Un peu de poésie d’après-vie : Le Cimetière

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Bien le bonjour bande de catamarans (j’ai oublié ce que ça voulait dire, j’ai dû chercher entre-temps), j’espère que vous allez bien ? J’ai trouvé un moyen d’écouler mes innombrables doublons de feuilles Diddl : j’en fais du papier à lettre et des enveloppes ! Je ne savais pas si les enveloppes faites main passaient à la poste, mais apparemment ça ne gêne pas les facteurs, espérons que ça les fasse rire ^^ Qui d’entre vous collectionnait les feuilles Diddl en primaire ? C’était un vrai business dans mon école, et j’étais intraitable en affaires XD

Je vous propose une nouvelle poésie puisque c’est samedi, et une nouvelle poétesse. Je n’ai pas compté, mais je pense que j’aurais bientôt, si ce n’est pas déjà fait, parlé d’autant de poétesses que de poètes, et c’est quelque chose qui me rend très fière ^^ Enfin bref, je vous présente Lucie Delarue-Maldrus, née en 1874 et morte en 1945 : elle fut à la fois poétesse, romancière, journaliste, historienne, sculptrice et dessinatrice ! J’aimerais pouvoir être aussi polyvalente un jour 😀 J’ai été très surprise en plus d’apprendre qu’elle a failli être la femme du maréchal Pétain ; à la place ses parents l’ont mariée avec Joseph-Charles Mardrus, un orientaliste avec qui elle a beaucoup voyagé. Cependant, Lucie préfère les femmes, et a deux liaisons avec des artistes américaines comme Natalie Barney ou Romaine Brooks ; en 1915, elle finit par divorcer de son mari. Elle vécut en Normandie et à Paris, et cerise sur le gâteau, elle participa au championnat de France d’échecs féminins en 1927 ! Son œuvre est composée de plus de 70 écrits en tout genre : romans, recueils, récits de voyage, etc. Le poème que je vous propose est tiré du recueil Les Sept Douleurs d’Octobre de 1930, et s’intitule « Cimetière » :

Dans mes fenêtres que voilà,
J’ai la vallée et l’estuaire.
Mais plus proche est le cimetière.
J’ai vue aussi sur l’au-delà.

Je regarde dans l’autre monde.
Je n’y vois jamais rien bouger.
Nul fantôme qui me réponde,
Tout est calme comme un verger.

La mort apparaît végétale
A qui la contemple de près.
Je vois, minuscules forêts,
Des rosiers dont l’ombre s’étale.

Un if a dépassé la croix.
Un autre, parfois, la remplace.
De l’herbe est poussée à la place
Des beaux ornements d’autrefois.

Les pauvres dépouilles humaines,
Lorsque nul ne les soigne plus,
A l’abandon sous leurs talus,
Travaillent, patientes graines.

Ceux qu’on mit sous terre à six pieds
N’y restent pas toujours tranquilles.
Opiniâtres et fragiles,
Un jour ils sortent tout entiers.

Dans quelque rosier qui dévie
Ils remontent des profondeurs,
Et, par des feuilles et des fleurs,
Respirent de nouveau la vie…

J’ai compris pourquoi, quelquefois,
Dans l’ombre ou le soleil en fête,
Je demeure, croisant les doigts,
A renverser longtemps la tête,

Pourquoi, sans songes, sans amour,
Je reste, indifférente et close,
Dans le bien-être de la rose
Que je serai peut-être un jour.

J’annonce, je suis amoureuse de ce poème ! On est très loin du cimetière terrifiant, le cimetière gothique par excellence qui évoque la mort, la douleur et la tristesse. Ici, c’est la beauté simple des tombes entourées et recouvertes de végétation. J’ai l’impression que le poème joue justement avec l’attente et la vision sombre qu’on a d’un cimetière : les morts ne sortent pas tels des revenants pour terroriser les vivants, mais au contraire sous forme de plantes fragiles et têtues, c’est juste tellement adorable ! C’est la renaissance et le cycle de la vie. Et l’auteure elle-même dépasse sa propre existence pour rêver le jour où elle aussi, une fois morte, elle revivra sous forme d’une belle rose. C’est à la fois très beau et très triste, elle ne profite pas de sa vie comme si elle en était déjà désabusée, et attendait une après-vie plus simple, plus proche de la nature et délivrée des préoccupations des vivants. C’est un poème tout de solitude et de mélancolie, qui chante les beautés et le calme de la mort.

Et j’ai eu un mal fou pour trouver de quoi l’illustrer ; je ne connaissais aucune peinture qui ferait l’affaire, en revanche je me rappelais avoir vu des photos de tombes incrustées dans des arbres qui avaient grandi en épousant la pierre. J’aurais adoré vous montrer ça, mais malheureusement je suis incapable de retrouver la photo en question ! Si l’un ou l’une de vous sait de quoi je parle, je vous serai très reconnaissante de me donner l’info en commentaire. A défaut, j’ai trouvé d’autres photos de tombes envahies par la végétation, et bien qu’il n’y ait pas de rosiers, je les trouve magnifique. J’adore me balader dans les cimetières, le père Lachaise à Paris est un vrai bijou, mais celui que je préfère pour l’instant, c’est celui de Wigtown en Ecosse, un vrai bonheur à parcourir ! Les photos sont sur la page Une folle en Ecosse, si jamais ça vous intéresse 🙂 Vous allez dire que c’est bizarre d’aimer se balader dans les cimetières, mais je trouve ça le plus reposant qui soit : personne pour vous embêter, quelques fleurs, des tombes pour vous asseoir et des caveaux pour vous abriter et rêver à des chimères de minuit (mais je demande toujours à l’occupant si je peux m’asseoir. Mesure de précaution). Et vous, que pensez-vous des cimetières ? En connaissez-vous de beaux ?

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