Roman gothique #3 : The Yellow Wallpaper – Le Papier Peint Jaune

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Bien le bonjour bande de gens, j’espère que vous allez bien ! En ce moment, je dois aider mon patron à préparer une exposition à la bibliothèque sur la chick-lit ; voulant bien faire, je me suis dit que j’allais chercher de la romance hétéro mais aussi de la romance gay et lesbienne. Et j’ai vite déchanté. On peut trouver un peu de romance gay, mais c’est dur d’en trouver de bonne qualité qu’on puisse commander en version papier sur les sites habituels type la fnac. Mais le pire, ce sont les romances lesbiennes : inexistantes ou se résumant à de simples porno, ou très rarement disponibles sur la fnac mais uniquement en version numérique. J’ai été obligée de commander sur le site de l’éditeur directement, et je n’étais même pas sûre d’y trouver une version papier… C’est dingue, ça montre bien les tabous : romance gay OK, ça fait plaisir aux nanas (ce que je trouve déjà bizarre en soi), mais romance lesbienne non, ça passe pas !?

Nouvelle chronique littéraire ! Un classique cette fois-ci, en tout cas depuis que je travaille sur les romans gothique féminins, c’en est devenu un pour moi tellement j’ai vu et revu son nom dans les livres que je potasse sur le sujet. Bien qu’il ne soit pas dans ma période, c’était visiblement une référence incontournable, notamment du féminisme en Angleterre : en effet, il illustre comment les femmes étaient traitées à l’époque, surtout quant à leur santé mentale et physique. Alors je l’ai lu, et je n’ai pas regretté ! C’est un petit récit très court, et déjà un chef d’oeuvre à mes yeux ^^ Vous le connaissez peut-être, il s’agit de la nouvelle de Charlotte Perkins Gilman, écrite en 1892 et intitulée The Yellow Wallpaper ; en français, elle a été traduite sous deux titres, Le papier peint jaune ou La Séquestrée, mais je trouve que ce deuxième titre appuie beaucoup trop sur ce que le récit définit avec bien plus de subtilité. Cette oeuvre, en critiquant la société victorienne patriarcale, a ouvert la voie à plein d’autres auteures, notamment Alice Walker qui a écrit La Couleur Pourpre (que je vous recommande). Si ça vous intéresse, j’ai trouvé le texte anglais intégral sur Internet : il fait à peine 10 pages, voilà le lien 🙂

Résumé :  » L’insolite, c’est que des gens aussi ordinaires que John et moi se retrouvent l’espace d’un été, installés dans une demeure ancestrale. Une construction de style colonial, léguée de génération en génération, je dirais volontiers une maison hantée pour me réserver de sublimes exaltations – mais ce serait trop demander du destin ! Je soutiens en tout cas que l’atmosphère de cette maison n’est pas sans étrangeté.  »
Une jeune accouchée atteinte de dépression post-natale s’installe dans une vieille maison que son mari physicien a acheté pour qu’elle se repose. Pour tout traitement il lui est conseillé de ne surtout pas travailler, bien manger et prendre l’air afin de guérir cette dépression nerveuse temporaire, à légère tendance hystérique. Peu à peu, emprisonnée et désoeuvrée, elle finit par être obnubilée par le papier peint jaune de sa chambre, jusqu’à la folie.

Mon avis : 

Cette nouvelle pourrait sans problème devenir un film d’épouvante, et j’adorerais la voir adaptée ! Non pas qu’elle fasse peur, mais elle a une atmosphère de malaise permanent : vous savez, ce sentiment que quelque chose ne vas pas, comme si quelque chose rampait derrière la page ou l’écran, et vous savez que cette chose est là, et qu’elle peut crever le papier à tout instant. Cette histoire est géniale, la progression de la psyché qui bascule doucement vers la folie est magistrale, et si honnêtement je devais éditer cette nouvelle, je ferai devenir les pages de plus en plus jaunes, avec le motif du papier peint qui deviendrait de plus en plus visible, et plus chaotique si c’était possible. L’écriture est incroyablement prenante, on ressent avec toute la force de l’impact les émotions, l’angoisse, la fatigue, la solitude et l’énervement épuisé de la narratrice.

Celle-ci, après une dépression post-partum, se voit littéralement enfermée par son mari qui est physicien. Il la traite comme une enfant, littéralement : il la prend dans ses bras, lui donne plein de petits surnoms ; je me suis amusée à la relecture à l’imaginer parlant à une enfant, et c’est là que je me suis rendue compte qu’il parlait VRAIMENT à sa femme comme si elle était une gamine de deux ans. Il ne prend en compte ni ses sentiments ni son avis, seul compte le sien propre, puisqu’il est physicien (et sous-entendu, de sexe masculin) il ne saurait être mis en doute. Le plus affligeant, c’est que sa femme pense aussi de cette manière, à force de se dire qu’il est si gentil avec elle, qu’il sait tout, et blablabla. Mais peu à peu, elle se plaint de ce que son mari ne l’écoute pas. Il ne la laisse même pas écrire (il déteste ça), et elle doit le faire en cachette ; elle n’a donc même pas le droit de s’exprimer. Il n’est jamais là par ailleurs ailleurs, bien qu’il dise aimer sa femme à la folie : pour lui, son cas n’est pas grave, et c’est elle qui doit vouloir changer. En fait, ce que j’essaie de vous dire avec cette description, c’est à quel point le personnage de John me révulse : c’est un mélange, il me donne envie de m’enfuir et de vomir, mais aussi de le gifler, de le griffer, de le mordre jusqu’à le voir enfin perdre sa superbe et sa toute-puissante autorité.

Rien d’étonnant à ce que sa femme devienne folle et hystérique, entre le papier peint hideux, la dépression, la paranoïa, et son mari qui ne fait que l’aggraver par son comportement et son savoir digne des médecins charlatans de Molière. Et puis un moment arrive dans la nouvelle, un moment impressionnant et effrayant à la fois, où elle prend conscience de ce qui ne va pas. Mais on ne saurait dire si c’est de la lucidité ou de la folie, et c’est là tout le génie de la nouvelle : ne dit-on pas que les ignorants sont bénis ? Et il y a de quoi devenir folle effectivement quand on voit à quel point sa vie est régentée, à quel point elle n’a pas le droit de penser par et pour elle-même.

Bref, ce petit récit est très court et malgré tout c’est une vraie claque, et je vous encourage vraiment à le lire, il est tout simplement parfait, avec une petite touche de gothique qu’on retrouve dans le personnage de la femme folle au grenier, et du papier peint qui semble hanté. Lisez-le, relisez-le, savourez chaque mot !

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  1. Pingback: Roman gothique #7 : Vathek | Coeur d'encre 595

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