Premières lignes… #166

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Nouveau dimanche, nouvelle découverte ! Je continue le rendez-vous que j’ai trouvé chez Book & share, et inauguré par le blog Ma Lecturothèque 🙂 Le principe de ce post est de prendre un livre chaque semaine pour vous en citer les premières lignes.

– Julian, regarde ! Tu as vu ce gros nuage ? Ralentis un peu, je vais le tresser ! J’en ferai un oiseau ! Non, je veux qu’il soit plus libre encore ! Qu’est-ce qui est plus libre qu’un oiseau, Julian ?
– Le vent, je pense, répondis-je hésitant, tandis que Haru s’agitait sur le porte-bagages de ma bicyclette en pointant le ciel de son long doigt blanc.
– Le vent ? répéta-t-elle, songeuse. Il ne sera pas beaucoup plus libre que maintenant…
Notre vélo fonçait à toute allure vers le lycée, dissipant dans ses pédales l’ensommeillement du matin. Les feux de circulation passaient au vert à notre approche. L’air était tiède pour un mois d’octobre. Sur notre droite, la rivière fredonnait une mélodie d’automne ; à gauche, la route déversait quelque rares voitures matinales. Notre chemin continuait ainsi tout droit au milieu de la campagne de Saitama, tout en horizontalité, parsemée de toits d’ardoise et de ponts étroits qui enjambaient distraitement la rivière. Les rizières alentour avalaient le soleil dans leurs feuilles dorées.
J’étais parti plus tôt ce matin pour me laisser le temps de faire un détour : un peu à l’écart de la route à l’abri des arbres, un tout petit cimetière vieillissait en silence. c’était un endroit où personne ne s’aventurait jamais ; masqué par l’ombre du pont, sur la pente raide de la berge, quelqu’un avait enterré ses morts. Les trois grosses pierres tombales étaient celles de Takashima Satoru et sa femme, Miyuki Saito, et la famille Koizumi accompagnée de leur chat. Les herbes folles avaient rongé les noms, la pierre s’était soulevée, effritée, fissurée par endroits, un oiseau avait fait son nid dans la branche au-dessus et des fientes coulaient le long des sotoba. Depuis que j’avais découvert ce petit sanctuaire, j’aimais y passer pour les saluer. Diligemment, j’arrachais les mauvaises herbes. Haru se moquait de moi, elle grondait : « Laisse les morts où ils sont ! Ne les embête pas ! ». Elle ne le disait jamais méchamment, je lui surprenais même l’air un peu triste dans ces moments-là.
– Koizumi-san, Saito-san, Takashima-san, aujourd’hui aussi, je m’en remets à votre bienveillance, dis-je solennellement avant de m’incliner.
Puis je remontai la pente, repris mon vélo, attendis que Haru s’installât à l’arrière et je pédalai jusqu’au lycée, un établissement humble dont les grilles restaient ouvertes à toute heure de la journée. Nous n’étions pas très nombreux, tout le monde se connaissait : le fils d’untel, la fille de monsieur, le professeur jadis professeur de maman. Pas de surprise.
– Julian, salua un jeune homme taciturne adossé à la grille, les cheveux aussi noirs que ses yeux, les épaules carrées et l’allure sportive, plus grand que la plupart des garçons de son âge.

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