L’homme qui mit fin à l’Histoire

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Bien le bonjour bande de gens, j’espère que vous allez bien ^^ Je suis en train de découvrir une nouvelle série avec une histoire de maison hantée, vous savez comme je les adore 😀 Elle s’appelle Typewriter, c’est une série indienne diffusée sur Netflix, vous connaissez ? J’en ferai une chronique bien sûr, mais si vous connaissez d’autres séries sur des histoires de fantômes ou de maisons hantées, je suis preneuse ❤ Et d’ailleurs, j’ai un petit projet pour une nouvelle catégorie sur le blog, vous me direz d’ici quelques mois ce que vous en pensez 😉

Nouvelle chronique littéraire ! Aujourd’hui je vous retrouve pour une nouvelle novella de la collection Une Heure Lumière des éditions le Bélial’ ^^ Si vous ne l’avez pas encore découverte, je vous la conseille absolument : le principe est de regrouper des textes courts de science-fiction, souvent primés par des récompenses littéraire comme le prix Hugo ou le prix Nebula par exemple. La novella que je vais vous présenter ici s’intitule L’Homme qui mit fin à l’histoire, elle a été écrite par Ken Liu en 2011 et traduite en français en 2016. D’ailleurs, l’auteur a publié l’année suivante dans la même collection une autre novella intitulée Le Regard, et en 2015 il a sorti un recueil de nouvelles qui a fait pas mal de bruit, La Ménagerie de papier. Si j’ai choisi de vous parler de cette novella en particulier, c’est parce que le thème abordé est très particulier, et met en valeur un évènement méconnu de l’Histoire, en particulier par les Occidentaux.

Résumé : Deux scientifiques mettent au point un procédé révolutionnaire permettant de retourner dans le passé. Une seule et unique fois par période visitée, pour une seule et unique personne, et sans aucune possibilité pour l’observateur d’interférer avec l’objet de son observation. Une révolution qui promet la vérité sur les périodes les plus obscures de l’histoire humaine. Plus de mensonges. Plus de secrets d’État.
Créée en 1932 sous mandat impérial japonais, dirigée par le général Shiro Ishii, l’Unité 731 se livra à l’expérimentation humaine à grande échelle dans la province chinoise du Mandchoukouo, entre 1936 et 1945, provoquant la mort de près d’un demi-million de personnes… L’Unité 731, à peine reconnue par le gouvernement japonais en 2002, passée sous silence par les forces d’occupation américaines pendant des années, est la première cible de cette invention révolutionnaire. La vérité à tout prix. Quitte à mettre fin à l’Histoire.

Mon avis : 

Encore une fois, la couverture est magnifique. Cette collection m’avait longtemps fait de l’oeil pour ça, toutes les couvertures sont du même artiste, Aurélien Police, et je vous conseille d’aller jeter un oeil à ses autres oeuvres, ça vaut le coup d’oeil ❤ Ici, nous avons l’impression de voir une horloge en train de se décomposer, avec des engrenages rouillés et des bords de papier brûlé dont les cendres pleuvent.

L’histoire est découpée de façon un peu particulière, un peu comme si on lisait la description d’un documentaire pour les malentendants ; néanmoins la lecture est fluide et rapidement on se plonge dans un récit incroyablement humain et bouleversant. Successivement nous sont présentés des témoignages, des interviews, et peu à peu tout prend sens autour d’une seule et même histoire, avec des implications et des conséquences à peine mesurables. Nous découvrons ainsi, à travers le point de vue de sa femme Akemi Kirino en particulier, le professeur Evan Wei. Celui-ci est parvenu à mettre au point une machine qui permet d’observer le passé comme si on s’y trouvait. Ce n’est pas du voyage temporel cependant puisqu’il n’est pas possible d’interagir, on ne peut qu’être spectateur. Grâce à cette découverte majeure, il devient possible d’enquêter sur des évènements précis, méconnus ou controversés de l’Histoire. Il existe néanmoins un problème de taille : une fois observés, ces évènements disparaissent à jamais, ils ne peuvent être revécus qu’une seule fois. La personne qui les a observés devient donc leur seul et unique témoin.

Le professeur Wei est obsédé par une période en particulier : les années 1936-1945, où la Chine envahit la Mandchourie le Japon. Une unité spéciale, l’Unité 731, procède alors des expérimentations innommables sur des milliers de prisonniers. Il faut savoir que tout ceci s’est réellement passé, ce n’est pas une invention de l’auteur. L’horreur de la chose est largement comparable, voire pire encore que les expérimentations du docteur nazi Joseph Mengele, surnommé l’Ange de la Mort et connu pour avoir mené des expérimentations sur des humains dans les camps de la mort. Pendant très longtemps, ça a été une cause de discorde entre la Chine et le Japon. Le récit raconte, sans verser dans le gore mais sans chercher non plus à édulcorer ce qui se déroulait dans le camp 731.

Evan Wei veut se servir de son invention pour pouvoir honorer la mémoire des nombreuses victimes de l’Unité 731 et rétablir une bonne fois pour toutes la vérité ; pour ce faire, il accorde des voyages aux descendants des victimes, afin que ceux-ci puissent faire leur deuil et comprendre ce qui s’est réellement passé. Malheureusement, sa démarche va se terminer en descente aux Enfers. Tout d’abord, cela pose un problème de légitimité scientifique : il n’y a qu’un seul et unique témoin de ces évènements, qui sont ensuite supprimés sans possibilité de les revoir. Comment s’assurer alors de la fiabilité de ce témoin ? N’aurait-il pas mieux valu accorder ce droit à un historien chevronné, préférer la mémoire collective au deuil individuel ?

Ensuite, l’autre problème est que les relations entre Chine et Japon s’enveniment aussitôt, suivies ensuite par le reste de la planète. Chacun a sa propre conception de l’Histoire, souvent pour servir des intérêts politiques ; et selon cette conception, chacun préfère laisser certaines choses dans l’ombre, en exhumer de nouvelles, ou interpréter le tout d’une façon bien particulière. Ca m’a énormément rappelé mes cours de lycée sur la mémoire de la Shoah, et mes cours de master sur la façon dont chaque pays mettait en valeur (ou non) son patrimoine. On voit bien que la mémoire est finalement quelque chose de très subjectif, et le fameux « devoir de mémoire » est très souvent instrumentalisé pour ne retenir qu’une partie des évènements. Mais au vu de toute la polémique que la machine de Wei déclenche, il y a une autre question qui émerge : ne vaut-il pas mieux oublier ? Accepter de tourner cette page de l’Histoire pour en écrire une autre ? Le philosophe Nietzsche disait que l’oubli était parfois nécessaire pour vivre. Tout le monde n’est pas prêt à entendre ce que l’on découvre du passé.

Cette novella m’a passionnée et je pense que je m’en souviendrai pendant très longtemps. Déjà car elle m’a fait découvrir tout un pan de l’Histoire dont je n’aurais jamais soupçonné l’existence : sans vouloir continuer la polémique, je suis contente de ne plus être ignorante à ce sujet. Ensuite parce qu’elle permet de voir à quel point la redécouverte du passé est une chose délicate, ne serait-ce que pour la fragilité des preuves. C’est un grand texte de SF qui ramène à de nombreuses polémiques d’aujourd’hui, qui nous met face à nos contradictions et à notre humanité, dans ce qu’elle a de pire et de meilleur. C’est une lecture coup de poing et je vous la conseille vraiment !

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  1. J’avoue que j’ai très envie de craquer dès que je vois un titre de cette collection, en grande partie à cause / grâce à la beauté des couvertures ! mais je ne me suis pas encore lancée ^^

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