Premières lignes… #189

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Nouveau dimanche, nouvelle découverte ! Je continue le rendez-vous que j’ai trouvé chez Book & share, et inauguré par le blog Ma Lecturothèque 🙂 Le principe de ce post est de prendre un livre chaque semaine pour vous en citer les premières lignes.

H-239

On n’avait pas prévu ça.
On avait prévu les tornades, les raz-de-marée, les éruptions volcaniques, les pluies de météorites, les catastrophes nucléaires, la montée des eaux, les bombes atomiques, la planète qui étouffe sous la pollution, la surpopulation, les épidémies, les manipulations génétiques qui tournent mal. On avait prévu la terre qui se rebelle contre la connerie humaine. On avait prévu l’humanité qui s’autodétruit. Mais ça, on ne l’avait pas vu venir. Comment aurions-nous pu, en vérité ? Même aujourd’hui que l’apocalypse se précipite vers nous, personne n’a la moindre idée de ce qui se passe.


Les doigts de Gwenaël s’immobilisent sur le clavier.
Un pli entre les sourcils, il relit ce qu’il vient de rédiger. On n’avait pas prévu ça. Ouais, lui non plus. Jamais un texte ne lui a autant échappé que celui-ci. Il n’en est pas à son premier roman, pourtant. Mais c’est comme si les personnages de cette histoire cherchaient la moindre faille dans sa concentration pour ouvrir une brèche de pixels entre les lignes et désintégrer son scénario. Ils entraînent Gwenaël vers un livre qu’il ne veut pas écrire. Ces personnages sont un putain de virus, un cheval de Troie dans son cerveau. Et s’il ne peut s’en débarrasser, il peut au moins limiter les dégâts.
Sans état d’âme, Gwenaël supprime le paragraphe.
Il a frappé si fort sur la touche que Sara relève la tête, de l’autre côté du salon. Elle hausse un sourcil.
– Ca va ? articule-t-elle.
Il ôte un écouteur.
– Oui. Le début résiste. Rien de grave.
Elle hoche la tête. Il y a des années qu’ils ne parlent plus en détail de ses romans. Au début de leur relation, Gwenaël a voulu faire d’elle sa première lectrice, mais il a vite senti qu’elle rechignait à s’impliquer. Elle avait toujours une excuse pour esquiver, et lorsqu’elle s’y mettait, il était trop tard, Gwenaël avait déjà corrigé le texte plusieurs fois, les retours de Sara sur la première version n’avaient plus de sens et l’agaçaient plus qu’ils ne l’aidaient. Après quelques crises de nerfs, il avait cessé d’insister. Et elle avait cessé de le relire. Parce qu’il l’aimait aussi pour son indépendance, il avait peu à peu fait le deuil du couple tel qu’il l’avait toujours fantasmé, fusionnel dans les moindres aspects de son existence, jusqu’au plus intime, au coeur de lui-même : l’écriture.

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