Le Coeur perdu des automates

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Bien le bonjour bande de gens, j’espère que vous allez bien ^^ Je suis tombée sur une petite pépite au boulot : un cahier de mutation de propriétés (un genre de registre immobilier tenu par les mairies) datant de 1819 ! Ca fait tellement bizarre de voir l’écriture manuscrite et de se dire qu’elle date de plus de 200 ans, qu’il y avait un clampin qui tenait ce cahier exactement comme moi aujourd’hui… mais en bien meilleur état parce que là les plats de couverture ont l’air d’être passés à l’éponge métallique ^^’ Bon par contre ça n’atteint pas mon copain qui m’a regardée comme une folle quand j’ai essayé de lui dire pourquoi je trouvais ça émouvant XD

Nouvelle chronique littéraire ! Voici un petit roman que j’avais hâte de lire, je le voyais passer et repasser, entre couverture qui attire l’oeil et critiques alléchantes, et comme d’habitude, j’ai fini par craquer XD Voici Le Coeur perdu des automates de Daniel H. Wilson, paru en 2018. La couverture nous le jette un peu à la figure, donc spontanément je pensais que c’était du steampunk, mais en fait c’est plus une vague esthétique de rouages qu’une vraie intrigue basée sur les codes du genre ; on pourrait dire que c’est de la science-fiction puisque il y est question d’automates fonctionnant avec une technologie mystérieuse, mais d’un autre côté, tout ça semble s’apparenter à une ancienne magie donc… j’avoue que je suis confuse sur le genre dans lequel je dois classer ce roman ^^’

Résumé : Moscou, 1709. Un automate reprend vie dans un atelier, aux côtés d’une poupée à la mécanique tout aussi précise et complexe que la sienne, sa soeur. Doués de parole et d’une âme, ils ont pourtant tout oublié de leur passé. Et de la guerre qui déchire leurs semblables.
De nos jours. Fascinée par les automates, June parcourt le monde à leur recherche, brûlant de percer leur mystère. Elle possède un étrange legs de son grand-père : une sorte de coeur finement ouvragé, réceptacle, elle le sent, d’un secret intemporel et d’une histoire épique. En effet, si les automates existent depuis la nuit des temps, dissimulés parmi les hommes, le compte à rebours pour leur survie a débuté. Et c’est June qui en détient la clef.

Mon avis : 

La couverture vend du rêve, disons-le clairement. Bon, du rêve steampunk qui n’en est finalement pas vraiment, c’est le petit bémol que j’aurais à lui reprocher, surtout que le « coeur » des automates n’est pas du tout une affaire de rouages cliquetant. Mais il faut reconnaître que l’artiste, Michael J. Windsor, a su faire une très belle illustration, avec des couleurs chaudes et aguichantes, et une machinerie intrigante. Je vous conseille d’aller voir son site, il a fait plusieurs couvertures de livres dont certaines ont un style superbe !

Daniel H. Wilson nous plonge dans un récit à deux temporalités : d’un côté nous suivons June, une scientifique archéologue spécialisée dans les anciens automates. Suite à une découverte inattendue et à un trésor légué par son grand-père, elle se retrouve bon gré mal gré au coeur d’un conflit millénaire entre des automates hors du commun, guidés par le mot d’ordre gravé sur leur coeur mécanique. De l’autre, nous suivons Pierre, l’un de ces automates : sans passé ni mémoire, il lutte pour trouver comment se conformer le mieux à la Parole qui le guide : est-ce Pravda, la Justice comme il l’a affirmé à celui qui l’a ranimé pour servir le tsar ? Ou est-ce un concept plus complexe ? Pierre et June vont se lancer dans une quête pour tenter de sauver les automates mourants et mettre fin au conflit qui les oppose.

L’histoire des automates m’a beaucoup plue, et Pierre est vraiment un personnage attachant. En fait, on se concentre beaucoup plus sur lui que sur le personnage de June, il est beaucoup plus mis en avant. Heureusement, on évite l’écueil de la relation amoureuse bizarre, j’avais un peu peur de le voir arriver mais heureusement on a juste une forme de complicité. Mais là encore, le duo entre Pierre et sa soeur Helena, qui obéit à la Parole de la Logique, est beaucoup plus attachant et détaillé. Leur histoire m’a énormément fait penser à Entretien avec un vampire en vrai : un homme et une petite fille qui est en fait une adulte, immortels et vivant cachés parmi les hommes en se faisant passer pour père et fille. L’un est torturé sur sa propre raison d’être, l’autre cherche à toute force leurs semblables. Leurs péripéties sont palpitantes et j’ai adoré cette partie du roman !

Ceci dit, même si à chaud ma lecture a été très agréable, après une plus mûre réflexion et la lecture de quelques critiques, je comprends mieux ce qui m’a gênée, et pourquoi je ne pense pas le relire : ça manque de profondeur. Le roman nous présente ces automates sous des traits finalement assez anthropomorphes : ils sont brisés, contraints de se cacher, aux prises avec un conflit que beaucoup ont oublié, et obéissent à un mot d’ordre tout en ayant une personnalité avec des sentiments qui parfois entrent en contradiction avec cette raison d’être. C’est très intéressant, et j’ai beaucoup aimé cet aspect de leur mécanique.
Mais comme leur Parole semble primer sur tout le reste pour permettre leur bien-être, j’ai parfois l’impression qu’ils sont comme des dieux enfermés dans la tâche qui leur a été attribuée à la Création. Et il n’y a pas de vrai révélation à la fin sur ce comment ces contradictions pourraient aboutir : conciliation, destruction, reconstruction, évolution… Ca les rend très « humains » si on se dit que finalement il n’y a pas de vraie réponse, mais dans ce cas, ils perdent leur singularité d’automates… Je reste un peu sur ma faim, même si le dénouement a son côté touchant et satisfaisant pour les personnages. Le plus déroutant pour moi c’est l’Empereur, celui qui était à la tête des automates : j’ai pas compris le fonctionnement du personnage, entre « je demeurerai le seul » et « nous sommes réunis, l’équilibre est restauré »… En fait, les antagonistes manquaient de développement, et quitte à nous parler d’une guerre entre automates, ben j’aurais aimé un roman sur cette guerre et pas seulement sur sa conclusion…

Concernant la partie historique, elle m’a beaucoup plue, à tel point que la partie contemporaine m’a un peu laissée sur ma fin. Deux points importants sont laissés dans l’ombre, ce que je trouve assez dommage : d’une part, on voit que les automates ont favorisé l’évolution de la technologie chez les humains pour comprendre leur propre fonctionnement. Eux-mêmes ont accès à une technologie de pointe, qu’on va voir pendant un bref passage mais dont on ne verra ni ne saura rien d’autre ! D’autre part, le fonctionnement réel de ces automates et leur origine sont laissés dans le vague : les Premiers Humains, visiblement basés en Chine pour une raison inconnue (alors que d’après l’archéologie les premières civilisations humaines étaient basées en Mésopotamie, Egypte et Inde)… et c’est tout. Entre ces points dans le vague et d’autres ridiculement évidents (cent pages pour deviner qu’il s’agissait du yin-yang, j’y crois pas une seule seconde), je trouve ça un peu bancal.

Bref, une aventure intrigante avec des personnages attachants et une intrigue qui tient en haleine, toutefois ça manque de développement pour vraiment apprécier les thèmes sous-jacents : l’importance du passé, la nature des automates, le rôle de la Parole qui les guide. Le roman est une très bonne lecture, mais sans plus, donc éventuellement pour une lecture détente et sans prise de tête.

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  1. Je trouve ça génial, le cahier qui a plus de 200 ans ! Je comprends ton émotion =)
    Quant au roman, à voir. Je ne sais pas s’il me tente ou non… Le mieux, dans ces cas-là, c’est d’attendre quelques semaines ou mois et voir si le livre nous tente vraiment ou pas ^^

    • Viii, c’était si intrigant et émouvant ^^
      Et oui, c’est toujours délicat quand on hésite devant un roman, j’ai ce problème quand je dois décider quel livre acheter ou laisser à la librairie XD

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