Un peu de poésie éveillée : Elle était venue

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Encore une poésie pour vous petits Moldus ! J’écris cet article en regardant pour une énième fois Harry Potter : tous les films sont sur Netflix ^^ J’aime bien avoir un fond sonore quand j’écris pour le blog, et ça ne marche qu’avec des films que je connais par cœur, sinon je ne fais que regarder au lieu d’écrire 😛
Bref, une nouvelle poésie, trouvée au hasard d’Internet pour autant que le hasard existe 😉 Un nouveau nom inconnu, en tout cas inconnu de ma médiocre petite personne : Charles Vildrac. Né Charles Messager en 1882 et mort en 1971, il fut un poète, dramaturge et philosophe libertaire (ou anarchiste, selon ce qu’on entend par le terme). Il est connu pour avoir fondé avec l’écrivain Georges Duhamel le groupe de l’Abbaye de Créteil qui a perduré de 1906 à 1909 (officiellement dissous en 1908) : il s’agissait d’une communauté d’artistes, qui avait pour but de vivre selon le modèle du compagnonnage, et de l’abbaye de Thélème du roman Gargantua de Rabelais : à Thélème, des jeunes hommes et femmes bien nés et beaux esprits se rassemblaient avec pour seule règle de vie « Fais ce que voudras », l’idée étant qu’aucune de ces personnes ne pourrait songer à faire le mal, et serait assez intelligente pour ne pas détruire ce paradis. Malheureusement, l’abbaye de Créteil n’a pas duré aussi longtemps : manque d’argent et surtout dissensions sur de nombreux sujets, depuis l’art jusqu’aux tâches ménagères en passant par la place des femmes. Mon côté utopiste se lamente et mon côté cynique hausse les épaules, enfin bref ! Le chef d’œuvre de Vildrac fut sa première œuvre, Livre d’Amour, et il reste encore connu pour son travail théâtral. Personnellement, j’aimerais attirer votre attention sur ce petit poème que je trouve tout mignon, « Elle était venue », qui a été adapté plusieurs fois en chansons.

Elle était venue sur les marches tièdes
Et s’était assise.

Sa tête gentille était inclinée
Un peu de côté ;

Ses mains réunies étaient endormies
Au creux de la jupe ;

Et elle croisait ses jambes devant elle,
L’un des pieds menus pointant vers le ciel.

Il dut le frôler, ce pied, pour passer
Et il dut la voir.

Il vit son poignet qui donnait envie
D’être à côté d’elle dans les farandoles
Où l’on est tiré, où il faut qu’on tire
Plus qu’on n’oserait…

Et il vit la ligne de son épaule
Qui donnait envie de l’envelopper
Dans un tendre châle.

Mais le désir lui vint de regarder sa bouche
Et ce fut le départ de tout.
Mais le besoin lui vint de rencontrer ses yeux
Et ce fut la cause de tout.

Entre tendresse et sensualité, j’aime beaucoup ce poème. Je m’interroge encore sur la jeune fille : est-elle venue sur ces marches pour croiser volontairement le jeune homme et l’arrêter de son pied sans en avoir l’air, ou bien était-ce juste pour rêver et se reposer sous le ciel ? L’image des mains endormies est magnifique, je ne sais pas trop ce qu’elle m’évoque mais je l’adore déjà : ses mains se reposent, mais de quoi ? Du travail, de la danse, des caresses ? Ou bien attendent-elles de se réveiller pour donner de l’affection ? Peut-être qu’elle vient tout simplement de se réveiller, et qu’elle somnole sur les marches en attendant de se réveiller tout à fait, et voilà que passe un inconnu ? Le regard du poète et donc du lecteur remonte depuis le pied jusqu’au yeux de la belle, tout en subtilité et douceur, même si à la fin le feu couve. Les paroles s’accumulent de plus en plus dans les strophes, comme si son souffle s’accélérait et que ses sentiments le submergeaient. On ne sait pas comment l’histoire va finir, on sait juste que la bouche marque le point de départ du désir, et les yeux la cause de l’amour. Le mot « cause » est peut-être un peu abrupt, on cherche surtout une cause aux malheurs et à la douleur, peut-être que cette passion naissante sera malheureuse en fin de compte, qui peut le dire ? Pour l’instant, seul compte pour les deux l’instant présent.

Pour accompagner ce poème, je voudrais vous montrer un tableau du peintre Jean-Léon Gérôme que j’aime beaucoup, qui illustre le mythe grec de Pygmalion et Galatée. Pygmalion était un sculpteur de génie. Dégoûté des femmes, il se voua au célibat pour mieux se consacrer à son art, et se mit à sculpter dans l’ivoire une statue féminine d’une perfection sans égales ; plus il la façonne et plus elle le fascine, au point qu’il tombe amoureux de sa création. Mais peu importe son art, elle demeure froide et immobile. La déesse de l’Amour Aphrodite, touchée par son désespoir, donne vie à la statue qui prend le nom de Galatée, et elle célèbre le mariage des deux amants dans la foulée. Selon le récit du grec Ovide, Galatée prend peu à peu vie alors que le peintre est en train de l’étreindre, en vain croit-il encore ; la statue se réchauffe et prend vie sous ses doigts, il la redécouvre petit à petit et cette progression du regard et des sens me fait beaucoup penser au poème de Vildrac. C’est un peu comme si l’amant voyait une femme pour la première fois, mais pas n’importe laquelle : LA femme, celle qui sera la sienne.

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