Premières lignes… #174

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Nouveau dimanche, nouvelle découverte ! Je continue le rendez-vous que j’ai trouvé chez Book & share, et inauguré par le blog Ma Lecturothèque 🙂 Le principe de ce post est de prendre un livre chaque semaine pour vous en citer les premières lignes.

Barnaby Settertop descendit à Oakland, à la station Civic Centrer du BART. Les métros, songea-t-il. Les mondes souterrains. Le BART – Bay Area Rapid Transit, le métro qui desservait la région de la baie de San Francisco – n’était pas aussi utile que ceux de New York, disons, ou de Paris. Ou le meilleur, celui qu’il connaissait mieux qui n’importe qui de vivant, celui de Londres.
Peu importe, cela suffisait à ses objectifs. Le Conseil de l’Ombre avait eu son mot à dire durant la construction, bien que son influence ait pâli depuis son heure de gloire, les années 1860. Merveilleuse époque, se dit Setterton, une époque cruciale de construction de métros à travers le monde entier.
La rame arriva ; il monta à bord et étudia le plan placardé contre la cloison. Le Conseil de l’Ombre avait veillé à ce qu’on construise le BART en forme d’aleph : א. Aleph était la première lettre de l’alphabet hébreu, le signe cabalistique des commencements. Tellement peu de gens qui utilisaient ce moyen de transport se doutaient de la signification de ce plan, songea Settertop avec allégresse. Aucun des passagers du wagon, certainement : une mère avec deux enfants dissipés, une femme somnolant sur son journal, un homme debout à côté de son vélo.
Au terme de vingt ans de négociations et de subtile persuasion, le Conseil de l’Ombre avait finalement réussi à faire prolonger la branche sud-ouest de l’aleph le long de la péninsule jusqu’à Colma. Colma était une curieuse petite ville somnolente, constituée presque entièrement de cimetières. Certains avaient douté de la sagesse de terminer une ligne aussi fréquentée dans un lieu aussi modeste, mais seuls Settertop et le Conseil de l’Ombre en connaissaient les raisons. Les lieux enfouis, songea-t-il de nouveau avec satisfaction. Les nécropoles. Colma était un site significatif pour Settertop et le reste du Conseil.
C’était bien agréable de voyager par ce moyen jusqu’à destination. Avant qu’on ouvre la station Colma il était obligé d’emprunter l’autoroute dans sa voiture qui ressemblait à un corbillard et si le numéro de la voie rapide – 280 – était assez propice, Settertop, comme tous les membres du Conseil de l’Ombre, était bien plus à l’aise sous terre.
Le conducteur de la rame était plus loquace que d’ordinaire, annonçant à chaque arrêt le nom de la station et celui de la ligne. « Cette rame est à destination de Colma, précisait-il. La destination finale est Colma. »
Pour le reste des passagers, peut-être, se dit Settertop, pour ceux qui dorment toute leur vie, jusqu’à leur dernier arrêt au cimetière. Mais pas pour moi – pour moi, c’est un retour.

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