Archives de Tag: gâteaux

Un peu de poésie pâtissière : La romance de la tarte aux pommes

Par défaut

Bien le samedi bande de poésies, nouveau bonjour et nouveau gens ! J’espère que vous allez bien ^^ Ca faisait longtemps, je ne propose plus beaucoup de poésies en ce moment, j’ai moins de temps pour les chercher et mes envies changent au bout d’un moment ; mais ça n’empêche que de temps en temps, j’ai envie de jolis vers et de mots qui chantent ❤ Et comme c’est plus beau quand c’est le hasard qui s’en charge, je vous propose une poésie trouvée à la volée et lue du coin de l’oeil dans un recueil qui passait dans mes mains au boulot ! C’était le classique, 365 poésies de plein d’auteurs différents. Et en feuilletant vite fait, j’ai découvert ce petit poème tout mignon : « La romance de la tarte aux pommes » de Pierre Gamarra. 

Pierre Gamarra est né en 1919 et mort en 2009, c’était un romancier, un dramaturge, un poète et un critique français. On le connaît surtout pour ses oeuvres destinées aux enfants, mais aussi pour l’importance qu’a eu pour lui et son travail la région de Toulouse et du Sud-Ouest en général. Il a écrit beaucoup de fables, de comptines et de jeux de mots mnémotechniques, sans oublier les romans et les contes. Son oeuvre est très riche et généralement décrite comme vivante et colorée ; la joie de vivre y est omniprésente, même si parfois la douleur refait surface. Moi je le découvre aujourd’hui, mais il semble que son poème « Mon cartable » est très souvent appris aux enfants ; et effectivement, il est très mignon, j’ai failli changer pour celui-ci 😀 Mais la gourmandise l’a emporté et je suis restée sur « La romance de la tarte aux pommes », tirée du recueil La Tarte aux pommes de 1977 ❤ 

Fleur de farine et pommes douces,
il va neiger,
je pense aux arbres pleins de mousse
au vieux berger.
Graisse légère et sucre blanc,
des étincelles
sautent du feu rouge et tremblant
comme des lèvres de demoiselle.
La neige va couvrir ce soir
les fronts des hommes,
on entend pleurer dans le noir
la tarte aux pommes.
Elle se dore au fond du four
gonflé d’arômes.
Je pense à l’hiver, au ciel lourd
et je pense à la tarte aux pommes.

Capture d’écran 2021-06-29 à 22.15.14

J’adore l’atmosphère de ce poème. On a l’impression d’être bien au chaud, protégé du froid hivernal, et on sent presque l’odeur des pommes en train de cuire avec la cannelle (oui, la cannelle n’est pas dans le poème mais ma Maman met de la cannelle et la tarte aux pommes de ma Maman c’est la meilleure, point final). Il y a un vrai jeu entre le chaud et le froid sans que les termes soient directement utilisés, mais on peut très facilement distinguer :  dehors, avec les arbres, les lèvres qui tremblent, le berger, la neige, l’hiver ; et dedans avec le feu, tous les arômes, le goût, l’impatience et même les bruits de la cuisson. Et honnêtement. Sincèrement. Est-ce que c’est pas la définition du bonheur, regarder la neige tomber et sentir l’odeur de la tarte dans le four, anticiper le plaisir de la dégustation sous un bon plaid ? ❤ On a même déjà cette petite touche de sensualité avec les lèvres de la demoiselle ; un peu d’amertume aussi, pour le froid et le ciel lourd, mais heureusement, la neige ressemble au sucre et on finit sur une note gourmande ^^

51z-jqyl

Pas de tableau ou de dessin pour accompagner ce poème, mais à la place une histoire qui a bercé mon enfance et peut-être aussi la vôtre : Les Trente-six chats de Marie Tatin, de  Sylvie Chausse et François Crozat. L’histoire est assez connue : Marie Tatin vit seule dans une petite maison tirée à quatre épingles, mais elle se sent seule dans son logis tout vide. Elle se rend alors chez une voyante qui l’aide à attirer 36 chats, ni plus ni moins ! Très vite, la maison est sans dessus dessous, mais Marie Tatin est aux anges ; il faut nourrir tout ce petit monde, alors elle décide de préparer une grande tarte aux pommes. Mais dans la précipitation, elle se trompe et met la pâte par-dessus les pommes ! Et voilà comment est née la tarte tatin ^^ Encore aujourd’hui j’adore ce conte, les illustrations sont superbes et pleines de couleurs. Entre les chats qui jouent et la tarte qui a l’air à tomber par terre, c’est un pur régal. Et surtout, l’histoire est géniale ❤ Quoi de mieux pour compléter le poème de Gamarra que le ronronnement d’un chat sur les genoux ? 😉

Est-ce que le poème vous plaît ? Connaissiez-vous déjà l’auteur ou l’histoire de Marie Tatin ? N’hésitez pas à me dire tout ça en commentaire, et aussi si vous aimeriez que je reprenne plus souvent les articles de poésie : je me suis aperçue que je suis plus régulière si on me pousse au cul X’D Je vous fais beaucoup de bises et je vous souhaite plein de tartes aux pommes ❤

Un peu de poésie gourmande : Chez Gaston, le nôtre

Par défaut

Salutations bande de petits êtres sucrés, on se retrouve pour une nouvelle poésie, et je suis prête à parier qu’elle plaira à beaucoup de monde, mention spéciale aux grands enfants et aux p’tits gamins, et à tous ceux qui ont le palais sucré de manière générale 😛 Je dédie l’article à ma frangine Charlotte, amatrice de niveau universel de sucreries et autres bonbons en tout genre, ne cherchez pas à la défier vous allez perdre ! Je n’ai pas beaucoup de renseignements sur l’auteur du poème d’aujourd’hui, sinon qu’il s’appelle William Braumann, et qu’il est encore vivant ! Je trouve ça important de le préciser, on accorde tellement d’importance à la poésie des anciens qu’on en oublie celle de maintenant, ou qu’on la jette direct aux oubliettes parce que, justement, on est habitués à la poésie des anciens… ce qui est tout de même un fichu paradoxe. Sans transitions donc, je vous propose « Chez Gaston, le nôtre », un poème de 2016 juste adorable ❤ (à ne pas lire si vous avez déjà faim).

Ce que j’ai envie de dire
Tient en quelques mots enrobés de chocolat menthe,
Dans la vitrine sucre glace de la boulangerie d’en face
Où très souvent je me délasse,
Dans un jacuzzi d’îles flottantes
Et de millefeuilles au café

Dans son grand four
Gaston, le pâtissier
En prépare des petits,
Que l’on mange en une seule bouchée
Et ses mignardises bourgeonnantes et costumées,
Fondent sur le palais des rois et des reines
Comme sur ceux des énergumènes

Notre homme, aussi doué que Le Nôtre,
Mais c’est le notre,
Fait valser la chantilly en chantant la traviata
Tandis que sa dame aux camélias,
Accueille ceux qui ont un petit creux sous les côtes

Les croissants, confiseries
Éclats d’amandes, meringues et fruits confits
Dansent car, confidence,
Pendant leurs vacances
Ils ont un peu trempés dans l’alcool
D’un ciel d’étoiles Espagnol

Je plains les vaches dans leurs enclos
Condamner à regarder passer les Paris-Brest,
Que leur vie semble indigeste
À les voir filer sans cesse, j’en deviendrais marteau

Madame, s’il vous plait, je voudrais ce gâteau !
– Ce sera tout ? Me répond-elle,
Sa question est bien embarrassante,
Je tire nerveusement sur mes bretelles

J’ai peu d’argent sur moi,
J’achèterai bien toute la boutique
Me fera t’elle crédit, ou pas ?

Osez me dire que vous n’avez pas souri à la lecture de ces lignes, ou que votre estomac n’a pas gargouillé. Le mien si, surtout que c’est bientôt l’heure de manger, et que j’ai découvert le poème en cours, alors que nous étions encore enfermés pour une heure… argh ! J’ai eu le coup de foudre pour ce poème dès les deux premières lignes, les images et les métaphores se succédaient et j’en fondais de plaisir 😛 Combien de fois je n’ai pas bavé devant la vitrine d’une pâtisserie, autant vous dire qu’il n’y faut pas 3 secondes pour s’identifier avec le narrateur et vouloir dévaliser la boutique. Je me représente tellement bien les lacs de chocolat fondu, et les gâteaux de toutes les formes possibles, avec le pâtissier bon vivant et bonne panse, et la boulangère aux bonnes joues 😀 Un rien cliché, mais à celui-là on peut pardonner. Et le coup de tirer sur ses bretelles m’a bien fait rire en plus de tout ça, c’est trop mignon comme geste ^^ On a l’impression que le poète vous chuchote un secret, comme pour vous confier une bonne adresse dont la connaissance se mérite à la finesse du palais et à la capacité de l’estomac.

Je pourrais vous montrer toutes les images de gâteaux du monde pour illustrer ce poème, jusqu’à ce que vos yeux en aient le diabète, mais ça a fait shboum là dedans, et je veux absolument vous partager un p’tit souvenir d’enfance. Si j’ai dédié cet article à ma grande soeur, ce n’est pas uniquement pour le poème, c’est aussi parce qu’elle me chantait très souvent une comptine qui s’appelle « Il était une Dame Tartine ». Vous connaissez ? ^^ Elle l’adorait parce que ça ne parle que de bonnes choses sucrées, et que la princesse de la comptine s’appelle aussi Charlotte ; autant vous dire qu’on aurait cru que la chanson avait été écrite pour elle ! Du coup, c’est devenu ma chanson d’enfant préférée à moi aussi, et je ne résiste pas à l’envie de vous la partager. Parents en mal d’inspiration, je pense fort à vous, à chanter sur un ton guilleret et pas trop lent s’il vous plaît 😉

Il était un’ dame Tartine
Dans un beau palais de beurr’ frais
La muraille était de farine
Le parquet était de croquets ;
La chambre à coucher
De crème de lait,
Le lit de biscuits,
Les rideaux d’anis.

Quand elle s’en allait à la ville
Elle avait un petit bonnet
Les rubans étaient de pastilles
Et le fond de bon raisiné;
Sa petit’ carriole
Était d’croquignoles,
Ses petits chevaux
Étaient d’pâtés chauds

Elle épousa monsieur Gimblette
Coiffé d’un beau fromage blanc
Son chapeau était de galette
Son habit était d’vol-au-vent
Culotte en nougat
Gilet d’chocolat,
Bas de caramel
Et souliers de miel.

Leur fille, la belle Charlotte
Avait un nez de massepain,
De très belles dents de compote,
Des oreilles de craquelin
Je la vois garnir
Sa rob’ de plaisirs
Avec un rouleau
De pâte d’abricots

Le joli prince Limonade
Bien frisé, vient faire sa cour
Ses longs cheveux de marmelade
Ornés de pomm’ cuites au four
Son royal bandeau
De petits gâteaux
Et de raisins secs
Portait au respect.

On frémit en voyant sa garde
De câpres et de cornichons
Armés de fusils de moutarde
Et de sabr’s en pelur’s d’oignons
Sur l’trône de brioche,
Charlott’ vient s’asseoir ;
Les bonbons d’ses poches
Sortent jusqu’au soir

Voici que la fée Carabosse
Jalouse et de mauvaise humeur
Renversa d’un coup de sa bosse
Le palais sucré du bonheur
Pour le rebâtir
Donnez à loisir,
Donnez, bons parents
Du sucre aux enfants !