Premières lignes… #153

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Nouveau dimanche, nouvelle découverte ! Je continue le rendez-vous que j’ai trouvé chez Book & share, et inauguré par le blog Ma Lecturothèque 🙂 Le principe de ce post est de prendre un livre chaque semaine pour vous en citer les premières lignes.

Ca fait plaisir de te revoir debout et… ma foi… presque au complet.
Charles Batifol, rédacteur en chef de La Montagne, accueillait ainsi avec un sourire chaleureux le retour du plus casse-cou de ses journalistes sportifs. Si sa face rubiconde exprimait la joie des retrouvailles, on pouvait cependant y lire une certaine anxiété répondant à l’air sombre de son visiteur. Aussi crut-il bon d’ajouter, dans un élan de compassion :
– Finalement, tu t’en sors bien !
Adrien Darcy ferma les yeux. Son exaspération devant de tels propos était si forte qu’elle crispait ses traits en un masque douloureux. Il en avait plus qu’assez de s’entendre dire à longueur de journée qu’il était un rescapé de la vie qui devait en conséquence s’estimer heureux. Toutes ces considérations sur sa prétendue « chance » lui devenaient de plus en plus insupportables.
La chance, il n’en avait guère eu, justement ! Sportif de haut niveau, il avait subi trois mois auparavant un grave accident de vélo lors d’un choc frontal avec une voiture venant en sens inverse dans un virage. Le bilan était lourd : fracture de l’humérus au-dessus du coude avec section du biceps, traumatisme crânien, plusieurs vertèbres cassées. Vu la violence du choc, il aurait pu effectivement s’en sortir moins bien. S’il se servait encore de son bras droit avec difficulté, il pouvait aujourd’hui marcher à nouveau sans trop de problèmes. Selon les médecins, il récupérait même « vite et bien ». Depuis deux jours, ils avaient décidé d’arrêter une grande partie des antidouleurs qui lui brouillaient complètement le cerveau.
Adrien savait pertinemment qu’un accident pareil aurait pu l’immobiliser trois mois de plus à l’hôpital. Malheureusement, la nature humaine est faite de telle façon qu’on se désole de ce qui nous arrive plutôt que de songer à ce qui aurait pu nous arriver. Tout ne se passait donc pas aussi bien dans sa tête que les autres semblaient le croire.
Depuis son adolescence, le vélo était sa passion. Il pratiquait aujourd’hui cette discipline à très haut niveau, ne pouvait se résoudre du jour au lendemain à une inactivité totale.
« Interdiction de pratiquer la moindre activité physique et encore moins de remonter sur votre bécane pendant au minimum trois mois. »
Là-dessus, les avis des médecins s’accordaient. C’était bien là, d’ailleurs, le coeur du problème. Le plus optimiste lui avait tout de même concédé : « Une demi-heure de marche par jour, sans forcer, hein ! Couplée au besoin avec un peu d’aquagym. »
Autant dire des prescriptions de vieux, d’invalide, des occupations de salon, du petit bricolage pour lui qui avait la rage au coeur, les jambes en feu et l’envie d’en découdre. Revenu à son domicile depuis quelques jours, il sentait déjà son moral ressembler à celui d’une dinde la veille du réveillon.

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