Un peu de poésie à l’âme sombre : Au Démon secret

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Bonjours messieurs-dames, avez-vous quelques instants à m’accorder pour parler de notre Seigneur et Maître à tous Lucifer ? Non, je blague, enfin pas vraiment. Bref ! Le samedi c’est poésie, et en voici une nouvelle qui m’a tapé dans l’œil après plusieurs infructueuses tentatives ; pour chaque nouvelle poésie, je prends un auteur que je ne connais pas au hasard, et je regarde quelques unes de ses poésies, mais parfois je dois chercher longtemps avant de tomber sur quelque chose qui me plaise ^^’ Dans l’idéal, j’adorerais avoir une bibliothèque de poésie, et le temps pour la parcourir sans me presser, voir y piquer un petit somme 🙂

Aujourd’hui, je suis finalement tombée sur un poème de Victor Segalen, un homme au curriculum vitae qui tranche assez avec ce que j’ai pu vous présenter jusqu’à maintenant, jugez vous-mêmes : né en 1878 et mort en 1919, il fut poète et romancier mais également médecin de marine, ethnographe, sinologue et archéologue ! Il a vécu à Tahiti, puis en Chine où il a choisi de s’installer avec sa femme et son fils. Son œuvre renouvelle la littérature exotique, encore très ethnocentrée et naïve. Lors de la première guerre mondiale, il rentre aussitôt en France et demande à exercer la médecine sur le front à Dunkerque ; rapidement démobilisé car tombé malade, on l’envoie recruter des ouvriers en Chine pour remplacer les soldats au front. Finalement, il revient à la fin de la guerre travailler à Brest pour lutter contre l’épidémie de grippe espagnole : le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il était engagé, voire même enragé. Mais à force de se surmener, il tombe en dépression, et meurt en 1919, on le retrouve mort avec un exemplaire d’Hamlet à la main : une mort que les grands romantiques n’auraient pas reniée ! Assez étrangement, du moins de mon point de vue, l’Etat français le panthéonise en 1934 comme écrivain français mort pendant la Première Guerre Mondiale, mais il en a tellement fait que ce n’était sûrement que justice. Son recueil Stèles a été plusieurs fois remanié, et c’est dedans que j’ai trouvé le poème qui nous intéresse ici, « Au Démon secret » :

Le peuple, sans perplexité, vénère. Il encense, invoque ou répudie. Il donne trois, ou six ou neuf prosternements. Il mesure son respect à la compétence, aux attributs, aux grâces qu’il escompte juste.
Car il sait précisément les goûts du génie de l’âtre ; les dix-huit noms du singe qui donne la pluie ; la cuisson de l’or comestible et du bonheur.

De quelles cérémonies l’honorer ce démon que je loge en moi, qui m’entoure et me pénètre ? De quelles cérémonies bienfaisantes ou maléfiques ?
Vais-je agiter mes manches en respect ou brûler des odeurs infectes pour qu’il fuie ?
De quels mots d’injures ou glorieux le traiter dans ma vénération quotidienne : est-il le Conseiller, le Devin, le Persécuteur, le Mauvais ?
Ou bien Père et grand Ami fidèle ?

J’ai tenté tout cela et il demeure, le même en sa diversité,
Puisqu’il le faut, ô Sans-figure, ne t’en va point de moi que tu habites :
Puisque je n’ai pu te chasser ni te haïr, reçois mes honneurs secrets.

Le poème a l’air simple et court vu comme ça, mais si on s’attache un peu aux mots, aux sens qu’on peut lui trouver, qu’est-ce qu’il est riche ! Je ne dis pas ça seulement parce que je suis une grande fan de tout ce qui ressemble de près ou de loin à de l’ésotérisme, même si ça joue beaucoup ici ^^ D’abord le poème s’attarde sur le peuple, l’air de dire que peu importe les dogmes, il a sa propre façon de comprendre, de vénérer et de prier, selon des rituels anciens et plus concrets à ses yeux que tout ce qu’on pourra lui dire par la suite. D’une façon assez paradoxale, tout cela est à la fois dépourvu de logique pour toute personne étrangère et parfaitement tangible pour les gens qui partagent cette foi. Quelque part, ça me rappelle beaucoup les mythes du Petit Peuple des légendes anglaises, ou mes cours d’histoire médiévale, quand mon prof nous racontait que certaines populations faisaient un amalgame assez fantastique de croyances païennes et chrétiennes. Connaissant l’amour du poète pour la Chine et les études qu’il a fait dessus, on devine d’où vient son inspiration. Mais c’est encore confus à ses yeux semble-t-il, lui-même est hanté par un démon dont il ne semble savoir que penser ou que faire, quoi qu’il fasse. Et ce qui me frappe particulièrement, c’est le fait que ce démon reste à la fois lui-même, et d’une grande « diversité ». Les puristes de la lutte contre le mal y verront les multiples formes du vice, moi je préfère me dire que tout est possible, le bien comme le mal ; et si cette idée a quelque chose d’effrayant, je la trouve toute aussi fascinante ! Et le plus beau, c’est que ce « démon » est une part du poète, sa part d’inconnu, mais il l’accepte pour ce qu’elle est précisément : une part de lui-même, aussi imprévisible soit-elle. Et puisque ce démon est aussi lui-même, il le reconnaît en tant que tel, par des honneurs qui n’ont pas besoin d’être grandiloquents et à la vue de tous pour être sincères.

Ce poème est complexe, vraiment, et j’ai eu d’autant plus de mal à trouver une image pour l’accompagner. Et j’ai pensé à deux choses. D’abord, une image que j’ai trouvé sur Internet, dont je ne connais pas l’auteur malheureusement. Si vous le connaissez, merci de me l’indiquer en commentaire ! L’image est sombre, et malaisante : du pinceau de la jeune fille naissent des créatures de cauchemar. Mais là où je veux en venir, c’est que le dessin est magnifique, les créatures sont sublimes dans leur noirceur, et que les créatures comme le dessin ont été faits par la personne qui a fait le dessin, la jeune fille. Ce dessin montre une angoisse qu’on ne peut occulter, mais il en résulte un dessin magnifique, complexe et entier. Comme le poème ! Et j’aimerais rajouter également une musique, elle a été composée par Myuu dont je suis la chaîne Youtube, je vous la recommande absolument : j’en suis une grande fan, ses musiques sont souvent tristes mais elles me font du bien dans mon p’tit cœur ^^ Parfois, Myuu travaille avec une certaine Sharm pour chanter sur ses musiques : comme pour Tender Remains qui me coupe le souffle à chaque fois que je l’écoute tellement je la trouve belle, tant pour la musique, le chant, les illustrations ; ou pour Underneath the Christmas Tree, toute aussi belle et magique, mais dont les illustrations me plaisent un peu moins ^^’ Toutefois, si Tender Remains est une rare merveille de Youtube à mes yeux, c’est Underneath the Christmas Tree que je veux vous montrer ici, pour l’histoire qu’elle raconte, sur ce qu’on l’on est au fond de soi et que l’on tient caché, mais qui constitue en fait notre plus grand trésor ❤

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