Premières lignes… #226

Par défaut

Nouveau dimanche, nouvelle découverte ! Je continue le rendez-vous que j’ai trouvé chez Book & share, et inauguré par le blog Ma Lecturothèque 🙂 Le principe de ce post est de prendre un livre chaque semaine pour vous en citer les premières lignes.

Ce matin du 6 janvier, Jean-Hugues de Molenne devait faire cours aux 5e6. On avait donné au jeune professeur de français, tout récemment arrivé aux Gatre-Cents, la plus mauvaise classe de l’établissement.
« Un genre de bizutage », pensa Jean-Hugues en sortant ses affaires de son cartable. Son manuel, Le français en 5e : textes et méthodes, lui parut peser trois tonnes.
Il parcourut des yeux la salle de classe encore vide et lâcha un soupir d’angoisse. Si seulement Samir pouvait être malade !
Un rire dévastateur venu du fond du couloir le fit sursauter. Ca, c’était Mamadou, toujours hilare, gueulard, hâbleur. Pénible ! Pénible ! Jean-Hugues plongea un instant son visage entre ses mains. Mais il se ressaisit aussitôt. Aïcha et Nouria, les inséparables, venaient d’entre.
– Bonne année, m’sieur ! gloussèrent-elles.
Allons, les filles de 5e6 n’étaient pas irrécupérables… Jean-Hugues leur rendit leurs voeux sur un ton compassé. Ses collègues, plus expérimentés, l’avaient prévenu : « Ne jouez pas au copain avec vos élèves ou vous vous faites bouffer ! »
– Vous avez une belle veste, m’sieur, le complimenta effrontément Nouria. C’est le Père Noël qui l’a apportée ?
Jean-Hugues rougit malgré lui. C’était un cadeau de sa maman. Les 5e6 le prenaient toujours par surprise.

Les autres élèves arrivaient par deux, par trois, s’interpellant, se bousculant. Enfin, Samir entra. Jean-Hugues baissa les yeux, sortit un stylo de sa trousse, ouvrit le cahier d’appel, souffla lentement en comptant, un, deux, trois…
– S’il vous plaît, Samir, asseyez-vous, dit-il à tout hasard et sans même relever les yeux.
Samir mettait généralement une dizaine de minutes à se choisir une place. A l’en croire, Farida puait le couscous, Stéphane puait des baskets, Zeinul le nul, c’était pas la peine de copier dessus et Mamadou la choure pouvait te tirer ton slip sans que tu t’en aperçoives.
– Hé vas-y ! protesta Samir en s’asseyant précipitamment sur Farida. Chui z’assis depuis dix minutes m’sieur. Même que ma chaise, elle pue le couscous.
Tout le monde rigola, sauf Farida qui se mit à taper sur Samir en le traitant de tous les noms.
– M’sieur, y a ma chaise qui parle ! hurla Samir en se relevant, l’air horrifié. C’est la révolte des chaises, m’sieur.
Jean-Hugues compta mentalement jusqu’à dix pour se refroidir.
– Samir, si vous commencez aussi fort, vous allez prendre la porte avant que j’aie fait l’appel, dit-il, la voix monocorde.
Crier ne servait à rien avec Samir. Menacer non plus, d’ailleurs.
– Y a plus de porte, m’sieur, répondit Samir, toujours épouvanté. Sur la tête du couscous à Farida ! C’est la révolte des portes, m’sieur !
Tout le monde rigola, même Farida.
– Taisez-vous ! Asseyez-vous, Samir ! Sortez vos livres, je fais l’appel, dit Jean-Hugues avec la précipitation qu’on met à éteindre un début d’incendie. Badach !
– Présent, répondit sagement Majid, qui avait un peu pitié du jeune prof.
L’appel se poursuivit sans nouvel incident.

Publicité

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s