Premières lignes… #89

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Nouveau dimanche, nouvelle découverte ! Je continue le rendez-vous que j’ai trouvé chez Book & share, et inauguré par le blog Ma Lecturothèque 🙂 Le principe de ce post est de prendre un livre chaque semaine pour vous en citer les premières lignes.

« Maintenant, lève-toi. »
Terrassé, hébété, silencieux, il est à terre, étendu de tout son long sur les pavés de la cour. Sa tête pivote sur le côté, ses yeux se tournent vers le portail, comme si quelqu’un allait lui venir en aide. Un seul coup, correctement asséné, suffirait désormais à l’achever.
Depuis l’entaille qu’il a à la tête – résultat du premier assaut de son père – du sang ruisselle sur son visage. Ajoutez à cela que son oeil gauche est aveugle ; mais s’il plisse le droit, il peut voir que la couture de la botte de son père s’est défaite. La ficelle s’est arrachée du cuir, et un noeud dur dans la ficelle a accroché son sourcil et ouvert une autre entaille.
« Lève-toi ! » rugit Walter, se demandant où il pourrait maintenant le frapper.
Il soulève la tête de quelques centimètres et rampe sur le ventre, tentant de ne pas exposer ses mains, car Walter aime les piétiner.
« Tu es une anguille ou quoi ? » demande son père.
Il recule en trottinant, prend son élan et assène un nouveau coup de pied.
Celui-là coupe le souffle et il songe que c’est peut-être le dernier. Son front retombe sur le sol ; il gît par terre, attendant que Walter lui saute dessus. La chienne, Bella, aboie dans la remise où elle est enfermée. Ma chienne me manquera, pense-t-il. Quelqu’un crie, près des quais. Rien ne fait mal, ou peut-être est-ce tout qui fait mal, car il ne parvient pas à isoler une seule douleur distincte. Mais il sent le froid, à un endroit précis : à travers sa pommette qui repose sur les pavés.
« Regarde, regarde ! » beugle Walter. Il sautille sur un pied, comme s’il dansait. « Regarde ce que j’ai fait. J’ai bousillé ma botte en te donnant un coup de pied dans la tête ! »
Lentement. Avance lentement. Qu’importe qu’il te traite d’anguille, de ver ou de serpent. Tête baissée, ne le provoque pas. Il a le nez plein de sang et doit ouvrir la bouche pour respirer. Son père est momentanément distrait par la perte de sa chère botte, ce qui lui laisse le loisir de vomir.

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