Roman gothique #2 : Les prisonnières de la Montagne, ou La chapelle abandonnée

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Bien le bonjour bande de gens, j’espère que vous allez bien ? De mon côté, un gros rhume et environ deux semaines que je vais probablement passer à me moucher. Une pensée pour mon copain dont le sommeil est mis à mal avec moi qui me mouche (et qui ronfle du coup), qui tousse et qui éternue ^^’

Nouvelle chronique littéraire ! Je continue le cycle entamé lors de la précédente chronique littéraire sur The Wanderer, à savoir vous présenter des oeuvres gothiques féminines anglaises et françaises de la fin du XVIIIème et du début du XIXème siècle, période qui correspond à la naissance du genre gothique littéraire. Ce sont des oeuvres que j’ai dû lire dans le cadre de mon mémoire de master sur les auteures et les lectrices de romans gothiques féminins, je ne lis plus que ça depuis quelques mois, ça devient pesant et j’ai besoin de me défouler ^^’ Je vous propose cette semaine une série de 4 volumes que vous pouvez facilement trouver sur Gallica (le site d’archives publiques de la BNF), Les Prisonnières de la Montagne, ou La chapelle abandonnée, de Désirée de Castéra (ou Castellerat comme j’ai pu trouver). Cette Désirée n’est pas du tout connue, pourtant elle est une des rares auteures françaises de la période, pour ce que j’ai pu juger, à n’avoir pratiquement que des romans gothiques à son palmarès, c’est dire ! Je ne saurais pas vraiment vous dire pourquoi elle est si peu connue aujourd’hui, mais mon petit doigt me dit que c’était parce que c’était une femme, et parce qu’elle écrivait des romans gothiques (c’était pas vraiment considéré comme de la littérature au sens académique et noble du terme). Bref, moi j’ai trouvé que c’était pas le plus nul de ceux que j’ai lu, et c’est une belle redécouverte d’un patrimoine littéraire méconnu, alors enjoie 😛 Je vous mets ici les liens vers les 4 tomes sur le site de Gallica, vous pouvez les télécharger en PDF pour les lire ; c’est tout ce que je peux vous conseiller, c’est la seule et unique édition qui existe :

Résumé : La jeune et belle Horaïde vit avec sa mère, la duchesse Edwige de Sombrino, dans un château retiré au coeur de l’Espagne, cachée du monde et de ses vices. Edwige se remarie avec son amour de toujours, revenu d’une longue absence, Raymond comte d’Osma ; or celui-ci a ramené avec lui un jeune homme dont les origines sont un mystère impénétrable, et qui répond au seul nom d’Isidore. A peine Horaïde a-t-elle croisé son regard que les deux tombent fous amoureux l’un de l’autre. Mais Horaïde est soumise à la volonté de sa mère, qui, bien qu’aimante, est aussi un peu orgueilleuse… Marier sa fille, l’héritière d’un duc, à un jeune homme connu ni d’Eve ni d’Adam ?! Raymond reste obstinément silencieux, mais Isidore se résout à livrer son secret en échange de son bonheur amoureux. Hélas, il disparaît mystérieusement. Raymond part à sa recherche, laissant Horaïde en proie à tous ceux que sa beauté subjuguera…

Mon avis : 

C’est vraiment dur de rédiger un résumer attractif pour ces romans-là… Honnêtement, j’ai été obligée de vous mettre presque le tiers du premier volume dans ces quelques lignes au-dessus, ne serait-ce que pour essayer d’évoquer de manière cohérente l’intrigue principale. Il faut savoir qu’à l’époque où ces livres étaient écrits, les résumés de 4ème de couverture, ben y avait pas ! Les lecteurs se décidaient au titre (y avait pas vraiment de couverture évocatrices comme les nôtres non plus…) ; et comme les romans gothiques français ont été très peu étudiés, contrairement aux romans gothiques anglais… eh ben même maintenant on n’a pas de résumé, ni du début ni de l’intégralité ! Et je vous dis pas à quel point ça handicape dans les recherches…

Pardon pour ce coup de gueule, mais ça fait du bien ! Bref, ces 4 volumes se lisent assez facilement, je n’ai pas grand chose à redire contre l’écriture de Castéra qui est assez caractéristique de ce genre de roman-romance, c’est-à-dire qu’il y a pas mal d’effusions de sentiments. Mais j’ai trouvé aussi parfois quelques formules et citations bien senties que j’aime beaucoup : quand bien même cette époque avait un peu trop tendance à mon goût à l’étalement lyrique, il y avait aussi de belles saillies, qui sont comme des petites pépites qu’il faut prendre le temps d’apprécier à leur juste sonorité.

– Arrêtez, Horaïde, ne prononcez pas de vœux téméraires ; destinée depuis le berceau à être la victime de ma vengeance ou l’objet de mon amour, il faut que vous soyez ma compagne ou mon esclave.
– Du caractère dont vous êtes, en consentant à devenir l’une, je deviendrais aussi l’autre ; j’aime mieux rester toute ma vie prisonnière en ces lieux.

C’est aussi un de ces romans où on se demande s’il n’y aurait pas là quelques prémices d’une émancipation féminine. Je n’ose pas dire féministe, je trouve ça plus anachronique qu’autre chose. Mais plusieurs fois et plus que dans d’autres romans de la même époque, la condition féminine y est dénoncée : patriarcat et mariage forcé notamment, avec la perception de la femme comme un objet, une récompense ou une proie (littéralement, c’est dans le texte !). On est encore très loin de la femme capable d’indépendance comme dans The Wanderer, de même qu’elle doit toujours être modeste et donc ne pas faire étalage de ses talents. Pour vous donner une idée des proportions que cette exigence de modestie peut prendre, je vous encourage à lire la courte nouvelle de Madame de Genlis (à peu près la même époque) intitulée La Femme auteur : il y est dit très clairement qu’à cette période, une femme auteur qui se pique de publier montre à tous ce qui ne devrait être que le spectacle de ses proches, voire de son amant ou de son mari, donc une femme auteure qui n’a aucune modestie est une femme publique, une prostituée. Si vous trouvez que c’est exagéré, dites-vous bien que c’était la norme, et que je pourrais vous montrer bien pire (d’ailleurs j’y songe pour un prochain article).

Pour en revenir au roman, j’ai bien aimé l’histoire, qui a certes des ficelles classiques mais qui marchent bien, par contre, je conseille d’avoir une grande feuille sous le coude pour constituer un petit arbre généalogique au fur et à mesure de l’histoire ; moi en tout cas, je devais le faire pour mon mémoire, mais là c’est un vrai conseil de lecture si vous ne vous en sortez pas. Les romans gothiques aimaient bien les intrigues familiales compliquées et les liens filiaux ou fraternels surgis de nulle part ; ça vous fait une intrigue bien ficelée à la fin, mais sur le moment, je crois bien que c’était un des arbres généalogiques les plus compliqués que j’ai eu à représenter (mais pas le pire, loin de là, donc il y a de l’espoir ^^).

En dehors de ça, je le répète, l’histoire est intéressante, avec plein de rebondissements, et du drama très cool, c’est même un des points qui m’ont surprise : les instants dramatiques ne sont pas surchargés, ils sont même vraiment intéressants parce que pour une fois les caractères ne sont pas forcément tout blanc ou tout noir. La patte gothique du récit est présente avec les châteaux gothiques, les crimes d’empoisonnement et d’enlèvement, donc ne vous inquiétez pas, même si c’est sur fond de romance, on a de quoi satisfaire nos envie de sinistre sans que ce soit trop forcé 🙂

Bref, je vous conseille cette lecture, ne serait-ce que pour sortir de la zone de confort, et redécouvrir une auteure française oubliée de romans gothiques, denrée suffisamment rare pour qu’on l’apprécie à sa juste valeur 😛

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