Premières lignes… #146

Par défaut

Nouveau dimanche, nouvelle découverte ! Je continue le rendez-vous que j’ai trouvé chez Book & share, et inauguré par le blog Ma Lecturothèque 🙂 Le principe de ce post est de prendre un livre chaque semaine pour vous en citer les premières lignes.

Lorsque Sullivan, le chef de la sécurité, entra dans le bureau du Grand Homme au siège social de son empire, ce fut pour le trouver debout devant son immense baie vitrée, la silhouette auréolée par les lumières de la ville au-dehors. L’endroit n’était éclairé qu’à l’autre bout de la pièce par une lampe aux reflets verts posée sur la vaste table de travail en verre, si bien que le Grand Homme disparaissait presque entièrement dans la pénombre : les mais dans les poches d’un veston de costume sur mesure impeccable, il scrutait d’un regard maussade la ligne des toits new-yorkais.
Il était 20 heures et le chef Sullivan – un homme d’âge moyen au costume détrempé par la pluie – n’aspirait plus qu’à rentrer chez lui, envoyer valser ses chaussures et écouter le match de boxe diffusé à la radio. Pour son malheur, le Grand Homme travaillait souvent tard, et il attendant avec impatience ses deux comptes-rendus. Pour autant, Sullivan avait tout de même hâte de tirer un trait sur l’un d’entre eux : celui sur le Japon. Rien que d’y penser, il lui prenait une envie irrépressible de s’envoyer dans la seconde un petit remontant. Malheureusement, le Grand Homme ne lui en offrirait pas, c’était certain.
« Le Grand Homme », c’était le surnom que Sullivan avait donné à son patron, l’un des entrepreneurs les plus riches et les plus puissants de la planète. Ce sobriquet, aussi sarcastique que réaliste, Sullivan prenait garde à ne pas l’utiliser en présence de l’intéressé, tant il savait ce dernier vaniteux et prompt à s’offusquer à la moindre marque d’irrespect. Nonobstant, le magnat semblait parfois en quête d’un bon ami qui pourrait un jour devenir cher à son coeur… Cela étant, ce ne serait probablement pas Sullivan : d’ordinaire, on l’appréciait peu. La faute à son passé de policier, sûrement.
– Alors, Sullivan ? lui demanda la Grand Homme sans prendre la peine de se détourner de la fenêtre. Les avez-vous ?
– Tous les deux, monsieur.
– Voyons d’abord le premier, celui sur les grêves. J’aimerais m’en débarrasser au plus vite. Le second, voyez-vous… (Il secoua la tête.) Vouloir s’y soustraire serait pire, si j’ose la comparaison, qu’espérer s’abriter d’un typhon en se terrant dans une cave que l’on n’a pas encore creusée.
Si Sullivan tenta quelques secondes d’interpréter la parabole, il abandonna bien vite.
– Les grèves… persistent dans les mines du Kentucky et la raffinerie du Mississippi.
Le Grand Homme grimaça, et ses épaules – rembourrées à la mode de l’époque – s’affaissèrent discrètement.
– Nous allons devoir faire montre de fermeté, Sullivan. Pour le bien du pays autant que pour le nôtre.
– Monsieur, j’ai justement ordonné l’intervention de briseurs de grêve. J’ai envoyé des agents de Pinkerton dénicher les noms des meneurs, histoire… d’en apprendre un peu plus sur eux. Le fait est, monsieur, que nous avons affaire à des obstinés… De foutus cabochards même.
– Vous êtes-vous rendu en personne sur les lieux ? Etes-vous allé, Sullivan, dans le Kentucky ou le Mississippi ? Hmm ? N’attendez pas ma permission pour entreprendre Sullivan. Pour agir. Pas dans un cas comme celui-ci ? Les syndicats… En Russie, ils disposaient de leur propre petite armée : les Bataillons ouvriers, c’est ainsi qu’ils s’étaient baptisés. Savez-vous seulement qui sont ces grévistes ? Les agents des rouges, Sullivan ! Les affidés des Soviétiques ! Et que réclament-ils ? De meilleures paies et des conditions de travail plus justes, bien sûr ! N’est-ce pas là la marque du socialisme, Sullivan ? Sangsues… Je n’ai nul besoin des syndicats ! Je me suis construit sans eux… sans personne.

"

    • A ton service ^^ Et, connaissant l’histoire du roman et du jeu dont il est tiré, effectivement le début n’est pas très alléchant, sauf pour ceux qui connaissent déjà le personnage. On sent que le roman a été fait pour un public très ciblé et c’est un peu dommage, maintenant il n’est plus édité 😥

  1. Pingback: Premières lignes #246 – Ma Lecturothèque

  2. Pingback: Premières lignes #247 – Ma Lecturothèque

  3. Pingback: Premières lignes – 21 décembre | Lady Butterfly & Co

  4. Pingback: Premières Lignes #24 – Prête-moi ta plume

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s