Kumudini

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Bien le bonjour bande de gens, j’espère que vous allez bien 🙂 Je suis en train de me refaire V for Vendetta et… bon sang je l’adore un peu plus à chaque fois que je le regarde. Je l’avais vu plusieurs fois étant petite, sans bien comprendre tout, mais il m’avait marquée ; je l’ai revue adulte et quelle claque ! La tirade de présentation de V (le perso tout entier en fait), le journal de Valérie, la nécessité de briser la routine et sa sécurité pour récupérer la liberté, ce film est une mine d’or de réflexions et de choses essentielles. Un jour je vous en ferai une belle chronique ❤

Nouvelle chronique littéraire ! Vous savez, j’adore découvrir des auteurs et des littératures venant de pays étrangers autre que l’Angleterre ou les Etats-Unis. Moins j’en ai l’habitude et plus je suis intriguée ! Quand je suis allée à la bibliothèque de ma nouvelle ville, j’ai eu la bonne surprise de découvrir plusieurs livres des éditions Zulma, qui publie des livres du monde entier. Le hasard a désigné celui-ci : Kumudini de Rabindranath Tagore, également appelé Gurudev. Né en 1861 et mort en 1941, c’est un compositeur, écrivain, dramaturge, peintre et philosophe indien dont l’œuvre a eu une profonde influence sur la littérature et la musique du Bengale (à l’est du sous-continent indien) à l’orée du XXème siècle. Il est couronné par le Prix Nobel de littérature en 1913. Une grosse pointure donc, et un illustre inconnu pour moi ! Ce roman est l’un des derniers à avoir été traduit (2013, pour une écriture en 1929) car il fait bien plus référence que les autres à la culture indienne, d’où des difficultés de traduction. Et c’est très intéressant pour nous, car l’auteur est très en faveur de l’égalité hommes-femmes.

Résumé : Kumudini a dix-neuf ans, la grâce d’être bien née, de goûter les arts et de prier les dieux. Elle vit dans la compagnie tendre de son frère aîné, Vipradas, humaniste fort accablé par le souci des dettes insurmontables de la famille. Jusqu’au jour où un mystérieux entremetteur vient demander pour son maître, un riche négociant adoubé par le pouvoir colonial, la main de Kumudini.
Tout enivrée des légendes sacrées de Krishna, le dieu à la peau de nuit, et de sa bien-aimée Radha, elle y voit un signe du destin et presse son frère dubitatif d’accepter le marché. Mais en unissant sa destinée à celle de Madhusudan, vieil époux aux désirs d’ogre qui règne en despote jusque dans les moindres recoins de sa vaste maisonnée, Kumudini devient l’instrument inespéré et malheureux d’une épouvantable vengeance…

Mon avis :

Les couvertures de la maison Zulma ont souvent ce genre de motifs répétés, parfois avec de très jolies couleurs : on les repère donc facilement sur les étagères ! On aime ou on n’aime pas, moi je trouve ça beaucoup plus joli et agréable que les bêtes couvertures blanches de certaines maisons d’éditions françaises et autres livres « littéraires » ou « classiques ».

Si vous avez envie d’être dépaysés, vous allez être servis ! Le roman nous plonge dans la culture indienne des années 1930. J’avoue ma totale ignorance du contexte historique, mais ce n’est pas très gênant ici. Un petit lexique est présent à la fin du roman pour les termes non traduits ; comme je ne suis pas très adepte des allers-retours et que je suis profondément en faveur des notes de bas de page (quitte à ce qu’elles redoublent le lexique), j’avoue que je ne l’ai pas souvent utilisé mais ça ne m’a pas gênée plus que ça pour la compréhension du récit.

L’histoire commence avec une querelle familiale de longue date opposant les familles Chatterji et Ghoshal. Après plusieurs années de faillite, les Ghoshal retrouvent enfin la fortune grâce à Madhusudan Ghosha qui devient entrepreneur impitoyable et avare. Quant aux Chatterji, ils ont maintenu leur niveau social au prix de leur richesse, mais sont désormais sur le déclin et endettés auprès de Madhusudan. Ce dernier a grandi avec la rancoeur de ses ascendants envers les Chatterji, et ne pense qu’à les humilier un peu plus en cherchant une épouse chez eux. Le sort désigne Kumudini, une jeune fille pieuse, quasi mystique, et d’une grande beauté. Elevée comme beaucoup de femmes indiennes dans le culte du mariage des dieux Krishna et Radha, Kumudini est persuadée de voir dans ce mariage une sorte de salut et d’extase bien qu’elle n’ait encore jamais rencontré son promis. Son frère, Vipradas, est plus pragmatique et clairvoyant, mais sa jeune soeur ne l’écoute pas. La voilà mariée à un homme qu’elle découvre cruel, mesquin, laid et bien plus vieux qu’elle ; or, à cette époque, l’épouse appartient corps et biens à son mari, elle n’a plus ni possessions ni droits…

L’histoire aborde de nombreux thèmes délicats, en particulier pour l’époque. Tagore critique ouvertement le concept des mariages arrangés, ainsi que l’aveuglement que l’on encourage chez les jeunes femmes de manière à ce qu’elles n’imaginent pas se rebeller ou réclamer le respect qui leur est dû. En sous-texte, on voit aussi la condition de la femme en tant qu’épouse : elle ne possède rien en propre, et ne peut refuser d’obéir à son mari fût-il tyrannique. Et oui, ça sous-entend également des viols conjugaux. La question de la classe sociale va aussi jouer un rôle : malgré son élévation rapide, Madhusudan a des origines modestes et il se comporte souvent de façon grossière. Son caractère de travailleur acharné fait qu’en terme de relations humaines, et en particulier avec les femmes, il raisonne plus comme un employeur (et pas du genre commode) que comme un être humaine.

De l’autre côté du lit, Kumudini est une jeune femme aux sentiments assez complexes. Elle est mariée à 19 ans, ce qui est plutôt tard pour l’époque : l’auteur nous explique bien qu’une fille mariée très jeune s’habitue et intériorise plus facilement les exigences d’une vie d’épouse indienne, quand notre héroïne, habituée à être traitée avec respect et à posséder ne serait-ce que quelques affaires, ne parvient pas à retrouver l’idéal du mariage qu’on lui a dépeint. Madhusudan ayant fait preuve d’une mesquinerie sans nom lors des fêtes du mariage, elle et toute sa famille ont été insultés avant même de le rencontrer. Bien entendu, il ne montre aucune considération pour les sentiments de sa femme… mais il va tout de même tomber amoureux d’elle. Hélas, Madhusudan est incapable de surmonter son mauvais caractère et son aveuglement. Or en méprisant l’amour offert par Kumudini au début du mariage, il la rend incapable de l’aimer même lorsqu’il tente de s’amender : plus il essaie, plus il la répugne.

Vipradas, le grand frère de Kumudini, est un personnage assez agréable, quoiqu’un peu contradictoire. Nourri des réflexions des philosophes occidentaux, il souhaite plus que tout que la condition de la femme s’améliore en Inde. Le malheur de sa soeur l’affecte beaucoup. Il tente de lui faire comprendre et de l’amener à penser comme lui pour qu’elle puisse comprendre qu’elle mérite mieux. Bon d’un autre côté, il adore se faire servir par elle et la tient quand même à l’écart des affaires familiales, mais au moins il la traite avec dignité. Toutefois, concernant l’émancipation féminine, on voit bien que les femmes autant que les hommes y sont réfractaires : la Mère de Moti, belle-soeur de Kumudini, ne conçoit pas qu’elle se refuse à Madhusudan une fois que celui-ci l’a acceptée et présenté des excuses. Pour elle, l’homme est supérieur, prétendre à l’égalité est une affectation ridicule, de l’orgueil mal placé. C’est un peu dommage, car elle et son mari (qui est adorable) seront les seuls soutiens de Kumudini face à son mari.

Bref, je ne vous en dis pas trop pour éviter de vous spoiler la fin, mais il faut bien souligner qu’il s’agit d’une histoire tragique et non d’une histoire d’amour. Ce côté engagé du livre et le fait de découvrir une littérature étrangère m’ont beaucoup plu. Enfin j’ai étonnamment accroché à la lecture et j’ai beaucoup aimé la plume de Tagore, je suis très curieuse de lire ses autres livres ! Est-ce que vous en connaissez ? 🙂

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  1. Je ne connais que Zulma de vue mais j’ai toujours eu envie de découvrir un de leurs romans ! Et celui-ci à l’air vraiment top. Et je valide V pour Vendetta, j’ai beaucoup aimé !

  2. Ca fait un moment que je veux découvrir les éditions Zulma (les couvertures me plaisent tellement, et il y a l’air d’y avoir plein de chouettes romans!). Je note ce titre, il pourrait bien me plaire. Merci pour cette découverte !

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