Premières lignes… #151

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Nouveau dimanche, nouvelle découverte ! Je continue le rendez-vous que j’ai trouvé chez Book & share, et inauguré par le blog Ma Lecturothèque 🙂 Le principe de ce post est de prendre un livre chaque semaine pour vous en citer les premières lignes.

J’ai rêvé la nuit dernière que je retournais à Manderley. Je me tenais près de la grille qui donnait sur l’allée, mais impossible d’entrer : le portail était fermé par un cadenas et une chaîne. J’appelais le gardien. Personne ne répondait. Regardant mieux entre les barreaux rouillés, je vis que le pavillon était inhabité.
Aucune fumée ne sortait de la cheminée, et les petites fenêtres à carreaux losangés étaient ouvertes, abandonnées. A ce moment-là, comme il arrive dans les rêves, je me trouvais soudain investie de pouvoirs surnaturels et traversais tel un esprit la grille qui me bouchait le passage. L’allée serpentait devant moi avec ses méandres habituels, mais à mesure que je progressais, je m’avisais d’un changement : étroite et mal entretenue, ce n’était plus l’allée que nous avions connue. D’abord déconcertée, je ne comprenais pas, et ce n’est qu’en penchant la tête pour éviter une branche basse que je m’aperçus de ce qui s’était passé. La nature avait repris ses droits et, petit à petit, à sa manière furtive et insidieuse, elle avait gagné sur l’allée en étendant ses longs doigts opiniâtres. Les bois, toujours menaçants, même autrefois, avaient fini par triompher. Les arbres se pressaient, sombres et sans discipline, jusqu’au bord de l’allée. Serrés les uns contre les autres, les hêtres aux membres blancs et nus mêlaient leurs branches en un étrange enlacement, formant au-dessus de ma tête comme une voûte d’église. Et il y avait d’autres arbres encore, des arbres qui ne m’évoquaient rien, des chênes trapus et des ormes torturés qui frayaient intimement avec leurs devanciers : ils avaient surgi de terre aux côtés de gigantesques buissons et d’énormes végétaux, dont je n’avais pas davantage souvenir.
L’allée n’était plus qu’un ruban, étique survivance du tracé de jadis : le gravier avait disparu, étouffé sous les herbes et la mousse. Les branches basses des arbres gênaient la progression, tout comme leurs racines noueuses, semblables à des griffes de squelette. Cà et là, dans cette jungle, je reconnaissais des buissons qui avaient autrefois constitué des repères : c’étaient des plantes gracieuses cultivées avec soin, des hortensias dont les fleurs bleues étaient jadis célèbres. Nulle main n’avait jugulé leur croissance et ils avaient recouvré leur état naturel, atteignant une taille colossale sans produire aucune fleur, aussi noirs et hideux que les parasites en tout genre qui poussaient alentour.

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      • Roh justement, j’aime bien les maisons hantées qui ne sont pas hantées : ça donne souvent des raisons psychiatriques ou des personnages très manipulateurs et exécrables et, dans tous les cas, pendant un bon moment, on hésite : qu’est-ce qui est vrai, réel, qu’est-ce qui s’explique ou non ? Etc.

      • J’avoue, ça donne des méchants de haute qualité 😀 Mais j’ai jamais pu résister au petit côté surnaturel des fantômes ce sont toujours mes fauteurs de troubles préférés ^^

      • Je comprends, ils peuvent être si adorables (Casper), si drôles (Beetlejuice) ou si terrifiants (euh… j’ai pas de nom, pour le coup, bien que j’en ai en tête ^^’) ! Tu préfères quel genre de fantôme ?

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