Premières lignes… #204

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Nouveau dimanche, nouvelle découverte ! Je continue le rendez-vous que j’ai trouvé chez Book & share, et inauguré par le blog Ma Lecturothèque 🙂 Le principe de ce post est de prendre un livre chaque semaine pour vous en citer les premières lignes.

Comment cinq corneilles pouvaient-elles soulever dans les airs un enfant de neuf kilos ? Prue ne comprenait pas, mais c’était le cadet de ses soucis. En fait, si elle devait dresser la liste de ses priorités, l’explication d’une telle prouesse arriverait bonne dernière. Assise sur ce banc du parc, elle regarda, fascinée, son petit frère Marc s’envoler entre les serres de ces corneilles noires. Sa plus grosse inquiétude, c’était justement lui, dont elle avait la responsabilité et qui se faisait enlever par des oiseaux ! Et la question qu’elle se posa tout de suite après, c’était : Qu’allaient-ils faire de lui ?
La journée avait pourtant bien commencé.
Bon, d’accord, il faisait un peu gris ce matin, quand Prue s’était réveillée, mais quel jour de septembre n’était pas gris à Portland ? Elle avait remonté les stores de sa chambre et pris le temps d’observer par la fenêtre les arbres qui se découpaient sur un ciel gris-blanc poussiéreux. C’était samedi et elle sentait les odeurs de café et de petit-déjeuner en provenance du rez-de-chaussée. Ses parents occuperaient à coup sûr leur place habituelle du samedi : plongé dans le journal, papa siroterait un mug de café tiède ; ses lunettes à double foyer en écailles sur le nez, maman examinerait la masse laineuse de son tricot en cours à la finalité inconnue. Son frère, qui avait au moins un an, serait assis sur sa chaise haute et repousserait les limites de son babillage incompréhensible : Jufruit ! Jufruit ! En arrivant dans le coin repas, Prue constata qu’elle avait vu juste. Son père marmonna un bonjour, les yeux de sa mère lui sourirent par-dessus ses lunettes, et son frère l’accueillit par un « Pou-ou-ou ! » strident. Prue se prépara alors un bol de muesli.
– J’ai fait du bacon, ma chérie, annonça sa mère, avant de redonner son attention à l’espèce de grosse bestiole tricotée qu’elle avait en main. (Un pull ? Un couvre-théière ? Un noeud coulant ?)
– Maman, rétorqua Prue en versant du lait de riz sur ses céréales, je te l’ai déjà dit. Je suis végétarienne. Ipso facto : pas de bacon.
Elle avait lu « Ipso facto » dans un roman. C’était la première fois qu’elle l’utilisait. Elle n’était pas certaine de bien l’employer, mais trouvait l’expression sympa.

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