Premières lignes… #210

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Nouveau dimanche, nouvelle découverte ! Je continue le rendez-vous que j’ai trouvé chez Book & share, et inauguré par le blog Ma Lecturothèque 🙂 Le principe de ce post est de prendre un livre chaque semaine pour vous en citer les premières lignes.

Quand le taxi s’arrêta enfin, je me sentis à la fois soulagé et oppressé. Le ciel était toujours aussi sombre, avec d’étranges nuages comme de la suie, formant au-dessus de nous un couvercle de plomb.
Nous nous trouvions au milieu de nulle part, sur un espace gravillonné cerné de grands arbres. Ce n’était pas ainsi que j’imaginais une maison de repos. Pas de voitures sur un parking (pas de parking d’ailleurs), pas de malades en robe de chambre prenant l’air sur des bancs, pas de grandes baies vitrées donnant sur une pelouse. C’est le mot « manoir » qui me vint pour désigner ce que j’avais sous les yeux, écrasé par la noirceur du ciel.
Pour lutter contre l’anxiété qui montait, j’examinai la bâtisse et décrétai « XVe siècle » – sauf l’escalier, qui avait sans doute été ajouté après. Si je pouvais évaluer à peu près l’époque, c’est que ma mère était prof d’histoire et que j’avais passé mon enfance à visiter vieilles églises et châteaux en ruines.
Ici, on avait des tourelles dans les angles, un toit d’ardoise affaissé par l’âge, de la pierre, du bois et de la terre… Je reconnaissais là le choix de maman. Seulement moi, le style manoir poussiéreux, je le préférais dans les films.
Et puis j’aurais bien aimé qu’elle m’accompagne, ma mère. Ou mon père. Qu’ils ne me laissent pas affronter seul mon entrée en convalescence. C’était sans doute qu’ils avaient trop donné pendant ma maladie, mon séjour interminable à l’hôpital. Nuit et jour, ils s’étaient relayés près de moi, inquiétés pour moi. Maintenant que j’étais sauvé, la fatigue et l’angoisse accumulées avaient dû retomber, et ils relâchaient la pression.
Le chauffeur du taxi, un rouquin large d’épaules, ouvrit le coffre et me tendit ma valise :
– Allez ! Bonne chance !
Oui… Il ne proposait pas, lui non plus, de m’escorter. Il lança juste vers le manoir un drôle de regard et m’indiqua d’un geste définitif l’escalier.
Je traversai la cour avec pour seul accompagnement le crissement du gravier sous mes pas. Sinistre. Au-dessus de ma tête, les nuages étaient mouvants, on aurait dit qu’ils voulaient passer à l’attaque. Cela me décida à gravir les marches jusqu’à la grosse porte cloutée.
Je cherchai la sonnette, il n’y en avait pas. Le chauffeur était remonté en voiture, mais continuait à m’observer. Je lui adressai un geste d’impuissance, comme si l’absence de sonnette m’autorisait à repartir. Il me répondit en mimant de frapper.
Je remarquai alors que la patte de lion en fonte, que j’avais d’abord prise pour un ornement, était un heurtoir à la manière d’autrefois. D’une main hésitant, je m’en saisis.
« Boum, boum… » Le bois résonna incroyablement, ce qui n’arrangea pas mon stress. Je dus me raisonner pour ne pas m’enfuir en courant.

"

  1. Évelyne Brisou-Pellen est une autrice que j’ai longtemps adoré et, aujourd’hui encore, je prends plaisir à relire certains de ses titres. Il est temps que j’en découvre d’autres, désormais (mais peut-être pas une série pour commencer, quoique ces premières lignes sont bien tentantes ^^).

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