Les Centaures

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Bien le bonjour bande de gens, j’espère que vous allez bien ^^ Dimanche bien mérité après une semaine de dur labeur en caisse à la librairie ! Mais ce travail me plaît pour l’instant, les clients relous sont assez rares et je découvre encore plus de livres qui me font envie, de quoi surcharger un peu plus ma wish-list XD Mon salaire ne va pas faire long feu à ce train-là. Bref, la vie continue, et vous, quoi de beau ? ❤

Nouvelle chronique littéraire ! Aujourd’hui, un très beau livre que m’a offert ma p’tite Maman, qui a eu une idée de génie avec cette trouvaille ❤ Vous savez qu’en France, la fantasy est souvent mal considérée (mal écrit, toujours la même chose, infantile, j’en passe et des meilleurs) ; le genre existe depuis très longtemps, mais il n’a eu droit à sa propre catégorie en France que dans les années 80. Pour vous dire à quel point on a du mal avec ce genre dans l’Hexagone, Le Seigneur des Anneaux est un classique en Angleterre alors que chez nous c’est même pas la peine d’y penser. Je vous conseille de regarder à ce sujet des blogs comme Les Chroniques du Chroniqueur, L’Imaginaerum de Symphonie ou Le Culte d’Apophis qui sont vraiment bien si vous avez envie de découvrir de bons titres (récents ou non) et des réflexions intéressantes. Enfin, on trouve de très beaux romans de fantasy français bien avant les années 80, comme celui dont je vais vous parler aujourd’hui : Les Centaures d’André Lichtenberger, 1904 ! On le considère aujourd’hui comme l’un des premiers romans de fantasy français, cocorico ^^

Résumé : Aux centaures la plaine luxuriante, aux faunes la forêt centenaire et aux tritons l’océan infini. Protecteur des Trois Tribus et gardien des animaux, Klévorak, le roi du peuple aux six membres, maintient la paix entre tous, imposant sa loi. Mais celle-ci vient d’être violée, et voilà que les eaux se déversent du ciel crevé et que la race impie des hommes, frères du froid et de la mort, menace l’équilibre de la nature… Pris entre la mer salée, immense et terrible, et les glaives de bronze des Écorchés, les centaures et leurs frères vont devoir faire un choix.

Mon avis : Coup de ❤

Tout d’abord, le livre en lui-même est magnifique (éditions Callidor, 2017). Du papier légèrement épais et très lisse, une couverture aux petits oignons, et surtout des illustrations splendides qui sont celles de l’éditions de 1924. Ce sont des reproductions des gravures réalisées par Victor Prouvé pour le roman : le niveau de détail est époustouflant ! Par contre, l’impression du roman manque de contrastes, donc il faut un moment pour arriver à distinguer les corps et la végétation, mais c’est avec passion qu’on suit le tracé et qu’on se laisse absorber par l’image.

Lichtenberger a écrit un récit très mythologique, qui ressemble à une histoire des premiers temps de l’humanité avant que l’homme ne soit la race dominante. En effet, les tribus dominantes sont pour l’instant les centaures, les phaunes et les tritons. Bien que tous se considèrent comme frères car ils sont humains au-dessus de la ceinture, les centaures sont les animaux-rois car de loin les plus puissants sur terre. Ce sont eux qui ont instauré au sein de leur territoire la loi selon laquelle nul ne peut tuer : les prédateurs ne sont autorisés à se nourrir que de la chair des morts, qu’on leur abandonne. Tous vénèrent le soleil qui dispense la force et la vie au sein d’une nature qui ressemble au jardin d’Eden. Tous haïssent l’Homme qu’ils appellent l’Ecorché, car il tue pour le plaisir, s’habille de la chair des morts et n’attend pas la saison des amours pour copuler. Mais les trois Tribus déclinent, insidieusement, et les Hommes cupides sont de plus en plus nombreux…

J’ai beaucoup aimé ce roman. Déjà, la plume de Lichtenberger est vraiment belle et travaillée, sans être difficile à lire pour autant : à l’époque où le livre a été publié pour la première fois, comme la fantasy n’existait pas en tant que catégorie, il a été classé en tant que poème en prose, c’est vous dire ! Les descriptions sont magiques sans être trop longues, et l’auteur a visiblement à coeur de nous dépeindre la mentalité des êtres mi-humains mi-animaux. Tout le récit est marqué par une grande misanthropie : Lichtenberger était à la fois un idéaliste et un homme résigné, qui voyait bien que ses espoirs concernant l’humanité avaient peu de chances de se réaliser. De fait, la race des Hommes dans son roman est présentée de façon très négative : ils tuent, ils ne connaissent aucune régulation dans leurs instincts, et ils sont profondément belliqueux car ils s’attaquent à ce qu’ils ne connaissent pas. Cependant, ils sont aussi redoutablement intelligents : ce sont des artisans habiles et ingénieux, contrairement aux centaures ou aux autres tribus qui n’arrivent même pas à comprendre ce que sont les lances et les flèches. De même, les Hommes sont associés au froid car ils sont les seuls à pouvoir y résister grâce aux fourrures qu’ils prennent à d’autres animaux, alors que les Tribus ne peuvent que fuir vers des terres plus ensoleillées.

Pourtant, il ne s’agit pas non plus de dire que les Centaures et leurs frères tritons et faunes sont plus amicaux ou sensibles. Le personnage de la centauresse Kadilda le montre bien : fille du chef Klévorak, malgré sa grande beauté elle est un peu le vilain petit canard du groupe. Elle est en effet beaucoup plus sensible que ses congénères qui sont plus violents, enclins à la colère et à la vengeance lorsque la loi est bafouée. Elle ne supporte pas l’odeur du sang, recherche la solitude, et surtout refuse de s’accoupler à la saison des amours comme le veut l’usage. Enfin, là où les centaures sont de nature à être joyeux et à ne pas s’appesantir sur les choses tristes, Kadilda est de nature mélancolique et romantique. Elle est déchirée entre l’amour pour son peuple et sa fascination pour les humains, c’est un personnage torturé qui vit dans un idéal plutôt que de se confronter à une réalité plus grossière. Klévorak aussi est un personnage que j’aime beaucoup : parce que Kadilda est sa préférée, il est plus tendre avec elle et souhaite la comprendre bien qu’il soit totalement hermétique à sa façon de penser. C’est aussi un leader, et alors que les désastres s’accumulent, il ressent toujours plus le poids de l’inquiétude pour son peuple.

Bref ! Les Centaures est un très beau roman, assez court mais qui marque vraiment l’esprit ! Je vous le conseille vraiment, c’est un classique à découvrir ^^

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      • Ta mère a été tellement bien inspirée ♡
        Hélas oui, un sacré problème avec tout ce qui est littérature de l’Imaginaire… Alors qu’elle n’en ai pas moins digne que les autres littératures, qu’il y a de mauvais romans, c’est vrai, mais aussi de véritables chef-d’œuvres !

      • Tu prêches une fanatique XD Croisons les doigts et espérons que ça change 🙂 Ya encore du boulot, et on ne parle même pas de la romance encore ^^’

      • Je ne suis pas ultra fan non plus, mais je sais que c’est une littérature qui souffre d’au moins autant de préjugés que la fantasy :/

      • Oh oui, c’est certain… Tout comme certaines personnes affirment que la BD, les manga… ce n’est pas de la lecture (jusqu’à preuve du contraire, on les lit pourtant!). Je n’aime pas du tout cet élitisme ! Et donc je radote mais c’est pour ça que je suis contente qu’il y ait des blogs, des challenges axés SFFF… =D

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