Premières lignes… #106

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Nouveau dimanche, nouvelle découverte ! Je continue le rendez-vous que j’ai trouvé chez Book & share, et inauguré par le blog Ma Lecturothèque 🙂 Le principe de ce post est de prendre un livre chaque semaine pour vous en citer les premières lignes.

Nos ennuis commencèrent à l’été 1914, l’année de mes trente-cinq ans. L’archiduc d’Autriche venait tout juste d’être assassiné, les Mexicains se révoltaient et, chez nous, à la ferme, il ne se passait absolument rien, ce qui explique pourquoi nous étions trois à nous rendre à Paterson pour aller faire des courses dénuées d’intérêt. Jamais on n’avait réuni plus large comité pour prendre une décision sur l’achat de poudre de moutarde et sur le remplacement d’un marteau à panne fendue dont le manche s’était scindé en deux pour cause de vétusté ou de mauvaise utilisation.
Ce jour-là, j’avais surmonté mes réticences et laissé Fleurette conduire notre carriole. Comme à son habitude, Norma nous faisait la lecture du journal tandis que nous roulions.
– « Un pantalon provoque la mort d’un homme ! »
– Ce n’est pas possible, ça ne dit pas ça ! protesta Fleurette.
Elle se tourna pour jeter un coup d’oeil au journal et les rênes lui glissèrent des mains.
– Si ! persista Norma. C’est un charretier qui avait l’habitude de suspendre son pantalon au-dessus du réchaud à gaz pendant la nuit mais, comme il était sous l’influence de l’alcool ce soir-là, il n’a pas remarqué que le tissu avait étouffé la flamme.
– Alors c’est le gaz qui l’a tué, pas le pantalon !
– Eh bien, le pantalon a…
Le son grave d’une corne, tel un cacardement d’oie, interrompit Norma. Je me tournai juste à temps pour voir une automobile noire dévaler Hamilton Street en fonçant droit sur nous et prendre encore de la vitesse à l’intersection. Déjà Fleurette s’était redressée sur le marchepied pour adresser de grands signes au conducteur.
– Baisse-toi ! criai-je.
C’était trop tard. L’automobile nous percuta de plein fouet dans un crissement de freins. Le bruit de notre carriole volant en éclat résonna à mes oreilles comme l’explosion d’un pétard. Nous culbutâmes toutes les trois dans une confusion de bois brisé et de métal cabossé, tandis que notre jument Dolley perdait elle aussi l’équilibre et tombait à son tour avec un cri strident ; jamais encore je n’avais rien entendu de tel venant d’un cheval.

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