Premières lignes… #165

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Nouveau dimanche, nouvelle découverte ! Je continue le rendez-vous que j’ai trouvé chez Book & share, et inauguré par le blog Ma Lecturothèque 🙂 Le principe de ce post est de prendre un livre chaque semaine pour vous en citer les premières lignes.

Il pleuvait. C’est-à-dire que, comme de coutume, des gouttes froides tombaient de la voûte, donnant l’illusion que les pierres du château transpiraient. En fait, l’averse n’avait rien d’étrange, puisqu’elle était produite par l’humidité accumulée dans les hauteurs et grossie par des ruisselets d’infiltration. Cela amenait certains à penser que le manoir gisait au plus profond d’un océan, que son étanchéité se trouvait de plus en plus menacée et, qu’un beau jour, les murailles cèderaient dans un grand fracas pour déverser des eaux dévastatrices qui ne laisseraient rien debout. Il y avait de cela quelques années, juché sur un grêle échafaudage, un nigaud s’était employé à badigeonner une partie de l’immense plafond, mais le piteux trompe-l’œil n’avait guère tenu et on avait eu à subir des chutes de confettis bleus durant des mois et des mois.
La pluie ne tombait pas que du ciel de pierre. Elle se logeait aussi dans le cœur d’Aurjance, plus glaciale encore, gommant tout ce qui faisait que la jeune fille se levait d’ordinaire au petit matin en se réjouissant des occupations qui seraient les siennes au cours de la journée. Elle venait de l’apprendre de la bouche de Nordin, l’éleveur de gonches : Dulvan, son jeune frère, avait loué deux montures pour entreprendre un long voyage au-delà de Viridis, cette vaste salle-royaume où il n’était pourtant pas si désagréable de vivre. Deux de ces animaux mangeurs de viande, moitié cheval, moitié dragon, car, bien entendu, Dulvan n’avait pas laissé derrière lui son compère Garicorne, pour lequel il paraissait parfois éprouver plus que de l’amitié…
Mais quant à sa soeur, il ne l’avait même pas avertie. N’hésitant pas à arracher Nordin à son sommeil, il s’était esbigné au coeur de la nuit, redoutant sans doute la ferme opposition que n’aurait pas manqué de lui manifester Aurjance.
« Sortir de Viridis où nous bénéficions d’un éternel printemps, c’est folie, lui aurait-elle assené. Et que comptes-tu découvrir au-delà de chez nous ? Ceux qui vivent loin dans les profondeurs de notre salle, là où ils côtoient la frontière, affirment que c’est l’été qui pèse sur le royaume suivant, qu’une chaleur difficilement supportable y règne et qu’ils en reçoivent parfois quelques bouffées aptes à brûler la peau et à tuer les plantes. Aspires-tu à devenir cuit comme un gigot ? »
Dulvan n’était pas du genre à écouter les remontrances et à dévier de son obstination. Il s’en serait probablement sorti en partant d’un grand rire, aurait soulevé sa soeur dans ses bras et l’aurait tourneboulée de baisers avant qu’elle ait pu ajouter un mot. Il aurait franchi le seuil de la chaumière de la même manière, n’ayant seulement qu’à s’épargner de marcher sur la pointe des pieds comme il l’avait fait alors qu’elle était endormie.

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