Premières lignes… #167

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Nouveau dimanche, nouvelle découverte ! Je continue le rendez-vous que j’ai trouvé chez Book & share, et inauguré par le blog Ma Lecturothèque 🙂 Le principe de ce post est de prendre un livre chaque semaine pour vous en citer les premières lignes.

Tout commença, toute cette terrible histoire qui s’ensuivit, le jour où la poignée de porte de Tante Rosamund disparut. C’était la poignée de porte de ma tante, une poignée en cuivre. Et cela n’arrangeait rien qu’elle ait déambulé la veille avec sa poignée dans tout le manoir, cherchant des raisons de se plaindre comme d’habitude : elle avait monté et descendu tous les escaliers, parcouru tous les étages, raide comme la justice, ouvert les portes sous n’importe quel prétexte, inspectant, trouvant à redire à tout.
Elle insistait sur le fait que, durant tout le temps de son inspection, elle avait bien sa poignée sur elle, et que maintenant, elle ne l’avait plus. Quelqu’un, hurlait-elle, l’avait prise.
Il n’y avait jamais eu un tel remue-ménage depuis le jour où mon grand-oncle avait perdu son épingle à nourrice. Lors de cet évènement, on avait fouillé tous les étages pour découvrir en fin de compte que le pauvre vieil oncle l’avait toujours sur lui ; elle avait glissé dans la doublure de la poche de son veston.
C’est moi qui l’avais trouvée.
Ils m’ont tous regardé ensuite d’une façon étrange, ma famille, je veux dire, je dirais même encore plus bizarrement que d’habitude, car on ne m’avait jamais fait confiance, et on me chassait souvent d’un endroit à un autre. Ma découverte de l’épingle à nourrice sembla confirmer, pour certains membres de ma famille, qu’il y avait chez moi quelque chose d’anormal, et certaines de mes tantes et certains de mes cousins me fuyaient, ils évitaient de me parler, tandis que d’autres, mon cousin Moorcus par exemple, me cherchaient. Cousin Moorcus était persuadé que j’avais mis moi-même l’épingle de sûreté dans sa veste et, dans l’obscurité d’un couloir, il m’attrapa et me frappa la tête contre le mur en comptant jusqu’à douze (c’était mon âge à l’époque), puis me souleva et m’accrocha à une patère. J’y restai suspendu deux heures, jusqu’à ce qu’une servante me découvre.
Grand-Oncle Pitter se confondit en excuses après que son épingle à nourrice eut été retrouvée, et jamais, je pense, il ne se remit vraiment de ce drame. Tout ce branle-bas, tant de gens accusés. Il mourut au printemps suivant, dans son sommeil, son épingle de sûreté accrochée à son pyjama.
– Mais comment pouvais-tu savoir, Clod ? s’étonna ma famille. Comment pouvais-tu savoir que l’épingle était là ?
– Je l’ai entendue appeler, dis-je.
J’entendais des bruits.
Ces bouts de chair de chaque côté de ma tête étaient trop actifs, ces deux trous où pénétraient les sons étaient sursollicités. J’entendais des choses que je ne devrais pas entendre.
Je mis un certain temps à comprendre la nature de mes facultés auditives.
Il paraît que, bébé, je me mettais à pleurer sans raison. J’étais couché dans mon berceau, rien ne se passait du tout, quand soudain je me mettais à hurler comme si quelqu’un m’arrachait les cheveux, ma maigre chevelure, ou comme si on m’ébouillantait, ou encore comme si quelqu’un me tronçonnait avec un couteau. C’était toujours ainsi. J’étais un enfant bizarre, disaient-ils, intraitable et inquiet, difficile à calmer. Coliques. Coliques chroniques. Les nurses ne restaient jamais longtemps.

"

  1. Ce livre me fait de l’œil depuis sa sortie – donc ça fait un bon moment ! Mais je finirai bien par le lire un jour, surtout quand je lis ces premières lignes, elles donnent envie ^^

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