Roman gothique #4 : Le Monstre

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Bien le bonjour bande de gens, j’espère que vous allez bien ! Le mémoire de master est officieusement bouclé, je l’ai envoyé en crash-test à mon directeur de recherches et je croise doigts, orteils, cheveux et tout le reste en espérant qu’il ne me demande pas de tout réécrire >< Rien que les annexes font au moins 50 pages, au moins je pourrai dire que je n’ai pas chômé 😛

Nouvelle chronique littéraire messieurs-dames, et je continue de vous parler de romans gothiques féminins (j’espère que vous n’en avez pas marre, j’en ai encore plein en stock !) 😛 Celui-ci est un vrai casse-tête pour moi : déjà, l’auteure. Camille Bodin est en fait un pseudonyme qui peut être attribué à deux auteurs, Eugène de Lamerlière et Jenny Bastide. Comme c’est cette dernière qui revient le plus souvent, je vais considérer que c’est effectivement un roman féminin. La date de publication aussi m’a posé problème : la plupart de ses occurrences le disent publié pour la première fois en 1864, et il m’a fallu plusieurs heures de recherches avant de trouver totalement au hasard qu’en fait il datait de 1824 ; ce qui me permettait de l’utiliser dans mes recherches puisque ma date limite est 1830. Et ça m’a fait très plaisir, parce que ce petit roman est le seul roman gothique féminin que je connaisse qui s’est fait pratiquement censuré à sa sortie, dans le sens où un éditeur conseillait de le retirer des cabinets de lecture (l’équivalent d’un vidéo-club mais pour les livres), car il était jugé trop cru et trop sanglant. Alors vous pensez bien que ma principale question quand je me suis lancée dedans, c’était bel et bien « mais à quel point est-ce sanglant ? »

Résumé : Albert Maurice est au désespoir : sa jeune cousine, qu’il connaît et chérit depuis qu’elle est au berceau, et avec qui il a grandi, en a épousé un autre. La faute en revient à son père, l’oncle de la jeune et belle Marie, car il s’enorgueillissait de voir sa nièce épouser un duc. Mais un autre chagrin se profile : les jours passent, et pas une nouvelle de Marie, pas une lettre, rien. Albert part à sa recherche à travers monts et vallées, sans succès, jusqu’à rencontrer une jeune femme mourante, Louisa, qui lui révèle que Marie, sa chère Marie, est entre les mains d’un véritable monstre débauché et sanguinaire, dont la haine de l’humanité n’a d’égale que son penchant pour la souffrance des autres…

Mon avis : 

Le roman est assez court par rapport aux autres romans gothiques de l’époque qui font deux ou trois volumes (en vrai, c’était surtout une technique pour vendre plusieurs livres au lieu d’un seul). Honnêtement, ça se lit très facilement, l’écriture comme le récit sont assez prenants et j’ai passé un très bon moment de lecture ! Entre les rebondissements et un suspense assez bien maintenu, on a l’indispensable pour un bon roman, et les éléments gothiques sont au rendez-vous : enlèvement d’une demoiselle en détresse, château gothique, méchant sanguinaire, etc.

Alors en ce qui concerne la censure du livre et son potentiel horrifique, si pour nous ça reste assez léger, pour l’époque, je peux vous assurer que c’est du très lourd, avec une évocation assez claire de pratiques sadiques sexuelles (inutile de vous dire que c’est surtout pour ça qu’il a été censuré, le sang ça passait encore) et d’inceste. On est encore loin des détails de Sade, qui vous donnent l’impression d’être à la fois dans une encyclopédie et une blague de gamin, mais il y a suffisamment pour vous laisser imaginer plein de choses. Ca vous change des autres romans de la période, où l’héroïne clame à qui veut l’entendre que sa vertu la protègera de tout ce que le méchant lui fera subir… mouais. Paradoxalement, le roman est donc exagéré et assez réaliste de ce point de vue. Mais même en oubliant le côté cru et en réfléchissant simplement à l’aspect psychologique des personnages, le méchant vaut son pesant de cacahuètes tant il a des raffinements de cruauté.

Par contre, il risque d’heurter plus d’une féministe ! Pratiquement à chaque fois qu’Albert mentionne Marie, c’est pour parler d’elle comme de quelque chose qui lui est dû, puisqu’il a grandi avec elle et qu’il comptait bien l’épouse ; l’idée peut semble mignonne, d’autant que Marie partage ses sentiments amoureux ; mais dans les faits, il parle de Marie en disant « mon bien » ou « ma récompense ». Aouch. De manière générale, on voit bien à quel point les femmes sont au pouvoir des hommes, que ce soit son mari ou son oncle qui l’a mariée en espérant retirer un avantage social.

J’ai évoqué les principaux points, mais le mieux c’est encore que vous alliez le lire, franchement c’est une lecture intéressante et pas ennuyeuse pour un sou ! N’hésitez pas et foncez, le livre est disponible sur Gallica (le site d’archives de la BNF), mais il y a peut-être moyen de le trouver en librairie, à voir 😀

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