Archives de Tag: incendie

La Maison où je suis mort autrefois

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Bien le bonjour bande de gens, j’espère que vous allez bien ! Merveilleux jour que le dimanche. C’est pour moi le plus beau de la semaine ! Pourquoi cela les enfants ? Parce qu’il n’y a pas de mails le dimanche, vous avez deviné ! Pas un seul satané mail professionnel ou administratif, pas un ! Hahaha ! (zyeute soudain ma cheminée avec méfiance)

Nouvelle chronique littéraire ! Aujourd’hui, je vous propose un petit polar parce que ça faisait longtemps :3 Je l’ai découvert totalement par hasard dans un vide-grenier, le résumé m’a inspirée alors je l’ai pris. Il s’agit de La Maison où je suis mort autrefois de Keigo Higashino, publié en 2010 en France, 1994 pour la version originale en japonais. Notez ici que l’auteur est une figure majeure du roman policier japonais, et que ce roman en particulier a reçu le Prix polar du meilleur roman international au Festival Polar de Cognac. On est en droit de s’attendre à de la Kalitay 😀 Lire la suite

Le secret de la manufacture de chaussettes inusables

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Bien le bonjour bande de gens, j’espère que vous allez bien ! Le temps commence à se rafraîchir, et c’est une véritable bénédiction pour moi : je ne peux plus mettre mes p’tites robes, mais au moins, il fait une température supportable dans l’appart 🙂 Et j’ai la confirmation, je peux enfin le dire : mon mémoire sera sur les romans steampunk, mon directeur de recherches m’a dit que le projet était assez solide ❤ Du coup, vous aurez pas mal de chroniques steampunk à partir de… novembre ? Je lis plus vite que je n’écris, du coup il y a des mois d’écart entre le moment où je lis les livres et le moment où je vous en parle… En tout, victoire ! Je vais faire du steampunk pour le travail… Nya, c’est JOUISSIF 😀

Et je vous propose une nouvelle chronique littéraire ! Encore un livre qui trainait depuis Mathusalem dans mes étagères, mais je fais de gros efforts : depuis des mois je n’ai plus acheté de livres (et c’est une torture), du coup je lis tous les livres qui constituent l’échafaudage de ma PAL XD J’en avais emmené toute une cargaison quand j’avais emménagé sur Lyon (mon père avait fixé une limite de 4 cartons, je n’ai en pris que 3 pour lui faire plaisir) ; et maintenant, mon copain a profité d’un passage en Gironde pour déposer les livres lus et revenir avec une nouvelle cargaison ^^ Bref, ma PAL diminue tandis que ma wish-list crève le septième ciel. Le Secret de la manufacture de chaussettes inusables est le quatrième livre de l’écrivain Annie Barrows, publié en 2015, après avoir co-écrit Le Cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates avec sa tante Mary Ann Shaffer en 2008 (cliquez sur le lien pour lire la chronique que j’en ai fait, c’était un vrai coup de coeur ^^) Je l’ai enfin lu, et je ne regrette pas, ça été une très bonne lecture pour me détendre :3 Lire la suite

Un peu de poésie ensorceleuse : La Ronde sous la Cloche

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Bien le bonjour bande de petits satanistes en herbe, vénérons ensemble le gothique car voilà venir samedi, et je nous ai trouvé une p’tite poésie pas piquée des hannetons ! Je reprends un poète dont je vous ai déjà parlé, Aloysius Bertrand. J’aime beaucoup son style, et je vous conseille de lire son unique recueil si vous en avez l’occasion, c’est une lecture particulière et une source inépuisable de projets de dessins pour moi ^^ On dirait une succession de rêves et de visions fantasmagoriques, racontés avec une sublime plume !

Louis Jacques Napoléon Bertrand, dit Aloysius Bertrand, est un poète, dramaturge et journaliste français, né en 1807 et mort en 1841. Il ne put trouver sa place dans le groupe des romantiques parisiens (Deschamps, Hugo,..) malgré son talent, car il avait trop honte de sa pauvreté, et il était trop fier. Il faut dire qu’il avait la charge de sa mère et de sa soeur, et celles-ci se montraient exigeantes voire tyranniques avec lui. Bertrand échoue plusieurs fois à faire publier son recueil de son vivant ; tombé dans la misère et atteint de la tuberculose, il finira par mourir à l’hôpital. Gaspard de la nuit finit par être publié en 1842, mais se vend pour à peine une vingtaine d’exemplaires. La reconnaissance n’arrive qu’au XXème siècle, mais Baudelaire déjà l’admire et s’en inspire beaucoup : Aloysius Bertrand est considéré comme l’inventeur du poème en prose, que Baudelaire reprend après lui (cliquez ici pour en voir un très bel exemple). Je vous avais déjà présenté Un Rêve, et le poème qui nous intéresse ici est La Ronde sous la Cloche :

Douze magiciens dansaient une ronde sous la grosse cloche de Saint-Jean. Ils évoquèrent l’orage l’un après l’autre,  et du fond de mon lit je comptai avec épouvante douze  voix qui traversèrent processionnellement les ténèbres.
Aussitôt la lune courut se cacher derrière les nuées, et une pluie mêlée d’éclairs et de tourbillons fouetta ma fenêtre, tandis que les girouettes criaient comme des grues en sentinelle sur qui crève l’averse dans les bois.
La chanterelle de mon luth, appendu à la cloison, éclata ; mon chardonneret battit de l’aile dans sa cage ; quelque esprit curieux tourna un feuillet du Roman-de-la-Rose qui  dormait sur mon pupitre.
Mais soudain gronda la foudre au haut de Saint-Jean. Les enchanteurs s’évanouirent frappés à mort, et je vis de loin leurs livres de magie brûler comme une torche dans le noir clocher. Cette effrayante lueur peignait des rouges flammes du purgatoire et de l’enfer les murailles de la gothique église, et prolongeait sur les maisons voisines l’ombre de la statue gigantesque de Saint-Jean.
Les girouettes se rouillèrent ; la lune fondit les nuées gris de perle ; la pluie ne tomba plus que goutte à goutte des bords du toit, et la brise, ouvrant ma fenêtre mal close, jeta sur mon oreiller les fleurs de mon jasmin secoué par l’orage.

Il faut savoir qu’Aloysius Bertrand a truffé son poème de symboles, et je ne dois qu’à une analyse trouvée sur Internet de les reconnaître ! Mais même sans savoir, la scène décrite est passionnante, je ne pouvais m’empêcher de m’y imaginer, et d’ailleurs tout est fait pour puisque le récit est fait à la première personne ; on nous fait entendre les bruits, et voir les mouvements des éléments tels que le vent ou le feu. Le poète évoque avec à la fois réalisme et mysticisme le cercle des douze enchanteurs, la tempête d’abord diabolique puis divine lorsqu’intervient le courroux du dieu chrétien. L’ensemble est terrifiant, tout s’enchaîne très vite sans que l’on puisse savoir s’il s’agit d’une scène réelle, ou d’un cauchemar qui déborde dans la réalité. Rien n’est laissé au hasard : tout d’abord, le nom de St-Jean : il indique que la cathédrale se trouve à Dijon, mais il faut aussi savoir que c’est l’évangéliste St-Jean qui nous a donné le récit biblique de l’Apocalypse, et dans ce récit on y trouve justement des magiciens brûlés. Les grues évoquées sont des animaux gardiens du sacré, supposés se tenir devant les portes de l’Enfer ou du Paradis pour monter la garde. Le jasmin également est considéré comme une protection contre le mal, ainsi qu’une plante protégeant le sommeil. De plus, c’est aussi une plante qui signifie l’amour ou qui permet de le déclarer en langage des fleurs ; associé avec le Roman de la Rose, un livre médiéval sur l’amour courtois, on glisse doucement vers une interprétation érotique du poème, sans que rien ne soit très clair, peut-être que le poète cherche simplement la beauté artistique. Pas besoin en revanche de vous parler du nombre 12, il est omniprésent dans la Bible au même titre que le chiffre 7. La flèche gothique du clocher est quant à elle le symbole de la lumière divine qui perce les ténèbres, et effectivement à la fin du poème, c’est la lumière qui s’impose et qui bouleverse tout.

Bref, vous comprenez maintenant pourquoi j’adore ce poème ^^ J’ai eu du mal pour lui trouver une illustration, c’est incroyable à quel point les sorciers sont peu représentés dans la peinture ; pas de problème pour les sorcières, mais les sorciers, tintin ! Je pensais montrer un sabbat, mais j’ai donc dû renoncer. En revanche, j’ai trouvé un autre tableau, celui de François Alexandre Pernot, peint en 1837 et représentant l’incendie de la cathédrale Notre-Dame de Chartres, qui avait eu lieu l’année précédente. Cette pauvre cathédrale a été incendiée plusieurs fois, notamment en 1194 où pour la reconstruire les bourgeois de la ville avaient offert de splendides vitraux représentant divers métiers médiévaux (un régal pour les historiens). Je ne vous surprendrai pas beaucoup en vous disant que ça m’a beaucoup fait penser à l’incendie de Notre-Dame. Bien sûr, l’église ne brûle pas dans le poème, mais l’éclat du feu me rappelle ces scènes d’incendie. Qui sait, peut-être que des sorciers en herbe étaient en train de jeter un sort quand le feu s’est déclaré ? En tout cas, j’aime beaucoup ce tableau, la lueur impitoyable des flammes et l’éclat de la lune contrastent magnifiquement dans le ciel, comme un affrontement céleste. La Terre rougeoie, comme si l’espace d’un instant l’Enfer y avait ouvert ses portes.