Asylum

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Bien le bonjour bande de gens, j’espère que vous allez bien ^^ Depuis que j’écris sur Wattpad, j’y lis aussi beaucoup d’histoires : d’abord parce que c’est le seul moyen de faire connaître son propre travail de façon efficace (et c’est un gouffre à temps) ; mais de plus en plus parce que je découvre de supers textes et des auteurs avec qui c’est un vrai plaisir d’échanger ❤ Je vous en parlerais bientôt 🙂

Nouvelle chronique littéraire ! Ca faisait un bon moment que ce roman me faisait de l’oeil, j’avais si hâte de le découvrir :3 Faut dire que les thèmes, le résumé et la couverture avaient tout pour me plaire. Et soudain je le découvre dans une librairie sans même le chercher, perché et mal aimé sur la plus haute étagère du plus indifférent libraire. Un achat plus tard, il est à moi 😛 Voici Asylum de Emily Autumn, chanteuse et musicienne américaine. Son style musical est au croisement de plusieurs inspirations, notamment le glam rock et un genre qu’elle appelle le « violindustrial », très inspiré de la période victorienne. Le roman reprend l’univers de ses clips, tout en s’inspirant de sa propre expérience en hôpital psychiatrique. Elle a également écrit de la poésie, bref c’est une artiste touche à tout avec un univers bien à elle 🙂 J’avoue ne pas être particulièrement fan de sa musique, mais n’hésitez pas à la découvrir si le coeur vous en dit ^^

Résumé : Cent cinquante ans les séparent, mais elles vivent le même cauchemar…
Violoniste à l’aube d’une belle carrière, Emilie souffre de troubles bipolaires. Après une tentative de suicide, elle est hospitalisée, puis internée dans un service psychiatrique. En dépit de ses protestations, la voici traitée comme une criminelle, gavée de médicaments, privée des libertés les plus élémentaires, coupée du monde. Et de surcroît, en butte au harcèlement du sinistre docteur Sharp. Pour ne pas basculer dans la folie, elle entreprend de consigner le quotidien de sa détention. Et découvre dans son petit carnet noir le message de détresse d’une jeune femme séquestrée dans un asile de fous de l’Angleterre victorienne. Une Emily qui lui ressemble en tous points. Une porte sur un autre monde s’est ouverte, un monde étrange où fleurissent les idylles entre détenues, où les spectres bruissent sous le papier peint, où des rats de haute éducation s’expriment dans une langue des plus châtiée. Réalité, ou divagations ?

Mon avis :

De grandes chaussettes rayées telles celle de l’héroïne du jeu Alice Madness Returns, un fond noir d’encre, des gouttes de sang et un titre aguicheur avec un décor alambiqué et un petit rat. Comment vouliez-vous que je ne craque pas XD Je me suis lancée dedans sans avoir aucune idée de qui était l’auteure, j’avais juste envie de me laisser porter, sachant que même si le roman aurait des défauts, il y avait de grandes chances que j’aime ma lecture.

De nombreux romans aujourd’hui reprennent le schéma « une personne vivant à notre époque découvre un témoignage qui la relie à une personne décédée depuis longtemps et le récit alterne entre leurs deux époques ». Ceci dit, je ne l’avais encore jamais lu adapté au style gothique victorien ^^ La plume est assez sympa et j’ai bien aimé cette lecture, malgré un gros point négatif : les fautes. Et je ne parle pas d’une faute façon petite coquille et erreur d’inattention. Non, quand on tombe sur ces fautes, on peut clairement dire qu’il était vendredi soir et que le correcteur a tout balancé par-dessus les moulins : son bonnet, son Bescherelle et son respect pour la grammaire française. J’en suis venue à les compter (c’était quasiment impossible de les rater), il doit y en avoir une bonne vingtaine dans tout le roman. C’est trop et c’est vraiment dommage, mais on sent que parce que le livre était pour un public niche, on ne s’est pas trop foulé sur la correction.

L’histoire nous présente donc Emilie et Emily, toutes deux violonistes de talent : la première se retrouve enfermée sans avoir pu informer quiconque dans un hôpital psychiatrique pour dépression, bipolarité et tentative de suicide. Toutefois, les traitements absurdes s’enchaînent et ne l’aident absolument pas à aller mieux : repos forcé en permanence, aucune activité qui lui permettrait de s’exprimer, un docteur naïf et des infirmières indifférentes qui cherchent absolument à la faire rentrer dans les p’tites cases et à lui faire dire qu’elle est anorexique. Les lettres qu’elle trouve dans son carnet sont-elles alors une hallucination ? Ses soupçons sont-ils fondés ou relèvent-ils de la paranoïa ? A vous de décider.
Cette partie-là est basée sur le vécu de l’auteure, qui a rajouté des notes un peu plus personnelles et explicatives à la fin du roman : sur ses troubles mentaux, ce qu’elle a vécu, ce qu’elle souhaite expliquer. Cela rend d’autant plus frappant la vie d’Emilie et les traitements parfois absurdes qu’elle doit suivre (attention ce n’est pas forcément le cas de tout, mais forcément ce sont les aberrations qui marquent le plus au sortir du livre). Je me suis beaucoup attachée au personnage, elle ne se laisse pas faire et a une plume acérée, taillée au cynisme et à l’humour noir ^^

Dans son carnet, Emilie trouve les lettres d’Emily, une jeune fille qui a vécu à l’époque victorienne. Utilisée, manipulée, elle parvient à s’échapper des griffes d’une institution qui voulait la vendre comme esclave sexuelle, mais avec pour seul résultat de se faire interner dans un asile destiné à faire disparaître les femmes comme elles… et d’ailleurs les femmes tout court. L’endroit est sordide, à peine humain. Clairement, on s’en fiche que les « patientes » aillent mieux, tant qu’elles se tiennent tranquilles ; les traitements pour leur folie sont brutaux, dignes des pires tortures (clitoridectomie, lobotomie, bains glacés, viols, j’en passe et des meilleures). Pour mieux rentabiliser tout ça, elles deviennent aussi des objets de profit d’un genre un peu particulier : fantasme gothique ou sexuel, cobayes d’expériences,… Pourtant, les filles trouvent le moyen de s’unir et de rester solidaires, trouvant des alliés inespérés auprès de… rats qui parlent. Bientôt sonnera l’heure de la révolte.

L’histoire d’Emily relève clairement plus du gothique et du fantastique. Concernant les traitements subits par les aliénées, j’aimerais pouvoir dire que c’est exagéré mais malheureusement, c’est inspiré de faits réels, sur les hystériques de Charcot au XIXe siècle par exemple. C’est certes romancé, mais pas invraisemblable du tout. Si vous allez sur la page Babelio du roman, je vous conseille de lire la critique de Roman_eBVB, qui détaille très bien à quel point les femmes pouvaient être internées pour rien et subir de vraies horreurs dans ces endroits. Concernant les rats qui parlent… joker XD La raison et la folie s’entrecroisent si bien qu’il devient difficile de démêler le vrai du faux.
Emily est-elle une invention d’Emilie pour mieux supporter ce qu’elle vit dans son propre asile ? C’est l’explication rationnelle, mais je n’ai pas envie de la reléguer simplement au rang de fantasme, tant les deux histoires se complètent et tant celle d’Emily est empreinte de violence et de symbolisme. Emily est-elle réelle ? Si ce n’est pas le cas, son histoire s’inspire de trèèèès nombreuses femmes dans l’histoire du XIXe siècle. On touche ici à la dimension féministe du roman : ce n’est pas qu’un roman gothique et un délire personnel de l’auteure. C’est un témoignage et un cri de guerre.

Et j’en profite ici pour vous parler de deux choses, intimement liées au sujet, et qui donnent chacune des sueurs froides. Tout d’abord, le témoignage de Nellie Bly au XIXe siècle, une femme incroyable, pionnière du reportage d’investigation. Elle s’est faite passer pour folle afin d’entrer dans un asile pour femmes et voir ce qui s’y passait. Au bout de 10 jours, elle a supplié ses complices de la laisser sortir. Maltraitées, méprisées, et surtout pas écoutées, les femmes y étaient traitées comme des pestiférées, des enfants, des criminelles… voire des objets. Son témoignage a été adapté récemment en BD, que je vous recommande vivement.
Le deuxième point est une expérience de psychologie qui a eu lieu en 1973, conduite par David L. Rosenham. Ce dernier remettait en cause la validité des diagnostic psychiatriques. Alors pour prouver sa théorie, il a réuni un groupe de gens de bords différents qui ont ensuite appelé un hôpital psychiatrique pour dire qu’ils croyaient entendre des voix peu nettes (ce fut leur seul mensonge de toute l’expérience). A leur arrivée, tous ont été internés, diagnostiqués schizophrènes ou maniaco-dépressifs, et ce bien qu’ils se soient parfaitement bien comportés et ait expliqué ne plus entendre ces voix. Ils sont ressortis au bout d’une vingtaine de jours, diagnostiqués « schizophrènes en rémission ».
Pendant ces 20 jours, ils ont pu témoigner d’une véritable déshumanisation : aucune écoute et peu de considération du personnel, absence totale d’intimité,… Les faux patients cachaient au départ leur carnet d’observation, mais il s’avère que le personnel infirmer s’en fichait complètement ou le considérait comme symptomatique de leur schizophrénie (on retrouve l’absurdité dont témoigne le roman d’Emily Autumn). En revanche, certains des vrais patients les ont approché et reconnus comme sains d’esprits ! Rosenham en a conclu que, même s’il peut y avoir un syndrome de précaution (« dans le doute, internons-les »), c’est surtout révélateur que certains médecins sont incapables d’admettre lors du diagnostic qu’ils ne savent pas, tout simplement. Par conséquent, ils sont dans l’impossibilité de distinguer esprit sain et esprit malade. Source : Le chien de Pavlov, 50 expériences qui ont révolutionné la psychologie, de Adam Hart-Davis.

Ca va, pas trop chamboulés ? Pour revenir au roman, la fin est assez déroutante, surtout pour l’histoire d’Emily. Je ne sais toujours pas trop quoi en penser, mais je garde le souvenir d’une lecture plus fouillée que ce à quoi je m’attendais au début. Et qui méritait clairement mieux qu’un correcteur au rabais XD Du fait de son sujet assez dur et spécifique, le roman ne plaira peut-être pas à tout le monde, mais si ça vous tente de le lire, ne passez surtout pas à côté 🙂

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