Premières lignes… #149

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Nouveau dimanche, nouvelle découverte ! Je continue le rendez-vous que j’ai trouvé chez Book & share, et inauguré par le blog Ma Lecturothèque 🙂 Le principe de ce post est de prendre un livre chaque semaine pour vous en citer les premières lignes.

Le jour du deuxième Sabbat de la douzième Lune, dans la ville de Désolation, une fille tomba du ciel. Elle avait la peau bleue et le sang rouge. Dans sa chute, elle s’empala sur un portail de fer forgé, atrocement déformé par l’impact. Elle demeura accrochée là, cambrée de façon improbable, aussi gracieuse qu’une danseuse sacrée en pâmoison au bras d’un amant, maintenue en place par un poinçon lisse dont la pointe, qui dépassait de son sternum, scintillait telle une broche. Elle frémit un court instant lorsque son fantôme se libéra, puis de ses longs cheveux tombèrent en pluie des dizaines de bourgeons de roses de porcelaine.
Plus tard, on raconterait qu’il s’agissait de coeurs de colibris et non de simples pétales.
Qu’elle n’avait pas versé son sang mais pleuré un torrent de larmes écarlates. Qu’elle avait passé sa lange sur ses dents dans un geste obscène, avant de rendre son dernier souffle, pendue là la tête en bas. Qu’elle avait vomi un serpent dont la forme oblongue s’était muée en fumée au contact du sol. Qu’un flot de papillons de nuit, frénétiques, avaient surgi pour tenter de la soulever.
Seul ce dernier point était vrai.
Mais les efforts des insectes étaient voués à l’échec. Ils n’étaient pas plus gros que des bouches d’enfants arrondies par la surprise et, même à plusieurs dizaines, ils ne parvinrent qu’à s’agiter inutilement, tirant çà et là sur ses mèches de cheveux assombris jusqu’à ce que leurs ailes ploient sous le poids de son sang. Ils furent ensuite emportés, avec les bourgeons, par une violente rafale de vent chargé de poussière qui s’engouffra soudain dans la rue. Au même instant, la terre se souleva et le ciel tourna sur son axe. Un étrange éclat transperça le tourbillon de fumée pour venir aveugler les habitants de Désolation? Débris dans l’atmosphère, flamboiement de lumière, puanteur de salpêtre… Une explosion, donc. Il s’avérerait plus tard qu’ils étaient tous passés très près de la mort – mais seule cette jeune fille, tombée du ciel, avait succombé.
Elle était pieds nus, la bouche tâchée de rouge cramoisi… Les poches pleines de prunes. Le visage juvénile, les traits ciselés, l’air stupéfait, mais bel et bien morte.
Elle avait aussi la peau bleue.
D’un bleu clair, opalin. Celui des bleuets, des ailes de libellule, ou d’un ciel de printemps, plutôt qu’estival.
Quelqu’un se mit alors à hurler, suivi de la foule immense des autres. Ils s’époumonaient non parce qu’une fille est morte, mais parce qu’elle avait la peau bleue, ce qui avait son importance à Désolation. Même après que le ciel eut cessé d’osciller, la terre de trembler, même une fois les dernières fumeroles de l’explosion dissipées, les clameurs ne se calmèrent pas. Les voix se nourrissaient les unes les autres, tel un virus répandu dans l’atmosphère.

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