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Un peu de poésie rageuse : Pilori

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Bien le samedi bande de poésies, nouveau bonjour et nouveaux gens ! J’espère que vous allez bien ^^ On découvre aujourd’hui une nouvelle poétesse, découverte complètement par hasard et adorée dès la première lecture 🙂 Je vous présente Renée Vivien, femme de lettres britannique de langue française, née en 1877 et morte en 1909. Son vrai nom était Pauline Mary Tarn. Aujourd’hui encore, elle est considérée comme une des grandes icônes du génie féminin et il existe même un prix littéraire à son nom ! Son style s’inspire de plusieurs mouvements littéraires, mais pas uniquement. Elle a beaucoup voyagé, notamment au Japon, à Constantinople ou en Grèce sur l’île de Lesbos.

Cette dernière destination n’est pas anecdotique, car l’autre aspect de la vie de Renée qui l’a rendu célèbre, c’est le fait qu’elle soit lesbienne. Sa célébrité, son grand talent et ses relations amoureuses lui ont même valu le surnom de Sapho 1900, du nom de la poétesse la plus connue de la Grèce antique (lesbienne également). Malheureusement, pas besoin de vous faire un dessin sur la façon dont on considérait l’homosexualité à cette époque… En 1908, deux femmes avec qui elle entretenait des liens très forts la quittent successivement. Minée par ces pertes, Renée sombre dans l’alcool et la drogue. Sa vision très romantique de la mort la conduit à une tentative de suicide ; si ce fut un échec, elle décède néanmoins peu après, car elle était de plus en plus malade et fragile psychologiquement.

Malgré une vie tumultueuse, Renée était une femme brillante et très productive : elle nous a laissé de très nombreuses oeuvres qui sont encore étudiées aujourd’hui ! J’ai très envie d’en découvrir plus sur elle, surtout depuis que je sais qu’en 2018, un recueil de ses contes gothiques a été traduit en français :3 De plus, en 2020, un recueil de sa correspondance avec son ami Jean-Charles Brun a été publié, éclairant sa vie sous un nouveau jour.
Le poème que je vous propose aujourd’hui s’intitule « Pilori » et fait partie du recueil intitulé A l’heure des mains jointes. Si vous voulez en lire plus, n’hésitez pas à suivre ce lien wikisource, ils ont énormément de ses écrits à disposition ❤

Pendant longtemps, je fus clouée au pilori,
Et des femmes, voyant que je souffrais, ont ri.

Puis, des hommes ont pris dans leurs mains une boue
Qui vint éclabousser mes tempes et ma joue.

Les pleurs montaient en moi, houleux comme des flots,
Mais mon orgueil me fit refouler mes sanglots.

Je les voyais ainsi, comme à travers un songe
Affreux et dont l’horreur s’irrite et se prolonge.

La place était publique et tous étaient venus,
Et les femmes jetaient des rires ingénus.

Ils se lançaient des fruits avec des chansons folles,
Et le vent m’apportait le bruit de leurs paroles.

J’ai senti la colère et l’horreur m’envahir.
Silencieusement, j’appris à les haïr.

Les insultes cinglaient, comme des fouets d’ortie.
Lorsqu’ils m’ont détachée enfin, je suis partie.

Je suis partie au gré des vents. Et depuis lors
Mon visage est pareil à la face des morts.

Le poème est très court, avec des rimes embrassées et une succession de distiques, mais il est incroyablement puissant et évocateur. Sa violence est ce qui nous marque avant tout. On s’imagine sans peine la scène et surtout la rancoeur qui traverse la narratrice. L’oeuvre de Renée Vivien a une certaine portée autobiographique, donc on peut supposer sans trop de risques que le poème fait référence à son homosexualité et à la façon dont elle est perçue par la société. Elle semble aux prises avec une véritable tempête, entre ses sentiments qui l’étouffent, le pilori auquel elle est clouée, et le bruit que font les gens autour d’elle. Moqueries, humiliations, insultes auxquelles la poétesse répond par une colère muette mais grandissante. Et comment ne pas la comprendre ? Elle n’est coupable que d’être elle-même. Mais c’est aussi un cercle vicieux, car le mépris ne fait qu’engendrer la haine. Quand enfin elle n’est plus dans l’oeil du cyclone, elle est morte à l’intérieur.

Pour aller avec le poème, j’ai beaucoup hésité ! Au début, je pensais au roman La Lettre Ecarlate de Nathaniel Hawthorne. Même si quand je l’avais lu je l’avais trouvé un peu barbant, il m’avait quand même beaucoup marquée ; et surtout, l’humiliation publique est un thème central car l’héroïne a eu un enfant hors mariage. Cette liaison adultère lui vaut d’avoir une lettre rouge brodée sur elle en permanence pour marquer son « crime ». Ce n’est toutefois pas elle qui subira le pilori, mais ça ce sera à vous de la découvrir ^^

Mais finalement, ce poème me fait énormément penser aux chansons du groupe de métal gothique Blackbriar, que j’aime beaucoup ! La chanteuse, Zora Cock, a une voix magnifique en plus d’être très belle, elle arrive à monter dans les aigus avec une facilité qui me fascine à chaque fois ^^ Ma préférée est sans hésiter Until Eternity, mais ici, je trouve que le poème fait particulièrement écho à deux autres chansons :
– d’une part Snow White and Rose Red pour le côté amour interdit (potentiellement relation lesbienne) et jugement ignorant de la société. Le titre de celle-ci vient d’ailleurs d’un conte de Grimm, à ne pas confondre avec l’autre Blanche-Neige !
– et d’autre part I’d Rather Burn pour la fin du poème, pleine de colère. Si l’idée de la mort est présente, la chanson annonce la promesse d’une vengeance qui n’est pas pour me déplaire 😛
Les paroles des deux chansons sont plutôt répétitives, mais on n’en apprécie que plus la mélodie :3

J’espère que vous avez aimé le poème et les chansons ! Vous font-ils penser à autre chose ? Avez-vous envie d’en savoir plus ? N’hésitez pas à partager vos découvertes et à me donner votre avis en commentaire ❤

Umbrella Academy

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Bien le bonjour bande de gens, j’espère que vous allez bien ! Eh ben hier soir, j’ai fait une conférence ! C’était sur les femmes et le steampunk ^^ C’est assez énorme pour moi, et bizarre aussi, mais ça s’est très bien passé et tout le monde a apprécié, pourtant j’avais très peur que ce soit confus 😀 Et j’ai appris plein de trucs avec les discussions après ❤

Nouveau post, et pour une fois je vous cause d’une série ^^ Je l’avais repérée depuis un moment sur Netflix, mon frère m’a fait regarder les premiers épisodes, et j’ai dévoré tout le reste des deux saisons avec mon copain 😀 Umbrella Academy est une série de Steve Blackman, réalisée pour Netflix en 2019. Il s’agit d’une adaptation de la série de BD du même nom écrite par Gerard Way et dessinée par Gabriel Bá en 2007. La série compte à ce jour trois volumes, et un quatrième a été annoncé ; chaque volume correspond à une saison de l’adaptation Netflix.

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L’annulaire

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Bien le bonjour bande de gens, j’espère que vous allez bien ^^ Mon père est un grand fan de musique, surtout blues, jazz et rock, et il m’a fait découvrir cette petite pépite que j’écoute en boucle actuellement 😀 Si vous connaissez d’autres musiques dans le même style, je suis preneuse ^^

Nouvelle chronique littéraire ! J’interromps la longue litanie de romans steampunk cette semaine pour un roman très court, moins d’une petite centaine de pages. J’ai dû le lire pour un cours sur les collectionneurs, et le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il est très particulier. Il s’agit de L’Annulaire de Yoko Ogawa, publié en 1994 et adapté en film en 2005. Je n’ai pas vu le film donc je vous parlerai surtout du livre, mais si vous avez de quoi compléter la chronique, n’hésitez pas 🙂

Résumé : Dans un ancien foyer de jeunes filles transformé en laboratoire, M. Deshimaru, taxidermiste du souvenir, prépare et surveille des « spécimens », tandis que la narratrice de ce récit, assistante et réceptionniste, accueille les clients venus confier au mystérieux spécialiste d’insolites bribes de leur histoire: des ossements d’oiseau, quelques champignons microscopiques, une mélodie, une cicatrice…
Amputée d’une infime partie d’elle-même depuis un accident du travail, la jeune assistante tombe peu à peu sous le charme du maître de ce lieu de mémoire malsain et fascinant.

Mon avis : 

La couverture est assez intrigante, et j’avoue qu’elle ne m’inspire pas beaucoup ^^’ En fait, je sais d’emblée que si je n’avais eu connaissance que du film, dont est tirée la couverture, je n’aurais pas eu envie de le regarder. Trop particulier, pas mon genre. Le roman est déjà assez complexe en terme de psychologie, et on se perd en conjectures à essayer de comprendre qui est cette femme, et ce qu’elle représente.

Je ne lis pas beaucoup de romans japonais en temps normal, moins par désintérêt (au contraire) que par manque d’occasions ; ceci dit, j’ai bon espoir de combler ça avec l’ouverture de la boutique en ligne d’une librairie que j’aime beaucoup et que je vous conseille, Le Renard Doré 😉 Mais revenons à nos moutons. La plume de Yoko Ogawa est plutôt douce, et ça contraste de manière très particulière avec l’angoisse sous-jacente du texte. L’histoire est prenante car très particulière, je vous mets sincèrement au défi d’en trouver une du même genre ! L’idée d’un musée constitué d’objets hétéroclites, uniques car porteurs de sentiments et de souvenirs propres à une seule personne, me plaisait beaucoup. Le principe est intéressant, surtout du point de vue d’une littéraire qui adore connaître de nouvelles histoires et anecdotes ; après, nous sommes servis en matières d’histoires hétéroclites, mais ce n’est pas non plus de la manière dont on aurait pu se le figurer à première vue. Le but du musée est de supprimer et d’enfermer les sentiments douloureux des propriétaires de ces objets, qui ne reviennent plus jamais les voir après en avoir fait des « spécimens » : ce peut être n’importe quoi, un oiseau mort, l’air d’une chanson,…

En fait, l’ambiance générale du livre est glauque, je n’ai pas d’autres mots. Elle fascine mais en même temps elle est assez malaisante. Que les gens soient assez renfermés en dehors du moment où il doivent livrer l’histoire de l’objet, ça ce n’est rien, c’est même assez normal, et on se transforme en confident muet l’espace d’un instant. Même le fait que des parties de corps, comme le suggère le titre, peuvent devenir des spécimens, ça ne me perturbe pas des masses, c’est même un prolongement logique selon moi. Non, le truc le plus perturbant, ça va être la relation entre l’héroïne, qui devient la secrétaire du musée, et le conservateur, Deshimaru. On ne connait pas le nom de cette nouvelle assistante, mais c’est elle qu’on va suivre pendant tout le long de l’histoire, en découvrant son histoire et sa vie au musée. Et elle va très rapidement devenir le jouet de son patron dans une relation fétichiste et surtout malsaine et dominatrice ; jusqu’à devenir sa chose et ne plus pouvoir s’éloigner de lui. Et tout ça transparaît au travers de scènes qui sont pesantes émotionnellement, et affreusement calmes. Le personnage de Deshimaru est réellement angoissant, mais le fait que l’héroïne ait l’air aussi calme et placide ajoute encore au malaise.

La fin est ouverte, mais je pense qu’on devine assez bien ce qui s’y passe. Le livre est très court mais représente quand même une grosse claque, et il faut un petit moment pour tout assimiler une fois qu’on l’a refermé. Aussi bizarre que ça puisse paraître, je ne déconseille pas la lecture du livre ; juste il vaudrait mieux que ce soit pour un public averti et pas trop sensible. Mais en dehors de ça, ben c’est un livre particulier qui peut valoir le coup d’oeil, juste pour découvrir. Pour ce qui est du film, je n’en ai aucune idée, mais j’ai cru comprendre qu’ils avaient beaucoup insisté sur la partie érotique, alors que ça ne me semblait pas très prégnant dans le livre. Bref ! Dur de faire un bilan, vous l’aurez compris ^^’

Un peu de lied maléfique : Le Roi des Aulnes

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Bien le bonjour bande de gens, j’espère que vous allez bien ^^ Nouveau samedi et nouvelle poésie, je suis allée chercher dans mon enfance, enfin plutôt mon adolescence, pour vous trouver un nouveau poème. Au collège, on a tous eu des cours de musique, où j’ai notamment eu le bonheur (relatif) de faire la flûte à bec ; mais on avait une super prof, qui nous faisait découvrir des musiques assez cool (essayez L’agriculteur de Ridan, encore aujourd’hui c’est un coup de coeur et un super moyen de me détendre), notamment Le Roi des Aulnes.

Goethe, Goethe, Goethe, tout le monde le cite mais personne n’est foutu de savoir ce qu’il a fait exactement mais grâce à moi vous pourrez briller dans la société, et ne pas passer pour un monstrueux inculte aux yeux des Allemands, remerciez-moi bande de petits kartoffel (c’est le seul mot que je connais, ça et scheisse). Johann Wolfgang von Goethe est né en 1749 et mort en 1832, il fut romancier, poète, dramaturge, théoricien de l’art et homme d’Etat. Parmi ses passions, on trouve aussi la botanique, la zoologie, la géologie et l’optique ; il a même proposé une théorie sur la lumière, et on lui doit la découverte d’un os de la mâchoire. Un bonhomme très actif donc ! Son roman Les Souffrances du jeune Werther le rend célèbre dans toute l’Europe, et sa tragédie Faust en fait une égérie de la culture allemande, et pour certains un annonciateur de la suprématie nationale allemande. Ah, et je vous avais dit qu’il était franc-maçon ? Napoléon était aussi un de ses grands admirateurs, il l’a même décoré de la Légion d’Honneur. Bref, je ne vais pas tout épiloguer non plus, sachez seulement enfin que les poèmes de Goethe ont connu un très grand succès auprès des compositeurs romantiques qui les ont surtout adaptés en lied : ce sont des poèmes germaniques mis en musique et chantés à une seule voix. Le poème dont je veux vous parler est Le Roi des Aulnes, écrit en 1782 ; comme je ne lis pas l’allemand et probablement une bonne partie d’entre vous non plus, je vous propose une traduction de Charles Nodier (un romancier français et une des égéries du mouvement romantique), et une version mise en musique par Schubert, jouée par Gerald Moore et chanté (avec beaucoup de brio) en langue originale par le baryton Dietrich Fischer-Dieskau :3

Quel est ce chevalier qui file si tard dans la nuit et le vent ?
C’est le père avec son enfant ;
Il serre le petit garçon dans son bras,
Il le serre bien, il lui tient chaud.

« Mon fils, pourquoi caches-tu avec tant d’effroi ton visage ?
— Père, ne vois-tu pas le Roi des Aulnes ?
Le Roi des Aulnes avec sa traîne et sa couronne ?
— Mon fils, c’est un banc de brouillard.

— Cher enfant, viens, pars avec moi !
Je jouerai à de très beaux jeux avec toi,
Il y a de nombreuses fleurs de toutes les couleurs sur le rivage,
Et ma mère possède de nombreux habits d’or.

— Mon père, mon père, et n’entends-tu pas,
Ce que le Roi des Aulnes me promet à voix basse ?
— Sois calme, reste calme, mon enfant !
C’est le vent qui murmure dans les feuilles mortes.

— Veux-tu, gentil garçon, venir avec moi ?
Mes filles s’occuperont bien de toi
Mes filles mèneront la ronde toute la nuit,
Elles te berceront de leurs chants et de leurs danses.

— Mon père, mon père, et ne vois-tu pas là-bas
Les filles du Roi des Aulnes dans ce lieu sombre ?
— Mon fils, mon fils, je vois bien :
Ce sont les vieux saules qui paraissent si gris.

— Je t’aime, ton joli visage me charme,
Et si tu ne veux pas, j’utiliserai la force.
— Mon père, mon père, maintenant il m’empoigne !
Le Roi des Aulnes m’a fait mal ! »

Le père frissonne d’horreur, il galope à vive allure,
Il tient dans ses bras l’enfant gémissant,
Il arrive à grand-peine à son port ;
Dans ses bras l’enfant était mort.

 

J’adore ce poème, ou plutôt, j’adore l’adaptation en lied qui a été faite. La musique de Schubert est splendide, l’histoire racontée par Goethe est fascinante et la voix de Fischer-Dieskau est magistrale. Il y a plusieurs interprétations possibles du poème ; on peut voir que l’enfant seul voir le Roi des Aulnes, et le père trouve à chaque fois une explication rationnelle. La fin du poème est donc riche de sous-entendus selon la façon dont on l’interprète : ce peut être un viol que l’enfant tente de dénoncer, ou bien en réalité l’enfant n’est pas mort, son enfance seule l’est et il est passé à l’âge adulte. Dans cette dernière interprétation, le père est en réalité la nature masculine et adulte du garçon qui vient l’arracher à ses chimères ; le Roi des Aulnes pourrait représenter les premiers signes de la puberté qui angoisse l’enfant et le plonge dans le doute et les ténèbres ; autre possibilité alors, il s’agit bien de son père qui essaie de préserver l’innocence de son enfant, en vain. En tout cas, ce poème donne des frissons, et le lied encore plus, la progression est implacable et la conclusion impitoyable, je suis sous le charme ❤

Pour illustrer ce poème, je vous propose un tableau de Julius Von Klever, Der Elkönig (le Roi des Aulnes en allemand), réalisé en 1887. Celui-là aussi j’en suis tombée amoureuse ^^ Je le trouve magnifique, il a la même lumière que le tableau de L’Abbaye dans une forêt de chênes, une lumière presque sépulcrale, ocre et pourtant froide. Tout est splendide dans ce tableau, la trainée de brume si vivante et fantomatique, les arbres qui semblent s’incline vers le cheval pour l’entraver dans sa course, le coucher de soleil inexorable et qui n’est que le prélude de la nuit et la mort à venir, c’est sublime ❤ Et ça me donne bien envie de dessiner moi aussi le Roi des Aulnes, ça va être un défi mais ça me botte ^^

Un peu de poésie douce-amère : Vous m’avez dit, tel soir…

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Et on se retrouve pour une nouvelle poésie en ce nouveau samedi ! Il ne me reste plus qu’un poème dans ma boîte à malices, c’est la catastrophe et il va falloir que je reparte à la chasse aux jolis mots. C’est étonnant de voir à quel point la poésie cartonne à l’étranger, comme quoi les Français aiment moins leur propre langue que ceux qui ne la parlent pas, c’est triste.

Émile Adolphe Gustave Verhaeren est né en 1855 et mort en 1916, c’était un poète belge flamand, d’expression française. Il est issu d’une famille aisée, et alors qu’il est au lycée, il fait connaissance avec les écrivains de la revue d’art La Jeune Belgique ; il se met alors à écrire des articles et des critiques pour cette revue et pour d’autres. En 1883, il publia son premier recueil de poèmes réalistes-naturalistes, Les Flamandes, consacré à son pays natal. Accueilli avec enthousiasme par l’avant-garde, l’ouvrage fit scandale au pays natal à tel point que les parents d’Emile ont tenté de racheter les copies pour les détruire… un scandale en fait voulu par le poète qui voulait faire plus de ventes ! Dans les années 1890, Verhaeren s’intéressa aux questions sociales et aux théories socialistes et travailla à rendre dans ses poèmes l’atmosphère de la grande ville et son opposé, la vie à la campagne. Son œuvre fut traduite et commentée dans le monde entier. Quand la Belgique est occupée lors de la Première Guerre Mondiale, il se réfugie en Angleterre, mais sa foi en un avenir meilleur se teinta pendant le conflit d’une résignation croissante. Il n’en publia pas moins dans des revues de propagande anti-allemandes et tenta dans ses conférences de renforcer l’amitié entre la France, la Belgique et le Royaume-Uni. Le pauvre homme meurt en revenant d’une conférence : pressé par la foule sur les quais de la gare, il tombe sur les rails au moment où un train passait. Je n’ose pas imaginer quelle terreur il a dû ressentir… Je propose de lui rendre hommage avec ce poème, extrait de son recueil Les Heures d’après-midi publié en 1905 : « Vous m’avez dit, tel soir… »

Vous m’avez dit, tel soir, des paroles si belles
Que sans doute les fleurs, qui se penchaient vers nous,
Soudain nous ont aimés et que l’une d’entre elles,
Pour nous toucher tous deux, tomba sur nos genoux.

Vous me parliez des temps prochains où nos années,
Comme des fruits trop mûrs, se laisseraient cueillir ;
Comment éclaterait le glas des destinées,
Comment on s’aimerait, en se sentant vieillir.

Votre voix m’enlaçait comme une chère étreinte,
Et votre cœur brûlait si tranquillement beau
Qu’en ce moment, j’aurais pu voir s’ouvrir sans crainte
Les tortueux chemins qui vont vers le tombeau.

Un tout petit poème qui raconte de jolis choses, à peine trois strophes pour exprimer un sentiment vieux comme le monde et universel, mais qui en ce moment n’existe que pour deux personnes dans tout l’univers. Un tout petit souvenir comme tout le monde en a. J’adore vraiment ce poème, j’aime ses sonorités et ses émotions. Je suis peut-être un peu sensible en ce moment ceci dit, je regarde un épisode spécial Noël de Doctor Who, « Le fantôme des Noëls passés » qui est un pur bonheur à mater, et je pense très fort à mon copain qui doit arriver dans quelques jours ^^’ J’avoue que j’ai le combo parfait pour… pour quoi au juste ? Ce n’est pas vraiment de la déprime, peut-être une sorte d’attendrissement ? Et je me demande bien pourquoi il faut absolument que tous les poèmes d’amour soient tristes, c’est vraiment pas juste. Ce poème est au passé, pas au présent, et il se ferme sur un tombeau. Et en même temps, ce souvenir a l’air si puissant et si vivant qu’on pourrait croire que c’est un présent éternel, comme si on ne pouvait s’empêcher de le revivre en boucle pour le revivre.

La difficulté des poèmes d’amour, c’est que c’est le sentiment le plus merveilleux et le plus éculé à la fois de l’univers. Donc tout plein de tableaux. Et… ben les tableaux d’amour c’est très joli, mais je préfèrerai vous en présenter une sélection, plutôt qu’un seul à chaque fois ; si je faisais à chaque fois un poème d’amour et un tableau correspondant, est-ce que ça ne deviendrait pas lassant ? Alors à la place je vous propose une musique qui m’a beaucoup marquée et que je réécoute de temps en temps en boucle tellement je l’adore 😛 Vous la connaissez peut-être, en fait c’est une rédit d’une chanson du rappeur Nelly, faite par Sam Tsui et Christina Grimmie : je la préfère parce que j’ai pas vraiment d’affinité avec le rap et je préfère de loin leur façon de chante en général ; et leur version me plaît beaucoup plus parce que ce n’est pas le monologue de quelqu’un qui a perdu sa bien-aimée, c’est un dialogue entre deux amoureux qui se regrettent et se cherchent, et les paroles sont tellement magnifiques. Elles me tirent des larmes à chaque fois :’) Alors ? Vous connaissiez déjà Just a Dream ? ❤