Premières lignes… #94

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Nouveau dimanche, nouvelle découverte ! Je continue le rendez-vous que j’ai trouvé chez Book & share, et inauguré par le blog Ma Lecturothèque 🙂 Le principe de ce post est de prendre un livre chaque semaine pour vous en citer les premières lignes.

Les Egyptiens sont des cannibales. Regardez bien une fève ; observez-la de près, vous verrez combien elle ressemble à un foetus. Depuis l’Antiquité, les Egyptiens sont des mangeurs de fèves, des mangeurs de foetus. Ma mère s’appelait Esther. Des foetus, elle dut en manger des quantités avant de finalement tomber enceinte…
Esther s’était levée avant soleil, comme tous les matins. Elle avait préparé le café à la lueur d’une bougie, un café noir, dans la kanaka, la petite cafetière à longue queue. Puis elle avait servi le foul. A l’aide d’une fourchette, elle avait écrasé les fèves bouillies en versant une lampée d’huile d’olive et y avait ajouté de petits morceaux d’oeuf dur. Elle approcha son visage ; ça sentait bon le matin heureux. Ce n’était pas tous les jours qu’ils pouvaient s’offrir des fèves et des oeufs au petit-déjeuner. D’habitude, c’était une simple galette de pain et un bol de thé presque translucide. Mais, la veille, elle était passée chez sa tante Maleka, qui avait insisté. Esther avait refusé, bien sûr… Ils n’étaient tout de même pas devenus des mendiants ! Par fierté, donc, mais pas seulement… par politesse aussi ! On n’acceptait pas les cadeaux à moins d’y être contraint. Il fallait que l’autre vous le fourre dans la poche, fasse mine de se fâcher, jure qu’il y allait de son honneur, voire de sa vie… « Pour l’amour de Dieu, tu dois prendre ces fèves ; tu dois – Mais jamais ! Nous n’avons pas besoin ! – Sur ma vie ! Tu ne sortiras pas de chez moi, sinon… » Ce n’est qu’alors, après plusieurs tentatives, plusieurs refus, qu’on acceptait de recevoir, comme à contrecoeur. Sophistication d’une politesse qui assigne le prodigue à la position de quémandeur. A l’issue de ce marchandage, elle était donc rentrée avec un panier de fèves séchées, de dattes, de café, de pâte d’abricots, cette friandise qu’on appelait ici « l’astre de Dieu ».

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