classiques ! Sur les 11 articles proposés, seul un interrogeait les principaux concernés, c’est-à-dire les jeunes, et l’avis est unanime : ils n’aiment pas les lectures imposées, que ce soit du classique ou de la jeunesse, ça rejoint assez ce que je pensais quand j’avais leur âge… même si moi ce que j’aimais encore moins, c’était l’institutrice qui m’engueulait parce que j’avais lu le livre en entier (réaction normale quand on aime un livre) au lieu du seul chapitre demandé à la classe pour la semaine. Faudrait savoir, faut lire ou pas ?

Je ne dis pas qu’on ne peut pas orienter le choix des enfants et des ado, mais le choix doit aussi venir de leur part. Point positif cependant, l’article encourage les parents à partager les lectures de leurs enfants et à s’y intéresser sans pour autant les bombarder de questions après les lectures. Petit truc intéressant comme ça : quand j’ai bossé en bibliothèque de plage, un gamin en particulier m’a scotchée parce qu’il m’a demandé au bout d’un moment non pas de lui lire une histoire, mais s’il pouvait me lire une histoire ! J’ai trouvé ça génial, déjà parce que moi ça me reposait la voix, et surtout parce que l’enfant était vraiment actif : c’est lui qui choisit, c’est lui qui lit. Ca ne remplace pas la magie de Papa ou Maman qui lit une histoire le soir, mais j’ai trouvé ça super ^^

On me dit souvent que je suis trop angoissée, et que du coup je braque les autres en voulant forcer la machine. Je pense que c’est la même chose ici : on veut à toute force faire lire les gamins, mais qui vous dit que cette pression ne les angoisse pas, eux ? Qu’elle ne les braque pas ? Mettez-vous à leur place : face à un problème, la réaction première va être de chercher une solution concrète, d’être rassuré par un tiers (concret lui aussi de préférence), mais pas de chercher dans un livre, surtout à notre époque où les écrans sont le secours universel. De moi-même, je passe plus facilement la porte quand on me l’ouvre, plutôt que quand on m’y fait passer de force en mode Gestapo. Même si l’enfant ne devient pas un grand lecteur, ce n’est pas grave, l’essentiel c’est qu’il sache qu’il a cette ressource à disposition.


Dans un autre article au sujet d’une bibliothèque de rue dans un quartier difficile, il était dit que les jeunes ne veulent pas lire car cela représente un effort, inutile de surcroît, qui les force à se confronter à eux-mêmes ; cet article m’a rappelé un article que j’avais lu des mois plus tôt, sur une bibliothèque incendiée dans un quartier difficile, où les bibliothécaires témoignaient de leur impuissance face à des gamins de banlieue qui ne voient pas ces établissements comme une possibilité, mais comme une chose réservée aux classes supérieures, à laquelle ils n’ont ni l’accès ni le droit. A partir de là, je ne pense pas que la priorité soit de faire connaître les classiques, ni même de faire lire, mais plutôt de sensibiliser à ce qu’il est possible de faire, et surtout surtout à les rassurer et leur donner confiance en eux. Je ne parle pas de leur donner des livres de gamins, des livres « simples » ; ça peut même être une bonne chose de leur proposer des livres qui les heurtent un peu, pourvu que ça leur parle et qu’on ne les prenne pas pour des idiots. Après, je reconnais pleinement le fait que je n’ai pas de véritable solution, j’imagine qu’en tant que future bibliothécaire je serai surtout amenée à composer au jour le jour :/

Certains râlent aussi parce que les jeunes lisent différemment, en permanence sur leurs écrans ils parcourent les textes en diagonale, et ne prendraient pas le temps de s’arrêter sur le sens des mots. Je peux difficilement critiquer, moi-même je me retrouve à parcourir des livres en diagonale à la chaîne pour ficher plus vite et finir mon mémoire à temps ; ceci dit j’arrive quand même à retirer des infos et à critiquer ce que je lis ! Et d’ailleurs, dans ce que je lis, il y a les témoignages de début du XIXème siècle montrant le développement de la lecture de masse, l’inquiétude devant ce phénomène qui pourrait nuire à la santé mentale et physique (vous n’avez pas idée de ce que des médecins très sérieux ont pu déblatérer) et à l’ordre moral et public. Bizarrement, les critiques ressemblent énormément à celles qu’on adresse aux smartphones aujourd’hui. Et si les livres ont l’avantage de ne pas diffuser d’ondes néfastes, on ne peut nier que les smartphones sont de formidables outils qui mettent le monde ou presque à disposition. Et ça ne veut pas dire que les livres se font délaisser, bien loin de là ! Toute une communauté de littéraires se retrouve sur Internet, les bibliothèques ne désemplissent pas, les librairies non plus même si elles se font concurrencer par les sites d’achats en ligne. Le monde change, la façon de lire change, mais ça ne veut pas dire qu’on ne lit plus, ni qu’on délaisse les bons livres ; on les choisit pour mieux les aimer et les comprendre.

Voilà voilà, je ne tente pas souvent des articles comme ça, j’espère que ça vous a plus, n’hésitez pas à me donner vos avis, c’est toujours intéressant ^^ Plein de bises, lisez des bons livres ou jouez à de bons jeux vidéos si c’est plus votre kif 😉 

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  1. Ton article est très intéressant. Je pense que tant qu’un enfant développe le goût de lire, peu importe si à une période de sa vie il lit des choses faciles, pas très malines ou un peu sans intérêt (et y en a-t-il tant que ça, d’ailleurs, des lectures qui répondraient à cette définition ?). Peu de gens lisent la même unique série de BD, de mangas, de romans ou autres toute leur vie. Donc chaque lecture est un passage vers une autre lecture, et c’est ça qui est important. Pour ma part toute petite j’étais accro à la comtesse de Ségur (on ne peut plus classique), après j’ai lu les Ratus, et plus tard presque tous les Cascade de chez Rageot, le club des baby-sitters et les Garin Trousseboeuf de chez Folio, et tous les trucs fantastiques à la mode. Ça m’a menée jusqu’à Marc Lévy, en fin de collège. Et parallèlement j’ai adoré Voltaire et Diderot. Et Anna Gavalda. Et les BD JKJ Bloche. Comme quoi, il n’y a pas de frontières, et le plus dangereux c’est d’en créer et de considérer qu’un seul genre est le bon. Aujourd’hui dans mes livres préférés, Marie-Aude Murail côtoie Voltaire et Maupassant, Edith Wharton voisine Alain et Philippe Delerm, et c’est la diversité qui m’enrichit, comme elle enrichit chaque lecteur/trice toute sa vie.

    • Pour ce qui est d’une littérature qui serait mauvaise, ça me fait le même effet que des personnes parlant de magie blanche ou noire : la magie, ou le livre, est un outil, tout dépend de l’utilisation ou de l’interprétation qu’on en fait. Donc, même un livre a priori pas très travaillé peut avoir son intérêt ou donner naissance à quelque chose de plus élaboré, il suffit de l’impulsion de départ, et ça rejoint ce que tu disais 🙂 Je souscris à fond à la nécessité d’une diversité littéraire !
      J’ai dévoré aussi la Comtesse de Ségur quand j’étais petite ^^ Je ne connais pas du tout en revanche Anna Gavalda et Marie-Aude Murail, qu’est-ce qu’elles ont écrit ?

      • Anna Gavalda c’est l’autrice de « Ensemble, c’est tout », qui avait eu un gros succès il y a un peu plus de 10 ans. Marie-Aude Murail est une des autrices jeunesse françaises les plus reconnues, on lui doit « Oh boy » et plein d’autres romans de l’École des Loisirs, mais aussi la série « Golem » avec son frère Lorris et sa soeur Elvire, aussi écrivain(e)s, et récemment la saga « Sauveur et fils ». Mon préféré d’elle c’est « Vive la République », il vient de ressortir chez Pocket.

  2. Parfaitement d’accord avec ce que tu dis. Je suis prof de français en collège et je suis souvent confrontée à des parents qui déplorent que leurs enfants ne lisent pas assez de « grands livres » et je répète toujours que l’essentiel est qu’ils se créent une identité de lecteur, une intimité avec la lecture même si ça passe pour l’instant par des Mangas ou même des magazines. Ce qui compte, c’est le plaisir. Ils ont bien le temps de se diversifier. Et puis, même si en disant ça, je ne prêche pas pour ma paroisse, on peut vivre heureux sans jamais avoir lu Zola ou Hugo… Enfin, je crois 🤔😉

    • Je pense qu’on peut effectivement vivre heureux sans Zola ou Hugo, mon copain en est la preuve vivante : il a beaucoup de mal à se poser pour lire, ça ne l’attire pas, mais il est heureux ^^ Ceci dit, il m’a beaucoup surprise quand il m’a dit qu’il avait lu du Shakespeare et du Arthur Conan Doyle, comme quoi chaque lecteur est différent, avec ses goûts et ses attentes.
      Et puis, que l’intimité à la lecture ne passe que par des mangas ou des magazines n’est pas gênant en soi, il y en a de super qualité ! A la limite, ce serait bien que les parents s’ouvrent aussi à ce que lisent leurs enfants et partagent ça avec eux, plutôt que de considérer automatiquement que leur jugement et leurs lectures sont de meilleure qualité :/ Après, j’imagine qu’en tant que professeur, le rapport avec les parents d’élèves doit être très délicat, tu as tout mon soutien !

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