Bartleby le scribe

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Bien le bonjour bande de gens, j’espère que vous allez bien ^^ Très fière aujourd’hui de pouvoir vous dire que j’ai repris le sport, et pas qu’un peu ! Avec mon copain comme coach sportif vu qu’il s’y connaît un peu en muscu, je me suis improvisé une heure d’exercices tous les soirs. On se motive l’un l’autre donc c’est plutôt cool ; et ça commence à payer, mes abdos se dessinent :3 Heureusement, vu qu’il connaît les bons exercices d’étirement, j’arrive à limiter les courbatures (oui parce que le coup de « ça fait mal donc c’est bien », c’est une grosse bêtise).

Nouvelle chronique littéraire ! Aujourd’hui je vous propose une édition particulière d’une nouvelle écrite par Herman Melville. C’était un écrivain états-unien (je sais que le mot est peu utilisé, et un peu plus moche que « américain », mais depuis qu’on m’a fait remarquer que « américain » désigne quelque chose des Etats-Unis comme si ce pays était le seul à résumer l’Amérique, ça me chagrine et j’essaie de me corriger), né en 1819 et mort en 1891, et si son nom vous dit quelque chose, c’est parce qu’il est l’auteur de Moby Dick. Peu connu de son vivant, on le considère aujourd’hui comme un des plus grands auteurs de la littérature des Etats-Unis. La nouvelle que je veux vous présenter aujourd’hui s’intitule Bartleby le scribe, et date de 1856. Les éditions Sarbacane en ont fait une très belle édition en 2013, au sein de leur collection Grands Classiques Illustrés que je vous conseille. A chaque album son illustrateur, et ici il s’agit du québécois Stéphane Poulin.

Résumé : Wall Street, dans les années 1850. Un juriste mène avec ses deux copistes Dindon et La Pince, et son garçon de courses Gingembre, une vie de bureau morne et régulière. Il engage un jour un étrange jeune homme aux allures de spectre qui, très vite, refuse de travailler – sans pour autant
quitter les lieux. « J’aimerais mieux ne pas », ne cesse-t-il d’opposer pour tout argument au narrateur tantôt estomaqué, tantôt furieux, suppliant, en proie à la mauvaise conscience… Comment chasser de ses bureaux – et surtout de ses pensées – cet être apparemment faible et démuni, mais dont la résistance se révèle aussi implacable qu’incompréhensible ?

Mon avis : 

Sachant que presque toute l’intrigue va se passer dans un bureau, avec les mêmes personnages et assez peu d’action, illustrer une telle nouvelle peut être assez délicat, du moins à mon sens : comment maintenir l’intérêt et rendre vivant un récit dont la nature même est assez apathique ? Mais j’ai beaucoup aimé comment l’illustrateur représentait les différents personnages, et parvenait à coller au récit tout en mettant en lumière l’absurdité des situations. Les images de Stéphane Poulin sont très belles, et j’aime tout particulièrement le grand format de l’album qui permet de profiter d’illustrations pleine page.

Quant à la nouvelle, elle n’est pas simple à aborder. Le narrateur est un juriste qui dirige son cabinet de copie, avec ses deux copistes. Il engage Bartleby pour l’aider dans son travail, mais rapidement le jeune homme ne lui donne plus satisfaction. Il cesse graduellement de travailler, puis refuse carrément de quitter le cabinet pour y vivre. Non qu’il soit encombrant, bien au contraire : il est même plutôt effacé, et le paravent qui cache son bureau devant la fenêtre masque également Bartleby, plongé dans sa contemplation à travers les carreaux. Que faire ? Pour le narrateur, c’est un sujet de questionnements sans fin. Peu importe qu’il s’énerve, s’inquiète ou demande des explications, Bartleby répond toujours sur le même ton monocorde « J’aimerais mieux ne pas ».

Le narrateur n’est pas un homme violent, ni même un homme très ferme dans ses décisions. Si on devait le décrire, on pourrait dire que c’est un genre de bourgeois propre sur lui et satisfait de sa vie et de ses journées de manière générale. Il tend à fuir la confrontation, ce qui l’empêche finalement de virer Bartleby ou de se mettre réellement en colère contre lui. Enfin, il tend à s’identifier à son employé, et à entrevoir quelque chose de plus grand et plus mélancolique que sa propre petite routine enfermée sur elle-même.

Cependant, malgré toute la compassion et la culpabilité qu’il peut éprouver envers son employé, n’osant pas le mettre à la rue ou l’envoyer en prison, il ne peut le soutenir. La première interprétation serait de dire que Bartleby souffre d’une forme sévère de dépression. Une interprétation plus poussée (merci Wikipedia) permet de montrer que le récit critique aussi un mode de vie qui, en évoluant, s’est retrouvé basé sur la prudence, les conventions sociales et la nécessité de travailler, de se conformer à un modèle laborieux pour être propre sur soi. Par sa passivité, Bartleby va totalement à l’encontre de ce système, et les autres employés du bureau le rejettent aussi car il refuse de rentrer dans la norme. Son attitude dénonce finalement la stérilité du monde où il vit, de son travail répétitif et vide de sens. C’est le genre de critique qu’on peut tout à fait mettre en lien avec notre contexte actuel !

En conclusion, une nouvelle très intéressante, avec des illustrations qui permettent de donner une force nouvelle au récit. Je ne pense pas que ce soit un album pour des enfants, le récit est à la fois trop plat et trop profond pour qu’ils l’apprécient vraiment, mais un adulte pourra tout à fait le lire et y réfléchir. Ce n’est pas forcément une lecture facile, parce qu’on ne sait pas forcément quoi en penser en refermant le livre, mais j’ai beaucoup aimé lire les analyses qui avaient été faites sur cette histoire 🙂

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  1. Une heure de sport tous les soirs ? 😱 Ça, c’est de la reprise !
    Je ne connais pas du tout l’œuvre de Melville, exceptées les adaptations de « Moby Dick » ; ce huis-clos intrigue beaucoup, j’espère que j’aurais prochainement l’occasion de le découvrir ^^

    • C’est pas forcément très joyeux comme histoire, mais en ce moment on peut lui trouver pas mal de points communs avec notre société actuelle.
      Et yep, mais c’est très gratifiant ^^

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