Les Dames de Kimoto

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Bien le bonjour bande de gens, j’espère que vous allez bien ! C’est fou les choses sur lesquelles je tombe au Village du Livre où je travaille : la double étiquette musée-librairie n’est pas simple à définir, mais à force de tomber sur des livres du XVIIIe siècle ou même une dédicace de Dali (oui oui, même si au début j’ai cru que c’était un vieux gribouilli), on commence à se faire une petite idée XD Bon après on a des trucs plus « normaux », rassurez-vous 😀 D’ailleurs, je suis récemment tombée sur un recueils de poèmes auto-édité pas mauvais du tout : j’ai craqué… encore ^^’

Nouvelle chronique littéraire ! J’avais envie de lire un peu plus de littérature japonaise. En ce moment, j’ai envie de lire des romans d’ailleurs, que ce soit la forme ou le fond, mais surtout la forme. J’ai pioché au hasard et j’ai découvert Les dames de Kimoto de Sawako Ariyoshi, sorti en France en 2018 et publié pour la première fois en 1959 au Japon. L’auteure est une figure majeure de la littérature nippone, et chacun de ses livres met en valeur une facette de la société japonaise. Reprenant souvent des personnages principaux féminins, elle critique notamment des valeurs patriarcales traditionnelles qui enferment les femmes dans des carcans de soumission et de docilité ; cependant, elle montre aussi les répercussions des normes sur les hommes, son œuvre n’est donc pas strictement centrée sur l’émancipation féminine. De plus, elle témoigne malgré tout d’un certain attachement aux arts traditionnels pour leur beauté et leur délicatesse. Morte en 1984, elle laisse derrière elle plus d’une centaine d’œuvres d’écriture.

Résumé : « Le mont Kudo était encore voilé par les brumes matinales de ce début de printemps. La main serrée dans celle de sa grand-mère, Hana franchissait les dernières marches de pierre menant au temple Jison. L’étreinte de la main autour de la sienne lui rappelait que, maintenant qu’elle allait être admise comme bru dans une nouvelle famille, elle cesserait d’appartenir à celle où elle avait vécu les vingt années de son existence. »
À travers le récit des amours, des passions et des drames vécus par trois femmes de générations différentes, Les dames de Kimoto dresse un tableau subtil et saisissant de la condition féminine au Japon depuis la fin du XIXe siècle.

Mon avis : 

La couverture ressemble à une vieille photo colorisée, elle a ce charme suranné des anciennes prises de vues qui nous paraissent presque irréelles plus le temps passe. On peut y voir deux Japonaises en kimono : les couleurs jurent un peu, mais c’est tout de même très joli. Elles ont l’air petites et menues, et ce n’est pas un hasard : dites-vous bien que l’une des protagonistes du roman, Fumio, est considérée comme trop grande et forte, alors qu’elle fait seulement 1m63 !

En à peine quelques lignes je suis tombée amoureuse de l’écriture de Sawako Ariyoshi. Que ce soit les descriptions, l’évocation des traditions ou des sentiments de ses héroïnes, elle fait preuve d’une grande délicatesse et d’une puissance d’évocation bouleversante. J’aurais voulu rester dans cette atmosphère pendant au moins 10 ou 20 romans de plus ❤ Elle nous dépeint toutes les subtilités de la condition féminine au Japon à travers des femmes fortes et pleines de volonté. Le but du roman n’est pas pour autant de critiquer simplement, mais de dépeindre dans toute leur complexité la vie de trois femmes japonaises au XIXème siècle, de l’ère Meiji (1868-1912) à l’ère Shōwa (1926-1989). On y voit tout l’amour que l’auteure porte aux arts traditionnels, qui, débarrassés de l’éventuelle contrainte sociale, sont porteurs d’une grande subtilité et d’un héritage culturel des plus importants. Loin d’exiger une table rase, l’auteure semble appeler en même temps à la liberté et à un rapport apaisé entre présent et passé.

Le roman est divisé en trois parties, pour trois générations de femmes. Il y a d’abord Hana, que l’on rencontre alors qu’elle va devenir jeune épouse. Très influencée par sa grand-mère Toyono, elles semblent se comprendre sans même avoir besoin de se parler. Si Hana se plie sans difficultés à la place que l’on attend d’elle, elle y manifeste également sa force et sa volonté car rapidement toute la maisonnée repose sur elle ; elle est même un pilier pour la carrière politique de son époux, en le soutenant à travers son rôle de femme au foyer et d’épouse. Grâce à une éduction qui n’a rien à envier à celle des garçons, elle a également une grande sensibilité intellectuelle et artistique.

Ensuite vient Fumio, l’une des filles de Hana. Un long conflit va opposer la mère et la fille, car Fumio rejette en bloc les traditions et leur carcan pour adopter un point de vue résolument féministe et très critique sur tout ce qui concerne le passé et les institutions dominantes. Elle n’a pas la sensibilité de sa mère, et tout semble les opposer. Fumio va même jusqu’à s’établir à l’étranger, mais à l’occasion de la guerre (Première Guerre Mondiale si je ne dis pas de bêtises) et surtout de la mort d’un de ses fils, elle va renouer les liens familiaux et accepter au moins en partie son héritage japonais.

Et enfin il y a Hanako, fille de Fumio et petite-fille de Hana. Elle est bien plus proche de Hana que ne l’était sa mère, mais habituée à une existence riche, elle supporte mal les privations de la guerre et se révèle un peu capricieuse. Toutefois, elle est sensible aux valeurs traditionnelles chères à sa grand-mère, et au chevet de cette dernière, elle prend conscience de l’héritage dont elle est porteuse, celui de plusieurs générations de femmes depuis son ancêtre Toyono.

Bref, c’est une magnifique chronique familiale, une histoire au sein de l’Histoire avec ses moments de joie, de tristesse, et surtout ses personnages réunis au sein d’une même communauté malgré leurs querelles. Avec ce roman on découvre une très belle image du Japon traditionnel, et je vous conseille absolument ce petit moment de poésie hors du temps ❤

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  1. Je ne suis pas vraiment fan de ce style de lecture mais je vais le conseiller à plusieurs amis qui seront tentés !

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