La Horde du Contrevent

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Bien le bonjour bande de gens, j’espère que vous allez bien ! Fatiguée aujourd’hui, je vous le cache pas ^^’ J’ai beaucoup de mal à déstresser et me détacher du boulot une fois la journée terminée, alors qu’en soit il ne se passe rien de catastrophique. Faut croire que je suis une experte dans l’art de se mettre la pression ! Si vous avez des petits conseils pour moi, je suis preneuse : comment faites-vous pour décrocher du boulot le soir ?

Nouvelle chronique littéraire ! Cette fois-ci on s’attaque à un très gros morceau de la science-fiction française, publié pour la première fois en 2004, avec une bande-son de Arno Alyvan, et adapté en bande-dessinée à partir de 2017 (trois tomes actuellement parus) : La Horde du Contrevent d’Alain Damasio. Jusqu’à présent, je connaissais le livre de nom, pour l’entendre citer souvent et surtout parce que mon frère m’a presque menacée de mort pour que je le lise ^^’ Si l’auteur vous dit quelque chose, il a également écrit La Zone du Dehors ou encore Les Furtifs ; de plus, il a reçu plusieurs prix littéraires (Utopiales, Grand Prix de l’Imaginaire) pour son oeuvre très marquée par les dystopies, l’anticipation politique et les réflexions philosophiques.

Résumé : Un groupe d’élite, formé dès l’enfance à faire face, part des confins d’une terre féroce, saignée de rafales, pour aller chercher l’origine du vent. Ils sont vingt-trois, un bloc, un nœud de courage : la Horde. Ils sont pilier, ailier, traceur, aéromètre et géomètre, feuleuse et sourcière, troubadour et scribe. Ils traversent leur monde debout, à pied, en quête d’un Extrême-Amont qui fuit devant eux comme un horizon fou.
Expérience de lecture unique, La Horde du Contrevent est un livre-univers qui fond d’un même feu l’aventure et la poésie des parcours, le combat nu et la quête d’un sens profond du vivant qui unirait le mouvement et le lien. Chaque mot résonne, claque, fuse : Alain Damasio joue de sa plume comme d’un pinceau, d’une caméra ou d’une arme…
Chef-d’œuvre porté par un bouche-à-oreille rare, le roman a été logiquement récompensé par le Grand Prix de l’Imaginaire.

Mon avis :

Alors avant toute chose, si vous entamez la lecture du livre : assurez-vous d’avoir soit le petit marque-page avec la liste des personnages, soit de vous faire une note avec cette liste. Ce n’est même plus une question de confort ici, c’est nécessaire ! Il y a 23 personnages, les 23 qui forment la Horde, avec chacun une fonction, un nom, et un symbole. La parole va alterner entre ces différents personnages, certains parleront plus que d’autres ; mais le changement de point de vue ne sera indiqué ni par le nom, ni par la fonction, mais bel et bien par le symbole ! C’est cohérent par rapport à l’univers du roman et au bout d’un moment le pense-bête n’est plus nécessaire, mais je vous assure qu’au début il vous sauve.

Cependant, vous auriez tort de vous arrêter à cette petite contrainte. La Horde du Contrevent est une énorme claque, une aventure humaine dans tous les sens du terme : épique, tragique, légendaire, philosophique,… La Horde, c’est déjà la poursuite d’un idéal sur plusieurs générations : sur une terre en permanence battue par des vents qui se dirigent toujours dans une seule et même direction, trouver la source de ces courants. Comprendre la nature du vent, car on sait qu’il en existe en tout 9 formes, dont 6 sont déjà connues. Les théories sur les trois dernières formes et sur la nature du vent seront nombreuses, parfois poétiques, parfois spirituelles, parfois scientifiques. Chose assez marrante, la pagination est faite à l’envers, on commence à la page 600 et des brouettes pour terminer à la page une, et je vous jure que rien que ce petit changement introduit d’emblée le suspense 😀
Générations après générations, une nouvelle Horde est envoyée et jalonne le terrain pour les suivantes, vouées à les dépasser ou à périr en essayant. Une Horde est composée de 23 personnes, chacune avec un rôle bien précis, sélectionnée au terme d’une éducation rude et cruelle ; partis adolescents, c’est un voyage de toute une vie. Notre roman suit la 34e Horde, la dernière… mais partie depuis déjà 28 ans ! On ne s’en rend pas bien compte au début du roman, il y a quelques ellipses assez brutales de plusieurs mois voire plusieurs années, quitte à passer un peu trop rapidement à mon goût des évènements comme la mort de certains personnages.

Parce que oui, ne vous attendez pas à quelque chose de joyeux et entraînant : c’est une quête dure dans un univers impitoyable qui en fout plein la gueule à tout le monde ! Ne serait-ce qu’à cause des vents qui peuvent littéralement vous arracher la figure ou vous envoyer faire une balade mortelle sur plusieurs kilomètres ; ou parfois à cause d’une menace plus vicieuse, comme le passage des lacs et de la fontaine (nom. de. dieu.), la bibliothèque (lourde en révélations) ou l’itinéraire de glace. En fonction du terrain, le moindre pas peut devenir une lutte de plusieurs minutes. Pour y survivre pendant toutes ces années, il faut un entraînement pire que militaire, une discipline de tous les instants, une communauté soudée et surtout la foi en cet idéal qu’est l’Extrême-Amont, la où le vent prendrait sa source.
Un univers dur mais aussi très riche : qu’ils soient nomades ou qu’ils se sédentarisent, les hommes ont su s’adapter de diverses manières aux vents parfois déchaînés. De temps à autre, puis de moins en moins souvent, la Horde rencontre d’autres communautés et individus solitaires qui les reconnaissent et propagent leur histoire, échangent avec eux, les accueillent pendant un temps ou les accompagnent dans leur périple. Cependant, la Horde a aussi ses opposants ! D’abord extérieurs, qui envoient des assassins, mais aussi bientôt des opposants internes (pas au sein de la Horde elle-même mais plutôt de l’organisation qui organise le tout), qui estiment que cette quête vieille de plusieurs siècles et jamais achevée n’a plus de raison d’être. Les contacts avec l’Extrême-Aval, le point de départ, sont toutefois très rares : du fait de la difficulté de circuler dans un tel univers, surtout dans le sens contraire au vent, les nouvelles ont parfois des années de retard.
Hormis les humains, ce monde a aussi des animaux, peu évoqués sinon pour le repas ou la chasse ; mais ce qui va être le plus incroyable… et aussi le plus dur à comprendre, ce sont les chrones. Ni animaux, ni végétaux, même les définir comme des « êtres vivants » est problématique ; nés du vent, ce sont des masses qui se déplacent au gré des courants, avec chacune des propriétés parfois effrayantes, capables de manipuler la matière, le psychisme, voire le temps lui-même. Chaque fois que le groupe interagira avec l’un d’eux, préparez-vous à du lourd.

« Vis chaque instant comme si c’était le dernier. »
[…]
« Vis chaque instant comme si c’était le premier. »

Concernant les personnages, je ne vais pas tous vous les présenter parce que ça n’aurait pas beaucoup de sens, mais certains vont beaucoup plus marquer que d’autres. Sov par exemple, est le plus humain du groupe, celui dont on se sentira le plus proche ; il est le scribe du groupe, chargé de retranscrire et documenter leur périple, et du coup c’est celui qui aura le plus la parole. Oroshi également va souvent être narratrice ; elle est l’aéromaîtresse du groupe, celle qui comprend le mieux les vents et surtout qui les anticipe pour permettre à la Horde de survivre (et je vous assure que « dangereux » est à peine assez fort pour représenter la violence de ce qu’ils affrontent). Elle a un caractère très posé, c’est un des piliers du groupe et clairement une femme d’exception. Le personnage de Pietro aussi m’a beaucoup marquée : issu de la noblesse des Hordes, il est prince au sens de leader et parce qu’il conçoit la noblesse comme une chose qui se gagne par les actes. Il aura souvent un rôle de diplomate et de ciment pour le groupe, ce qui le rend paradoxalement plutôt effacé par rapport à d’autres, et notamment Golgoth.
Golgoth neuvième du nom est le vrai moteur, celui qui tire tout le groupe à la force de sa seule volonté, quitte à être un véritable enfoiré. C’est un horrible être humain, misogyne au possible, et qui pourtant force l’admiration tellement c’est une puissance brute et obstinée. Sans lui, pas de Horde ; et les dernières pages le concernant sont tout simplement incroyables. Et enfin, le dernier personnage dont je voulais vous parler, c’est Caracole. Troubadour et conteur du groupe, aussi fantasque que son nom le laisse imaginer, c’est le grain de folie de la troupe et en même temps un personnage indispensable car proche des vents et de leur mystique. Aussi adorable qu’insupportable, et entouré de nombreux mystères (vous n’êtes pas prêts). Je me suis beaucoup attachée aussi à Callirhoé (feuleuse) ou Aoi (cueilleuse et sourcière), mais tous vous les présenter serait trop long ^^’

Je ne peux malheureusement pas tout évoquer et j’ai l’impression d’avoir à peine effleuré la surface, mais je veux prendre un dernier moment pour vous parler de l’écriture du roman. Je vous conseille vraiment d’être en forme pour l’attaquer, ce n’est pas une lecture-détente. Tout d’abord, chaque personnage se distingue par son style d’expression et son vocabulaire, parfois vulgaire, ampoulé pour certains, neutre heureusement pour la plupart, ou même à la limite du télégraphe ! Ca prouve tout le travail de l’auteur et donne instantanément une présence et une aura bien distincte à chacun des membres de la Horde.
Ensuite, les symboles dont je vous parlais plus haut ne sont pas là pour faire joli. Damasio a créé un système de notation des vents à base d’apostrophes, de virgules et de parenthèses qu’il n’est pas nécessaire de retenir, mais qui s’il est maîtrisé apportera une toute nouvelle dimension. Déjà pour comprendre la nature des vents que le groupe affronte, mais aussi plus tard pour comprendre ce que sont les « vifs », sortes d’énergies spirituelles qui définissent chaque être vivant et qui vont jouer un rôle-clé.
Enfin, réfléchir à la nature des vents, des chrones et autres va se traduire par une grosse réflexion philosophique et spirituelle, très complexe mais aussi merveilleusement belle ❤ Il ne s’agit pas uniquement de l’univers qui entoure la Horde mais aussi de chaque individu qui la compose : la motivation, la foi, la personnalité, la conception du monde, l’essence profonde de chacun, tout ça va rentrer en compte pour essayer de comprendre les vents et la quête de leur source. La fin du roman aura un sens et un impact différent pour chacun d’eux, et j’ai plusieurs fois versé ma p’tite larme.

Bref, cette chronique est un peu longue, merci à vous si vous avez eu la patience d’arriver jusqu’ici ^^ Sachez qu’une possible suite au roman a été mentionnée, mais pour ma part je trouve que le « tome 1 » se suffit à lui-même, surtout qu’une ou deux phrases et références m’ont permis de me faire ma petite théorie perso 😀 C’est un roman très complexe, qui demande beaucoup de souplesse et de concentration pour certains passages, mais qui nous offre une histoire et une interprétation que je trouve fabuleuses ; certains passages ont été comme des coups de poing, d’autres me trottent encore dans la tête plusieurs semaines après. Je pense pouvoir dire que c’est un de ces récits qui marque pour longtemps, il est loin d’être facile et j’aurai ptet besoin de le relire pour mieux le comprendre, mais il m’a ouvert une nouvelle façon de voir le monde.

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  1. Je rejoins les autres commentaires, tu donnes envie de découvrir cette histoire, alors qu’habituellement ce n’est pas du tout mon style ! Je me le note pour une prochaine lecture, quand je serai assez tranquille pour le lire sans être parasitée par des idées externes.
    Merci pour la découverte !

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