Les Rougon-Macquart #3 : Le Ventre de Paris

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Bien le bonjour Messieurs-Dames, j’espère que vous allez bien ? De retour sur Lyon au moment où je vous parle, le petit temps de détente chez mes parents est terminé, hélas ! J’ai pu faire une petite provision de livres, mais j’ai tellement hâte d’avoir une maison et tous mes livres rassemblés dans une seule et même pièce, une belle bibliothèque avec fauteuils et machine à chocolat chaud ❤

Nouvelle chronique littéraire m’sieurs dames ! Je vous propose une nouvelle chronique de la série des Rougon-Macquart d’Emile Zola ! Après les deux premiers tomes, La Fortune des Rougon et La Curée, le troisième tome s’intitule Le Ventre de Paris. Emile Zola a écrit cette série dans une but à la fois journalistique (faire un portrait de la société de son temps) et scientifique (étudier les effets de l’hérédité, principalement les défauts comme l’alcoolisme ou la cupidité). Ce troisième opus a été écrit en 1873, et toute son action se déroule dans le quartier des Halles centrales de Paris ; si le précédent livre montrait la bourgeoisie parisienne dans toute sa décadence, celui-ci illustre la bassesse populaire d’une grande ville prédatrice. Le thème du « ventre » est très important : en plus de renvoyer à l’abondance et à un bonheur gras, il signifie aussi que le ventre remplace le coeur, et qu’il n’y a nulle place pour la pitié. Zola s’inspire notamment d’une série de gravures réalisées par un artiste de la Renaissance, Pieter Brueghel l’Ancien, intitulée La Querelle des Gras et des Maigres.

Résumé : Pris sur les barricades, Florent a été condamné au bagne de Cayenne. Il s’en évade et retourne à Paris, aux Halles, où il espère se cacher et revoir son frère. Ce dernier, un gros charcutier, a épousé la belle Lisa. Le couple lui procure une place d’inspecteur aux Halles et essaie de l’engraisser. Mais Florent, au pied des montagnes de viande, de légumes et de beurre, reste maigre. Il n’a faim que de justice. Généreux, tendre, persuadé que l’homme est bon et honnête, il rêve de politique et veut changer la société du Second Empire. Lisa prend peur, son argent est en danger ! Les bien nourris feront taire les affamés.
Cette évocation naturaliste des Halles est l’une des pages les plus célèbres de Zola. Enivré par les odeurs, il voulait en composer une symphonie mêlant le parfum des violettes aux puissants relents de poisson, de volaille et de viande. Aujourd’hui disparues, les Halles de Paris survivent grâce au génie sensuel de Zola.

Mon avis :

Bon, ma couverture ne vend pas vraiment du rêve : fond vert triste à pleurer, pseudo gravure rougeasse des Halles de Paris… meh ! C’est le (très petit) prix à payer quand tu achètes des livres en brocante ! Après, l’avantage des livres de Zola, c’est qu’ils sont plutôt faciles à trouver, et même dans une librairie ils ne sont pas très chers par rapport aux autres livres : de la bonne lecture à petit prix, que demande le peuple ? Ceci dit, la couverture a l’avantage de représenter quelque chose d’essentiel : la foule. La masse des gens est presque omniprésente avec le marché des Halles, tout grouille de vie et de nourriture puisque c’était le passage obligé pour toute la nourriture qui venait approvisionner la ville.

Tout l’art et la technique descriptive de Zola fleurit dans ses descriptions des étals de nourritures, et on le sent assez proche du personnage de Claude Lantier : ce dernier est un peintre et un amoureux de l’esthétique, qui s’extasie devant toute cette nourriture et y voit des tableaux merveilleux. Eh bien Zola c’est tout pareil : ses descriptions font de vrais arcs-en-ciel de couleurs et de nourriture, c’est riche à tel point qu’on a l’impression non seulement de les voir mais de les sentir glisser dans votre estomac et nourrir tout votre corps jusqu’à ne plus savoir quoi en faire. Ce thème de l’abondance ruisselle dans tout le livre : en fait, l’abondance est la clé du bonheur ici, abondance d’argent et surtout de nourriture. C’est un bonheur avide, cupide, qui cherche à accumuler sans cesse. C’est pourquoi toutes les belles femmes du livre comme la Belle Lisa (charcutière) et la Belle Normande (poissonnière) sont décrites comme grasses et bien en chair. Pour tous ces gens, la maigreur (celle de Florent par exemple) est synonyme de pauvreté, mais aussi d’aigreur, de jalousie et de méchanceté : c’est pour ça que Zola s’inspire des gravures de Brueghel. Je vous en montre deux ici, qui représentent une cuisine de Maigres où tout le monde a faim mais est généreux, et une cuisine de Gras où tout le monde baffre mais où on ne partage pas.

Bref, vous l’aurez compris, je suis toujours aussi admirative du travail de Zola ! ^^ Son écriture donne une profusion de détails, et tous visent à construire non seulement une image visuelle, mais aussi une idée. Et avec ces descriptions, je n’ai jamais eu autant l’impression de voir une peinture en lisant 🙂 J’ai continué un peu mon arbre généalogique de la famille des Rougon-Macquart, mais autant j’ai de la place à certains endroits, autant à d’autres c’est ultra tassé ^^’ C’est dit, quand j’aurai tout fini, j’en ferai un vrai tout beau !

Même sans parler des descriptions, j’ai beaucoup aimé suivre l’histoire de Florent et de tous les autres personnages du livre, on dirait presque une sitcom à certains égards ! Zola prend le temps de nous faire découvrir les personnages qui peuplent les Halles, mais sans trop nous perdre, et on arrive assez bien à savoir qui est qui. Je n’irais pas forcément jusqu’à dire que je me suis attachée à Florent, on voit surtout que c’est un idéaliste qui en même temps se laisse influencer par ce qui l’entoure ; par contre, j’ai adoré suivre la Belle Lisa et la Normande : elles ne sont pas sympathiques à proprement parler, mais leur conflit est croustillant 😛 Pour le coup, le lecteur est totalement dans le camp des commères. En fait, chaque personnage est encore une fois une allégorie, du coup on ne s’ennuie jamais (ce que je n’aurais jamais cru dire un jour de Zola quand j’étais au collège) 🙂

Encore une fois, lisez du Zola les enfants ❤

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