Premières lignes… #164

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Nouveau dimanche, nouvelle découverte ! Je continue le rendez-vous que j’ai trouvé chez Book & share, et inauguré par le blog Ma Lecturothèque 🙂 Le principe de ce post est de prendre un livre chaque semaine pour vous en citer les premières lignes.

Matthias Helm
24 au 27 août 2036 – Avignon, 48513 hab.

La première fois que j’ai vu l’enveloppe, je n’y ai pas prêté attention. J’avais trop bu. Pour vous donner un ordre d’idées, j’ai dû mettre un quart d’heure avant de parvenir à insérer la clé dans la serrure de mon 9m carré. Je crois me souvenir avoir marché sur l’enveloppe glissée sous la porte, puis pouffé en voyant l’empreinte noire de mon pas se greffer dessus. Ou bien je me suis imaginé ceci comme pour marquer la véritable limite entre ma vie d’avant et le moment où elle a brusquement changé de trajectoire.
Je me suis affalé sur mon lit. Seul, une fois de plus. Encore une soirée étudiante de pauvre passée à boire, à défaut de séduire une fille. A l’époque, on me disait trop emprunté, trop maladroit, et le recours à l’alcool frelaté, alcool artisanal oblige, n’arrangeait rien. Fort d’une assurance dont je me croyait subitement investi, je n’en devenais que plus pitoyable. Je n’étais pas un séducteur dans l’âme. Je ne le suis pas plus aujourd’hui. Aujourd’hui, la différence, c’est que ça ne me fait plus ni chaud ni froid. Mes préoccupations sont d’une tout autre nature. Elles sont en tout cas bien éloignées des pseudos cours de fac auxquels j’assistais une fois sur trois, de mon projet professionnel ou de ma vie sentimentale.
C’est l’enveloppe qui est à l’origine de ce décalage. C’est con une enveloppe. Rien qu’un morceau de papier. Et pourtant, quand vous le découvrez, quand il se révèle, quand il révèle sa vraie nature je veux dire, il peut foutre votre existence en l’air. Il faut toujours se méfier des courriers glissés sous votre porte lorsqu’ils portent vos noms et prénoms écrits à la machine. En général, ce n’est pas bon signe, pas bon signe du tout, mais j’étais trop bourré pour m’en rendre compte.
Et je me marrais, seul dans mon lit, à mille lieues de penser à cette enveloppe encore cachetée que j’avais fourrée dans la poche de mon jean sans même l’avoir ouverte.
Elle ne se rappela à moi que trois jours plus tard, à la bibliothèque universitaire, dans l’enceinte de l’ancien hôpital Saine Catherine. Je bossais sur un exposé portant sur les failles sismiques. Un vrai bonheur.
Installé à une longue table en compagnie d’autres étudiants grattant du papier ou pianotant du clavier dans un état de concentration intense, je bullais.
Un imbécile brisa le silence ambiant en éternuant d’abord, puis en toussant et en feignant l’agonie avant de laisser échapper un rire niais. Monsieur j’mérite des baffes et bien plus encore. Sa copine de table, consciente de tous les regards braqués sur eux, lui lança un « mais t’es con ou quoi ! » en le tapant sur le bras d’une main molle. Après un sursaut d’angoisse justifié, les étudiants apprécièrent l’intervention du bibliothécaire présent ce jour-là. Il s’approcha du comique de service et lui intima de quitter les lieux sur-le-champ. Il y avait des choses avec lesquelles on ne plaisantait pas. La pandémie qui avait frappé la population mondiale deux ans plus tôt avec une efficacité que l’on pouvait à juste titre qualifier de redoutable, en était une.

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