Premières lignes… #143

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Nouveau dimanche, nouvelle découverte ! Je continue le rendez-vous que j’ai trouvé chez Book & share, et inauguré par le blog Ma Lecturothèque 🙂 Le principe de ce post est de prendre un livre chaque semaine pour vous en citer les premières lignes.

Tranquillement étendu sur le kang, le pasteur Maroya vit qu’un rayon de lumière rouge éclairait la poitrine rose de la Vierge Marie et le visage joufflu de l’Enfant Jésus aux fesses nues. L’été précédent, le toit avait pris l’eau et des traces jaunâtres maculaient la peinture à l’huile accrochée au mur de terre, conférant aux visages de la Sainte Mère et du Saint Fils une expression hébétée. Une araignée tirant un mince fil de soie argentée était suspendue devant la fenêtre lumineuse et se balançait dans un souffle léger de vent frais. « Araignée du matin, bonne nouvelle ; araignée du soir, bonne fortune », c’était ce qu’avait dit un jour la belle femme au teint pâle. Quelle bonne nouvelle pourrais-je apprendre ? Laquelle donc ? Les corps célestes aux formes étranges qu’il avait vue en rêve scintillaient dans sa tête, il entendait le couinement des roues de charrette dans la rue, il entendait dans le lointain les craquètements des grues se propageant depuis les marais et aussi les bêlements détestables de la chèvre. Les moineaux se précipitaient sur le papier de la fenêtre qu’ils faisaient vibrer, tandis que les pies jacassaient sur le peuplier hors de la cour. Il était manifeste que ce jour-là allait arriver une bonne nouvelle. Tout s’éclaira soudain dans son esprit. La belle femme au ventre extraordinairement gros et proéminent apparut brusquement dans un halo de lumière, ses lèvres ardentes tremblaient comme si elle voulait dire quelque chose. Elle était enceinte depuis onze mois et allait certainement accoucher ce jour. Soudain, le pasteur Maroya comprit la signification de l’araignée suspendue dans le vent et des jacasseries des pies. Il se redressa vivement et sauta du kang.
Une cruche noire à la main, Maroya gagna la grande rue qui passait derrière l’églse et aperçut aussitôt Shangguan Lüshi, la femme du forgeron Shangguan Fulu, affairée à balayer la rue, l’échine courbée, le balai du kang à la main. Son cœur se mit à battre à tout rompre, ses lèvres à trembler, et il murmura : « Seigneur, Seigneur tout-puissant… » De ses doigts gourds, il traça un signe de croix sur sa poitrine avant de reculer lentement dans un coin de mur pour observer en silence la grande et grosse Shangguan Lüshi. Elle ramassait sans bruit, amais avec le plus grand soin, de la terre humide par la rosée nocturne, puis écartait minutieusement les détritus qui s’y trouvaient. L’énorme femme avait des gestes maladroits, mais pleins d’une force extraordinaire ; le balai de paille de millet jaune d’or semblait un jouet entre ses mains. Une fois qu’elle eut rempli son van de terre, elle le tassa fermement, puis se releva en le soulevant à deux mains.

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