Premières lignes,… #190

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Nouveau dimanche, nouvelle découverte ! Je continue le rendez-vous que j’ai trouvé chez Book & share, et inauguré par le blog Ma Lecturothèque 🙂 Le principe de ce post est de prendre un livre chaque semaine pour vous en citer les premières lignes.

Prologue.
Des troncs calcinés témoignent d’une forêt autrefois dense. De rares branches lisses, nues, tordues comme par une souffrance, pointent vers le sol et observent avec regret les broussailles devenues légion. La terre est craquelée, aride, trop éloignées du Rio Grande pour bénéficier de ses bienfaits. Seul le bourdonnement de milliers d’insectes annonce que la vie est là. Un concert d’âmes à six pattes stridule depuis le lever du soleil. Ce 15 octobre 1990, un homme approche, un bâton fourchu à la main, un gros sac de toile accroché à la ceinture. Le terrain caillouteux situé à cinquante kilomètres d’Hidalgo, un petit village texan, abrite de nombreuses espèces de serpents, des crotales en particulier. Jim Loyer est pharmacien, il se passionne pour les reptiles. Tous les dimanches, il parcourt la région et rapporte dans son vivarium de nouveaux spécimens. Il se dirige vers un monticule de grosses pierres grises, là où les sueurs végétales et matinales ont quelque chance d’être conservées, là où les serpents aiment à se cacher.
En grimpant par l’une des pierres, l’homme s’enfonce dans le gravier. Déséquilibré, il tente de se retenir en agrippant le sommet du monticule. Au moment où sa main accroche une protubérance de la roche, il entend pour la première fois un vrombissement gagner en intensité, un débordement de vie. Il n’a pas le temps de lever les yeux qu’un nuage grouillant se précipite sur lui. Un essaim de milliers d’abeilles le prend pour cible. Le Texan court, titube, hurle de détresse. Il est seul. Il n’a aucun endroit où se cacher de cette furie bourdonnante. A la quinzième piqûre, Jim Loyer sait qu’il va mourir. Le choeur de ces abeilles fredonne bel et bien un requiem. Dans une même énergie mortifère, plusieurs centaines d’insectes plantent leur dard. Elles visent le contour des yeux, les narines, la bouche et le coup de Jim, qui s’écroule. Il semble se débattre contre un fantôme. Le sable s’envole autour de lui. Le venin se répand dans les tissus. Des dizaines d’abdomens d’abeilles se déchirent en laissant leur harpon accroché à l’épiderme de l’homme. Les donneuses de mort vont s’éteindre, elles aussi. C’est le prix à payer pour défendre la reine. Jim sait parer la morsure des serpents, il ignore l’existence de ces abeilles criminelles. Ses mains tentent désespérément de protéger son visage et sont comme dévorées par la frénésie des hyménoptères. L’homme cesse de vivre. L’essaim continue de s’activer autour de lui. Huit cent soixante-quatorze dards seront prélevés de son corps. Personne ne sait que cette attaque est l’une des toutes premières manifestations agressives de l’abeille aux Etats-Unis.

1.
Ceci n’est pas un livre, mais un testament. Celui des abeilles. Elles ne savent pas s’exprimer, alors il faut bien que quelqu’un écrive à leur place. Leur mortalité est d’une certaine manière à l’origine de l’enquête la plus difficile qu’il m’ait été donné de mener.

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