Les Jardins statuaires

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Bien le bonjour bande de gens, j’espère que vous allez bien ! Grosse semaine de boulot pour moi au Village du Livre, on a reçu un nouveau lot de livres et c’est moi qui vais l’inventorier ! Et beaucoup de taf du coup, environ 40 gros cartons de livres, et pas des petites tailles ce qui est un peu bête du coup : un vrai carton de livre est un petit carton que l’on peut soulever sans trop de difficultés, même rempli de livres ; là c’était des cartons normaux remplis, je vous laisse imaginer le poids que ça faisait à soulever ! Heureusement, j’ai pu m’en sortir sans avoir trop mal au dos. Mais ce lot promet d’être génial : poésie, environnement, Chine, Inde et Asie, littérature anglaise… j’adore, je me suis déjà mis plusieurs livres de côté pour moi ❤ 

Nouvelle chronique littéraire ! Un livre que j’ai découvert totalement au hasard des rayonnages et des présentoirs, la couverture m’avait attiré l’oeil ^^ Ce fut une lecture très particulière, je n’aurais jamais deviné où elle allait m’entraîner. Voici Les Jardins statuaires de Jacques Abeille. C’est un écrivain français né en 1942, influencé notamment par le mouvement surréaliste. Son œuvre, longtemps restée méconnue, est surtout remarquée pour son Cycle des Contrées, initié par ce roman en 1982.

Résumé : « En vérité je ne sais d’où ces statues tiennent cet air de présenter chacune à sa manière une déchirure profonde, et secrète, mais comment n’en serait-on pas touché ? » À une époque indéterminée, un voyageur parcourt un monde mystérieux où, dans des domaines protégés par de vastes enceintes, les hommes cultivent des statues… Inlassablement, les jardiniers plantent, soignent et transplantent les pierres. S’ils acceptent de guider l’explorateur dans leur étrange contrée, lui disent-ils tout des règles de leur société ? À la fois récit d’aventure, conte initiatique et rêve éveillé, Les jardins statuaires fascine par son ampleur et évoque les oeuvres de J. R. R. Tolkien ou d’Ursula Le Guin. Tapuscrit égaré, malchances et incendies ont concouru pendant trente ans à l’occultation de ce roman sans équivalent dans les lettres françaises.

Mon avis : 

La couverture est très belle et nous plonge tout de suite dans cette atmosphère si particulière qui est celle du roman. La couleur de la pierre domine, ce qui donne un peu une teinte onirique à toute cette histoire. Des jardiniers on ne voit que les mains : d’ailleurs durant tout le roman la plupart des personnages n’auront pas de nom. Bon par contre, clarifions une chose : l’ombre de la statue n’a absolument aucune chance d’être portée de cette façon sur le sol selon les lois de la physique XD

C’est un roman assez différent de ce à quoi je m’attendais, je dois l’avouer. Le résumé en révèle finalement assez peu sur l’histoire qu’on va lire, et le style d’écriture est plus proche d’un roman dit « classique » que d’un roman de fantasy comme on pourrait en lire maintenant : du coup, ça peut donner certaines longueurs et considérations psychologiques. C’est un récit qui vise d’abord à décrire ce monde si particulier qui est celui des jardins de statues, entre traditions et tabous quasi religieux. Et c’est beaucoup plus intéressant que ce que j’aurais pu penser ! Il y a toujours du nouveau malgré l’impression de calme général, et plusieurs mystères à élucider, par exemple l’absence apparente des femmes dans cette société. Le narrateur est un voyageur dont on ne saura jamais le nom ; poussé par la curiosité, il aspire à découvrir tous les secrets du pays et envisage même d’écrire un livre pour consigner ses découvertes. Alors par contre pour l’implication psychologique et empathique du lecteur, c’est délicat : d’une part avec le point de vue étranger et assez froid en fait du narrateur, et la discrétion des personnages qui sont plutôt distants et réservés.

L’univers des jardins de pierre est extrêmement bien pensé, jusque dans ses moindres détails. On se croirait vraiment un rêve, au sens surréaliste et un peu effrayant du terme, en imaginant les statues sortir de terre et être entretenues par tous ces hommes. Il y en a de tous types, même si les jardiniers restent quand même assez psycho-rigides sur énormément de choses. En revanche la descriptions des nombreux rites jardiniers est passionnante ! La question des femmes est un sujet important du roman : aucune n’est jardinière, mais la survie des domaines jardiniers et leur autonomie repose sur elles, tant pour la descendance que pour la nourriture. Elles restent toujours au sein du jardin du domaine, et vivent en recluses, toujours cachées aux yeux des hommes. Elles n’ont donc que peu de libertés, et la seule autre condition féminine est celle des prostituées qui vivent dans les hôtels hors des domaines. On pourrait se dire que la condition féminine est heureusement dénoncée par le narrateur puisque tout cela l’indigne, et que plus tard les femmes prostituées se révoltent ; mais dans la mesure où les seules femmes qui ressortent du lot sont principalement caractérisées par leur nudité et le fait qu’elles vont finir dans le lit dudit narrateur… meh. Encore des progrès à faire…

Pour ceux qui aiment l’action, il y en a quand même un peu ^^ Je sais que pour l’instant, ça a l’air très descriptif, mais l’auteur parvient cependant à doser correctement exploration, suspense et tension narrative. Il faut savoir que non entretenues, les statues croissent sans s’arrêter, ce qui peut donner des scènes réellement angoissantes, notamment lorsqu’on nous montre un domaine entièrement envahi par la pierre et les entremêlements de statues, au point qu’il ressemble de loin à un énorme chou-fleur. Malmenée par les tensions des statues qui poussent, la pierre éclate et projette de la mitraille qui peut déchiqueter un homme comme une vulgaire feuille de papier. C’est un passage qui m’a beaucoup marquée ! De plus, une guerre couve également : des rebelles se sont enfuis des domaines jardiniers et se sont rassemblés sous la bannière d’un chef guerrier aux grands appétits de conquête. Les jardiniers vont bientôt devoir choisir entre leurs traditions et la nécessité de la guerre.

Bref, un roman très particulier, auquel je ne m’attendais pas du tout et qui se caractérise par son originalité ! Il ne plaira sans doute pas à tout le monde, mais je l’ai bien plus apprécié que je n’aurais pensé de prime abord. Le petit côté étrange, parfois angoissant, des statues et la tradition des jardiniers m’a beaucoup plu (parce que j’aime les rites absurdes et inégalitaires, vive le fanatisme aveugle), et j’apprécie l’auteur pour avoir maintenu l’attention tout du long malgré un texte pas toujours très digeste. Ceci dit, cette lecture c’est un peu comme un plat consistant : autant lire du Zola à la chaîne ne me pose pas de soucis, autant là… non merci j’ai plus faim ! Je n’ai pas spécialement envie de lire les autres livres du cycle, ou en tout cas pas tout de suite. Mais ça reste un roman idéal si vous voulez sortir de la zone de confort.

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